EN REPOS ET EN TRAVAIL
Le mécanisme de réchaufîement du muscle en travail appelle d'une manière toute spéciale l'attention sur l'irrigation sanguine. Celle-ci y joue un rôle important quand les musclessont, comme le biceps de l'homme, exposés, parleur situation superficielle, à éprouver l'action du ra3'onnement extérieur. Cette action tend à rendre, au moins dans leurs régions superficielles, ces muscles plus froids que le sang afférent, malgré la production de chaleur qui s'y fait sur place. C'est l'irrigation par ce sang, plus chaud que la substance irriguée, qui empêche alors la température musculaire de subir un abaissement progressif. Si le muscle placé dans ces conditions s'échauffe, ce n'est pas seulement parce qu'il s'y fait plus de chaleur, mais encore et surtout parce que le sang en apporte davantage, la circulation s'accélérant en proportion de l'activité musculaire. Ceci donne à, l'étude de l'irrigation sanguine dans le muscle un intérêt particulier. Aussi, en raison du parti que j'ai tiré de cette étude, dans mes recherches sur le travail musculaire et l'énergie qu'il représente, je crois devoir pubUer un certain nombre de documents, encore inédits, relatifs à cette question de l'irrigation du muscle par le sang.
(I) Ces documents inédits oui été recueillis avec la collaboration de MM. Barrier et Kaufmaun.
Les nouvelles expériences que je vais faire connaître ont été exécutées, comme les précédentes, sur le muscle releveur propre de la lèvre supérieure, chez le cheval (1). Il est inutile de revenir sur le manuel opératoire. Je n'aurais rien à ajouter aux descriptions que j'ai déjà données h ce sujet.
Ces nouvelles expériences se rapportent à trois points principaux.
1° ftapport de Vii'rigalion sanguine dam l'état d'activité du muscle, en travail physiologique normal, à Virrigation sanguine dans F état de repos.
Au fond, toutes les expériences que j'ai à faire connaître donnent sur ce point spécial dos renseignements utiles. Mais il en est qui ne contiennent pas autre chose et ce sont celles-là que je vais faire connaître sous la rubrique cidessus. On sait en quoi consistent ces expériences. La veine émergente, souvent absolument unique, du muscle releveur de la lèvre supérieure est mise à nu, liée, et munie d'une canule. Celle-ci permet de recueillir, dans un temps donné, le sang qui a irrigué le muscle, soit dans l'état de repos, soit pendant un repas d'avoine, qui met en fonctionnement incessant tous les muscles des lèvres.
Ces expériences ont été faites tantôt sur un seul muscle releveur, plus particulièrement celui du côté gauche, tantôt sur le muscle gauche et le muscle droit à la fois.
a. — Expériences sur un seul muscle releveur de la lèvre.
Expérience 1. — Vieux cheval encore très vigoureux. L'autopsie a révélé que le sang ayant servi à l'irrigation du muscle n'a pas été intégralement recueilli. Il existait deux petites veinules indépendantes. Le muscle pesait 21 grammes. Chaque prise de sang a duré quatre minutes.
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CIV, 25 avril 1887. Voir ici p. 263 et suiv.
Valeur Coerficient de
(Quantité de l'irrigation sanguine,
totale l'irrigation par minute,
de sang sanguine pour 1 gramme
recueilli. par minute. de muscle (i).
a. Pendant le repos du muscle gr. gr. gp.
avant le travail 2,G0 0,65 0,0310
b. Pendant le travail 33,88 8,47 0,4033
c. Pendant le repos du muscle
après le travail 4,52 1,13 0,0538
I Travail 8,47
Rapport de l'irrigation sanguine Repos avant travail ~'^~ ^^'"^ pendant le travail à Tirrigation / sanguine pendant le repos / "^''^^'^^^ = ^iil= 749
' Repos après travail 1,13 '
Moyenne : 10,145
Expérience 2. — Très fort cheval, vigoureux. L'autopsie a révélé que le sang ayant servi à l'irrigation du muscle a été intégralement recueilli; la veine émergente était unique. Le muscle n'a pas été pesé. On n'a pu donner la même durée à chaque prise de sang (2). Un intervalle de cinq minutes a été mis entre chaque prise.
