‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 24 sur 38 · MAD · texte numérisé non relu

MAD

FE Muignit un commerce considérable ; et même le dimanche, lorsqu'elle

… était comparativement solitaire. cette rue, par son air de propreté et d'aisance, attirait les regards et tranchait sur les rues voisines,

A peu de distance d'un des coins de cette rue, à votre gauche en allant vers l’est, la ligne des maisons était brisée par l'entrée d’une cour et précisément à cette endroit, un certain édifice d'apparence sinistre présentait son pignon à la rue. Cette maison avait deux étages, et du côté de la rue n'avait aucune fenêtre ; une porte seulement au premier étage. Les murs avaient perdu leur couleur primitive et tout portait les marques d'une longue et complète négligence. La porte, qui n'avait ni timbre ni marteau, était couverte de taches. Les vagabonds s’y refugiaient pour allumer leur pipe ; les enfants y jouaient ; tandis que plus d’un écolier avait essayé son canif sur ses moulures. Depuis près d’une

génération personne n'avait c hassé ces visiteurs importuns,ni réparé leurs ravages.

M. Enfield et l'avocat étaient de l’autre côté de la rue ; mais lorsqu'ils furent arrivés vis-à-vis de cett: maison, le premier indiqua ia porte avec Sa canne. |

“ Avez-vous jamais remarqué cette porte ? ” fit-il. Et sur une réponse affirmative de son compagnon il continua : ‘‘ Elle me rappelle une très singulière aventure. ”

# Vraiment ? ”’ dit M. Utterson d’une voix quelque peu changée, ” et qu’elle est cette aventure ? ”

# Eh bien ! voici, ” répliqua M. Enfield : ‘“ Je m’en revenais de l’autre bout du monde, ver: trois heures du matin, par un temps froid et som: bre ; et dans ma course je traverseis une partie de la ville à l’on ne voyait rien que des reverbères. Des rues et encore des rues, et tout le monde endormi ; des rues et encore des rues, toutes illuminées eomme pour une procession, mais vides comme une église déserte. Enfin je me trouvai dans cet état d'esprit où un homme écoute et écoute encore & commence à désirer ardement la vue d’un gardien de la paix. Touti coup je vis deux figures humaines : l’une était celle d’un petit homm: qui marchait rapidement vers l’est, l’autre celle d’une jeune fill de huit ou dix ans qui courait de toutes ses jambes et descendait uné rue transversale. Eh bien ! mon ami, l’homme et la petite fille sont ve nus en collision au coin de la rue, assez naturellement. Et alors j'ai vu une chose horrible : l’homme marcha tranquillement sur la petite fille et la laissa gémissante sur le trottoir. À l'entendre raconter, ce n'es rien ; mais c'était diabolique à voir. Il n'agissait pas comme un hommt mais comme un maudit fagerenat des Indes. Je poussai un cri, mi précipitai à la poursuite de l’homme, le saisis par le coilet et Le rament à l'endroit où déjà un groupe entourait l'enfant en pleurs. Il était par faitement. tranquille et ne fit aucune résistance , mais il me lança un* gard tellément sinistre qu'il me fic frisonner. Le groupe autour del petite fille se composait des parents de-velle-ci ; et hientôt le médecil -pour lequel elle avait été envoyée, fit son apparition. L'enfant avait pli de peur que de mal, au dire du médécin ; et vous auriez pu croire qi l'incident n’eût pas d'autre suite. L

* Mais une chose singulière se produisit. J'avais pris mon prison! en aversion dès le premier instant. Les parents de l’enfant l'avait

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du docteur qui me surprit. C'était uw. méde x ordinaire, d'âge incertain, ayant un accent écossais fort prononcé # qui paraissait aussi peu sujet à l'émotion qu'une vèse.

que nous contre mon prisonnier. (’haqne fois qu’il le regardait, je vis sècher et blêmir, tant il avait envie de le tuer.

‘Je lisais ce qui passait dans son esprit, de même qu’il voyait mes pensées. Mais comme il nous était impossible de tuer mon homine,nous fimes autre chose. Nous lui déclarâmes que nous ferions de cette affaire un scandale tel que son nom serait odieux d’un bout à l’autre de la ville. S'il avait des amis et du crédit nous nous fimes forts de les lui faire perdre. Et pendant que nous l’accablions ainsi, nous étions obligés de le protéger contre les femmes qui, furieuses comme des harpies, voulaient le mettre en pièce. Je n'ai jamais vu une telle réunion de visages aussi remplis de haine. Et là, au milieu de nous, était cet homme, possédant son sang froid, sombre et moqueur. Pourtant il était effrayé, je voyais cela; mais tout de même, fanfaron comme Satan lui-même. “ Ni vous voulez faire du bruit à propos de cet accident, dit-il, je ne saurais vous en empêcher, naturellement. Aucun gentleman n'aime le bruit. Nommez votre chiffre. ” Nous le fimes monter jusqu'à cent louis, somme qu'il devait donner à la famille de l'enfant. Il aurait voulu marchander; mais il y avait chez nous tous un je ne sais quoi qui lui fit comprendre que sa vie était en danger : enfin il consentit. Il fallait ensuite toucher l'argent. Et où pensez-vous qu'il nous conduisit ? À cette porte là-bas. Il sortit une clef de sa poche, entra et revint bientôt avec enx ron dix louis en or, et un chèque pour la balance payable, chez Cuoutts. Le chèque était fait payable au porteur et signé d'un nom que je ne puis nommer, bien que ce soit là un des points les plus importants sde mon histoire : maïs c'était un nom bien connu et souvent dans les journaux. Le chiffre était élevé, mais la signature, si elle n’était pas forgée était une garantie plus que suffisante. Je me permis defaire remarquer à mon homme que toute cette affaire avait un air suspect, disant que, en dehors des romans, un individu n'entre pas ainsi, à quatre heures du matin, par une porte dérobée,pour evenir quelques instants après, avec un chèque signe du nom d’un autre bour une somme de cent louis environ. Mais il était tout à fait à son aise et d’un air narquois me dit : F

‘“ Soyez tranquille, je resterai avec vous jusqu'à ce que les banques

‘ouvrent et je présenterai le chèque moi-même. ” De sorte que nous

ous rendimes tous ensemble, le médecin,le père de l’enfant,mon homme t moi-même, à mes appartements où nous passâmes le reste de la nuit. ematin, après avoir déjeuné, nous allâmes en corps à la banque. e présentai le chèque moi-même, disant que j'avais tout lieu de croire ie c'était un faux. Mais pas du tout, le chèque était en règle.”

