‹ Le Travail Féminin et Ses ProblèmesChapitre 34 sur 53 · Services publics et administratifs · texte numérisé non relu

Services publics et administratifs

Dans les postes, le personnel féminin s’est révélé de très loin comme celui qui donne le meilleur rendement. Ainsi, sur les grands circuits téléphoniques, emploie-t-on plutôt des femmes qui y dénotent leur agilité, une promptitude dans le geste, sans dédaïigner le facteur intonation, à la modulation plus perceptible à l’oreille. L'usage continu du téléphone n’entraîne plus cette surdité professionnelle qu'on lui attribuait autrefois. Il semble que les progrès techniques de construction de ces appareils aient supprimé ce risque (83). De plus, l’impression fâcheuse de l'emploi du casque démontre qu'après une période d’adapta-

es RS tion, il n’y a point de retentissement important sur le système nerveux.

Par contre, dans le Service des chèques, on remarque une fréquence de troubles fonctionnels, tels que névroses, palpitations cardiaques. À la machine à calculer, où se trouvent surtout des jeunes, on remarque un état psychique spécial à ce travail. Un certain degré de déviation de la colonne vertébrale, genre cyphoscoliose, est rencontré chez la standardiste.

La récente réorganisation de certains services a amené une nette amélioration des conditions de travail. Le facteur bruit, si nocif, a été largement diminué par l'emploi de laine de verre pour l’insonorisation.

Dans l’industrie du tabac, les femmes sont, en majorité, assises, mais sont sujettes à des trépidations, au milieu d’un bruit continuel, pendant une dizaine d'heures d'affilée, ce qui amène une répercussion passagère sur leur comportement : un parler fort avec nombreuses ges‘iculations. Nous n'avons point rencontré de maladie véritable du tabac avec phénomènes gastriques et signes fonctionnels et physiques, ni d'intoxication particulière. Tout au plus, un certain larmoïement, dû aux poussières, sans aucune atteinte pulmonaire. Pas de dermites, ni d’avortements considérés professionnels. Notre statistique, qui porte sur une trentaine de femmes, se détaille ainsi : 25 % d’enfants de poids inférieur à la normale, 21,80 % de poids égal ou supérieur à la normale, 53,15 % d’avortements ou de menaces d’avortements, ou d’enfants prématurés.

Ces chiffres appellent la remarque suivante : l'ancienneté de la majeure partie de ces observations traduit la part qui doit revenir au manque d'hygiène qui régnait jadis, confirmé, d’ailleurs, par les conclusions des médecins attachés autrefois aux manufactures, sans négliger pour cela la nocivité reconnue de certains travaux.

L'opinion actuelle du Service médical est unanime à invoquer la place importante prise maintenant par les avortements provoqués. À signaler que nous n'avons point noté d’hypoménorrhée chez les cigarières, profession typiquement féminine,

Abe La majorité des accidents du travail réncontrés dépend de la baisse d'attention à la fin de la journée.

Dans la section allumettes, il convient de remarquer la fréquence des troubles. gastro-hépatiques joint à cet écœurement causé par la paraîfine, utilisée comme mordant.

Pour le même poste de travail, la femme fera état de sa dextérité, de sa souplesse et de son habileté manuelle et obtiendra ainsi un rendement supérieur à l’homme qui, lui, hésite et n’y apporte pas le même goût et la même facilité.

Le souci d'organisation et d'améliorations sanitaires du Service médical bordelais a trouvé une large compréhension dans les cadres supérieurs.

Il était normal de penser que le métier de receveuse de tramways devait amener des conséquences nuisibles au bon fonctionnement de l’organisme féminin, notamment sur la statique pelvienne. Le roulement du « tram », joint à cette station debout continuelle sur un plancher trépidant, détermine des troubles fâcheux et aggrave certainement l’état antérieur, car le passé métro-annexiel importe beaucoup, ainsi que la déficience des muscles abdominaux.

On notera tout d’abord leffort du maintien en équilibre portant sur la région lombaire, aggravé par le port de la sacoche, surtout pour l'employée suburbaine, par l'épuisement nerveux, venant du maintien constant de l'attention.

Ainsi trouve-t-on des congestions ovariennes, des douleurs lombo-pelviennes, avec parfois des troubles urinaires. |

A Bordeaux, notamment, à la demande de M. le Proîesseur Rivière, qui avait été frappé par l'importance de « la position de travail » dans l’étiologie des avortements chez les employées de tramways par exemple, M. le Professeur agrégé Chastrusse avait fait une étude sur une période de quatre ans, qui l'avait amené à formuler les constatations suivantes :

1° Le petit nombre de femmes employées qui sont enceintes;

20 La faible fécondité de celles qui acceptent d’avoir des

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grossesses opposée à celle, plus importante, relevée chez les femmes d'employés des T.E.O.B., mais dont le mari seul travaille;

3° Le grand nombre des interruptions de grossesse.

Ce qui l’amenait à proscrire cette forme de travail féminin (29) dont les rapports étrangers citaient aussi les méfaits.

A notre tour, nous avons pu réunir 407 observations d'employées des T.E.O.B. qui montraient 32 % d'enfants de poids inférieur à la normale, 30 % de poids égal ou supérieur à la normale et 37 % de prématurés, d’avortements ou de menaces d’avortements, chiffres qui ne font que corroborer ceux de la communication antérieure bordelaise.

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