Quantité Valeur
totale de l'irrigation
de sang sanguine Moyennes,
recueilli. par minute.
a. Pendant le / l^e prise (durée : gr. gr. gr.
repos du \ 5 minutes) 1,87 0,374 )
muscle avant \ 1^ prise (durée : [ 0,345
le travail. ( 5 minutes) 1,58 0,316 !
/ Ire prise (durée :
A. Pendant le ) 3 minutes) 44,32 14,773 )
travail. 1 2» prise (durée : | 19,925
' 4 minutes) 100,30 25,076 )
c. Pendant le » l^e prise (durée :
repos du ) 4 minutes 6,78 1,695 j
muscle après j 2* prise (durée : [ 2,195
le travail. ( 4 minutes 10,78 2.695 )
Rapport moyen de l'irrigation [ "Travail 19>925^^
sanguine pendant le travail à | Repos avant travail 0,345 ''
l'irrigation sanguine pendant j Travail 19,925
^^^^P^^ t Repos après travail ^ "2^195 ^ ^'^^
Moyenne d'ensemble : 33,42
17 1 -A • * Travail (2« prise) 25,075 ,^ „,
Valeur maxima du rapport, -rt r r, ' . — : = — ■ — = 79,35
^^ Repos av. travail (2*= prise) 0,316
(1) Les chiffres donnés pour ce coefficient sont nécessairement un peu trop faibles, le sang du muscle n'ayant pu être intégralement recueilli.
(2) Quand l'animal est un peu agité, il arrive qu'on est obligé d'arrêter la prise de sang avant le moment fixé d'avance pour sa durée.
Les deux expériences suivantes ont été faites exactement dans les mêmes conditions que les deux premières. Seulement on y a ajouté un temps : après la constatation des valeurs de l'irrigation sanguine, le sympathique cervical a été coupé du côté du muscle objet de l'expérience. On a cherché ainsi à savoir quelle influence cette opération exerce sur l'irrigation sanguine.
Expérience 3. — Cheval de grande taille, fatigué. L'autopsie a révélé que le sang ayant servi à l'irrigation du muscle a été intégralement recueilli : il n'existait aucune autre veine musculaire que celle qui a été munie d'une canule pour la cueillette du sang. Le muscle pesait 21 grammes. Les prises de sang ont duré toutes quatre minutes. Après la section du sympathique, le débit du sang s'est trouvé un peu entravé par une coagulation commençante dans la canule.
Quantité
totale
de sang
recueilli.
a. Pendant le repos du muscle
avant le travail 1,39
b. Pendant le travail 42,78
c. Pendant le repos du muscle
après le travail 16,29
d. Pendant le travail après sec-
tion du sympathique •'59,38
Valeur
de
l'irrigation
sanguine
par minute.
gr-
Coefficie nt de
l'irrigation sanguine,
par minute,
pour 1 gramme
de muscle.
gr.
Travail Rapport de l'irrigation sanguine Repos avant travail pendant le travail à l'irrigation ' sanguine pendant le repos
Travail
Repos après travail 4,072
Moyenne : 16,74
Expérience 4. — Vieux cheval. L'autopsie a révélé que le sang ayant servi à l'irrigation du muscle a été intégralement recueilli; aucune autre veine que celle qui avait reçu la canule n'émergeait du muscle. Celui-ci pesait 19 grammes. Les prises de sang ont eu toutes quatre minutes de durée. Après la section du sympathique, on n'a constaté aucune tendance à la coagulation dans la canule : le débit du sang n'y rencontrait aucun obstacle.
Quaniité
totale
de sanç
recueilli.
A. Nerf sympathique lntact : gr. 6t. Pendant le repos du muscle
avant le travail 5,68