QUELQUES CONSEILS
(^il ne faut jamais attendre du dehors l'impuLsion qui n'est que la récompense des premiers efforts. C'est l'action qui donne la joie et l'entrain. Comme le remarque Gratry (l),pour écrire, il faut d''abord prendre la plume et s'y mettre, sinon on n'écrira jamais; li faut commencer, déclencher l'activité, quitte à sacriifier ce qu'on écrit dans ces conditions et à faire comme les musiciens qui battent quelques mesures pour rien, j
(Une fois que le moteur est « parti », il faut travailler « fidèlement, exactement, persévéramment (2) ». La fidélité c'est l'ordre, le travail aux mêmes heures.*'"" L'exactitude consiste à travailler de toute notre application, aussi bien que nous le pouvons. La persévérance c'est la continuation de la même étude : il faut
éviter l'inconstance. , Qui mollis et dissolutus est in
opère siio frater est sua opéra dissipantis.
' Il ne faut jamais s'énerver, ni se presser, surtout si l'on a beaucoup à faire. Pas de surmenage, pas de trépidation, pas de hâte, parce que la hâte a toujours quelque chose de fiévreux. La course fait battre le cœur trop vite et donne de l'anxiété, de même la hâte agit comme une émotion et elle trouble l'équilibre mental. Elle fait perdre la calme douceur vis-à-vis de soi qui seule favorise les délicates et riches associations d'idées ; elle émousse l'esprit critique qui refuse sa clarté aux turbulents et aux impulsifs. Spencer remarque que Lubbock, avec des occupations variées et nombreuses ne paraissait jamais pressé. Il était toujours calme et il semblait toujours de loisir (3). C'est l'impression que donnent les équilibristes : au moment le plus pathétique, ils sont calmes, ne contractent que les muscles
(1) Les Sources. Silence et travail du malin.
(?) Nicole, Essais. De la manière d'étudier chrétiennement.
(<3) Herbert Spencer. Autobiographie, p. 297. F. Alcan, é(i.
nécessaires, tandis au'un débutant s'agite, gesticule, fait des contorsions/ll faut être paisible, se luiter lentement^ ne pas vouloir tout faire d'un coup, en un mot ' il faut travailler « avec une douceur comparable à celle de l'huile qui coule sans bruit (1) ». Car la vérité se donne plus à la patience et à Tamour qu'au génie/ Quand je suis énervé, je me trouve bien de soigner mon écriture, de m'appliquer aux détails, accentuation, ponctuation, barrage des t, etc. Ces attentions minutieuses apportent du calme.