“ Allons donc ” ! fit M. Utterson.

Je vois que vous pensez comre moi ”, contipua M. Enfield “ Qui est une histoire incroyable. Car mon homme était un particulier avec quel personne ne voudrait faire société, un vrai suppôt de enfer ; tandis que celui qui a signé le chèque est une personne éminement respectable, célèbre, et, ce qui pis est, un de ces hommes qt'on

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& Les fenêtres sont toujours fermées, mais propres. Ftheminée d'ou sort presque toujours de la fumée, de sorte que quelqu'un

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homme qui souffre pour les fredaines du temps Lg De sorte que j'appelle cette maison à la sombre porte, la maison du chantage. ais t-i voyez-vous, le chantage même n'explique pas tout, ’ ajouta M. Enfield qui devint ensuite pensif et distrait. | M. Utterson le fit sortir de sa réverie en lui demandant brusque. rm ment : e “ Et vous ne savez pas si celui qui vous a présenté le chèque demeure vot dans cette maison ? ine “ Ce serait un endroit convenable pour un tel individu, n’est-ce pas ? # fit M. Enfield. ‘“ Mais j'ai remarqué, par hasard, son adresse ; il de. D mai meure ailleurs. ” plu ‘“ Et vous n'avez jamais pris des renseignements touchant cette étran. Æ sem ge maison ? ” demanda M. Utterson. M “ Non, fit M. Enfield, cela me répugnait. Plus une affaire a l'air W hom

étrange, et moins je m'en occupe. Vous faites une question et elle cir. WE J'ai

cule de bouche en bouche ; c'est comme une pierre détachée du haut BB soit d’une montagne : Vous ne savez jamais sur la tête de qui elle va tom- x ber. Je me suis fait une règle de ne jamais poser de questions.” Rich

‘* C’est une excellente règle,” dit l’avoëat.

‘# Mais, continua M. Enfield, j'ai étudié l’endroit par moi-même. C’est àpeine une maison. Iln'y a pas d'autre porte, et personne n'entre où ne sort par celle que vous voyez à part, à de très rares intervalles, le gentleman dont je vous ai parlé. Il y a trois fenêtres, à l'étage supé rieur, lesquelles donnent sur la cour ; aucune fenètre au premier étage Il y a, de plus, une

dit y demeurer, toutefois, cela n’est pas absolument certain, car le édifices sont tellement entassés autour de cette cour, qu’il est assez dif ‘ficile de dire où l’un commence et où l’autre finit. ”

Les deux amis marchèrent en silence pendant quelques minutes, pui M. Uftterson dit : “ Enfield votre règle est excellente.”

‘Oui, je le crois, ” fit Enfield.

‘ Cependant, continua l'avocat, il y a une chose que je veux vous d re Je veux savoir le nom de cet homme qui a foulé l'enfant au pieds.”

* Eh bien ! dit M. Enfield, je ne vois pas de mal à vous le dire. (® tait un homme d' nom de Hyde ”

“Ah ‘fit M. Utterson, quelle sorte d'homme est-ce ?

Ce n’est pas facile de le décrire. Il y a quelque chose de louche dat son apparence ; quelque chose de désagréable, de vraiment haissabl je n’ai jamais aussi détesté un homme que cette individu là, et cepé dant je ne sais guère pourquoi. Il doit avoir quelque difformité ; bit

ue je ne puisse pas dire quelle est cette difformité. C’est un homï

, d'apparence extraordinaire, quoique je sois incapable de ne rien pré ser. Non, je ne saurais vous donner une description. Et ce n’est li

faute de mémoire, car je vous déclere que je l'ai encore sous les y

‘pour ainsi dire. ” |

Nr +

n honnète

Je sorte que age. Mal de Pat | Lors M Enfield Mon cher monsieur ”’..commença M. Enfield quelque peu surpris,

“ Oui, je le sais,” fit M. Utterson ; je le sais, ma question est étrange, nt brusque- Mais voyez-vous, si je ne vous demande pas le nom de celui qui a signé | le chéqs, c'est parce que je le connais déjà. Le fait est, Richard, que votre histoire me regarde de bien près. Si vous avez commis quelque inexactitude vous feriez mieux de la rectifier.”

“ Il me semble que vous auriez du m'avertir,fit l’autre un peu froissé : mais j'ai été scrupuleusement exact. L'individu avait une clef, et qui plus est, il l'a encore, car je l'ai vu s’en servir il n'y a pas plus d'une t cette étran- semaine. | } É ; | M. Utterson poussa un profond soupir, mais ne dit rien ; et le jeune faire a l'air homme reprit au bout de quelques instants : “ Voilà encore une leçon. on et elle cir J ai honte d’avoir tant parlé. Ne parlons plus de cette affaire, que cela chée du haut soit convenu entre nous. set on. À el elle va tom- “ De tout mon cœur, dit l'avocat, que cela soit convenu, tions." Richard !

t-il enfin.

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