LE POUSSIN, HUGO, ZOLA
Les conseils de Nicolas Poussin sont si lumineux que nous ne pouvons les omettre : il déclare que la totale présence d'esprit est nécessaire au travail, qu'il ne faut jamais d'impatience parce qu'avec la paille et le temps les nèfles mûriront. Ul faut mériter la lucidité par l'assiduité au travail et ne jamais traverser la piste, c'est-à-- ; dire ne faire qu'une chose à la fois et ne pas la quitter qu'elle ne soit terminée, afin de garder l'esprit libre j(2). En effet ce qui fatigue ce n'est pas le travail, mais ce qu'on ( aurait dû faire et qu'on n'a pas fait et qui nous tour- ] iTiente sous forme d'une vague inquiétude qui affaiblit | l'énergie.VDe même, tout travail qu'on ne fait qu'à ! demi, ne donne aucune joie et nous laisse mécontents, î avec le sentiment d'une espèce de déchéance. En outre, \ ai on n'accorde au travail que la moitié de l'attention, | on y mettra quatre fois plus de temps. I
Victor Hugo se levait de bonne heure et écrivait cinq
(i) Autobiographie, trad. Varigny.
(2) Paul Desjardins, La méthode des classiques français.
heures. Le reste du temps il s'amusait, se promenait (1). Il n'allumait jamais sa lampe de travaille soir. Gepen lant son œuvre est immense.
Emile Zola qui a été un romancier d'une rare fécondité n'écrivait que trois heures par jour. Son attention volontaire était intense quand il la braquait sur les objets qu'il voulait décrire, mais elle tombait vite et ensuite il regardait dans la rue ses amis sans les reconnaître. Sa mémoire, quand elle était armée comme un appareil photograpiiique, était prenante. « Lorsque Zola préparait un livre, tous les faits utilisables dans son œuvre s'enregistraient aisément, s'ordonnaient d'eux-mêmes en des groupements méthodiques et par des affinités très fortes, étaient enfin retenus selon leur importance. Au moment de la composition, les images des objets avec leurs couleurs et leurs formes, leurs odeurs même, revenaient en foule et dans des arrangements systématiques.
En dehors de cet état de tension de la mémoire volontaire^ V esprit du romancier se fixait inal. A la Société des gens de lettres, dont il était le président, il mit trois mois pour se rappeler les noms des vingtquatre membres du bureau, qu'il devait pourtant appeler fréquemment par leurs noms pour les faire voter (2) ».
On trouve chez lui la même économie de forces que chez tous les esprits créateurs. Il était tout entier à ce qu'il faisait. « Zola ne se préoccupait pas de retenir des faits pour une œuvre indéterminée. Quand il préparait
Terre^ il s'occupait des paysans, mais aucune observation sur les militaires ou les financiers ne l'aurait intéressé »
^) Paul Mkurice à M. Rostand. Le Temps, 29 juin <90?é (i) Dr Toulouse, Le Temps, 3 octobre 1902.