‹ Le tremblement de terre des AlpesChapitre 7 sur 11 · SOCIÉTÉ ASTRONOMIQUE · texte numérisé non relu

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selon une notation conventionnelle formulée par MM. Forel et de Rossi, allant de I à X, depuis la vibration insensible accusée seulement par les sismographes jusqu'aux grands désastres et aux cataclysmes. Pour le cas actuel de la secousse du 29 avril, la notation doit être estimée à VIII (murs lézardés, chute de cheminées, épouvante) pour Argentiéres et ses environs, jusqu'à Chamonix(*); à VII (renversement d'objets dans les appartements, chute des plâtres, grand effroi) pour la zone s'étendant dans toute la région au Nord du Mont-Blanc jusqu'à Annecy ; à VI (réveil général des dormeurs, oscillation des lustres, arrêt des pendules, ondulation des arbres, effroi) pour la surface comprise dans le périmètre du lac Léman, du Jura, de l'Ain, de l'Isère et de la Savoie ; avec sensations plus affaiblies (V) mais encore généralement ressenties jusqu'au delà de Lucerne au Nord-Est, de Belfort, Altkirch, Besançon, au Nord; de Lons-le-Saunier, Mâcon, Lyon, à l'Ouest; Le Puy, Valence, Gap, au Sud-Ouest; Turin, au Sud. Au delà, les secousses ont été peu remarquées, quoique enregistrées par les sismographes. Ces zones d'action ne sont pas homogènes, régulières, et dépendent de la nature des terrains) (*).

Ce tremblement de terre rappelle, avec une intensité beaucoup plus faible, celui de Nice, de Menton et de Diano-Marina, du 23 février 1887. Il est probablement dû à la même cause (').

Ce n'est pas un tremblement de terre d'origine volcanique.

Dans son lent refroidissement séculaire, la croûte solide du globe terrestre s'est plissée, ridée, surélevée en donnant naissance aux chaînes de montagnes, affaissée en creusant les profondeurs océaniques. L'état géologique n'a pas encore acquis une stabilité absolue. A une certaine profondeur,

(*) On m'écrit de Cbamonix, k la date du 4 mai : « LVglise d'Arfrentic^res et l'école communale menaçant ruine à la suite du tremblement de terre, viennent d'être fermées par ordre du maire ».

(■) Les appareils magnétiques de l'Observatoire du Val-Joyeux ont enregistré un frémis- ■sèment à 2 heures précises. Le sismographe de Grenoble a marqué la secousse principale Ih 59m 158. Mais la transmission magnétique a dû être instantanée; le défaut de réglage des instruments peut expliquer la ditlerence de 45 secondes. Les baromètres enreo-istreurs des Observatoires de Juvisv et du Parc Saint-Maur montrent une oscillation due à la secousse; mais le moment n'en peut être déterminé avec précision.

Le tremblement de terre de Laboi-e,du 4 avril, acte également marqué par un épaississement dû aux vibrations des aimants sur les courbes magnétiques de l'Qliscrvatoire du Val-Joyeux, de 1*»19™ à 1*»4I™ du matin, correspondant à 6'* 7'" et (■»**29"^ de Lahore, heure du tremblement de terre.

(*) Grdce à Tamabilité de M. E. Leroy, membre de la Société, le Bulletin pourra donner une carte très complète de la zone d^action de ce tremblement de terre, analogue à celle du tremblement de terre de Nice publiée dans les Éruptions volcaniques et les Tremblements de terre d'après les éléments publiés plus haut et tous ceux que l'on pourra réunir d'ici là. Une série de courbes fermées, correspondant aux termes de la notation de MM. Forel et de Rossi, avec le massif du Mont-Blanc comme épicentre, montreront l'intensité décroissante du phénomène, dans les diverses régions de la France, de la Suisse et de Tltalie.

la chaleur est assez grande pour qu'aucune roche ne soit solide. L'accroissement de chaleur observé à mesure que Ton descend dans les profondeurs du globe est variable selon la nature des terrains, mais on le constate partout, et on peut l'estimer en moyenne à 1 degré pour trente à trente-cinq mètres, à 3 degrés pour cent mètres, à 30 degrés pour mille mètres. A deux kilomètres de profondeur, la température des terrains est d'environ 60 degrés au-dessus de la température moyenne des localités.

Or, le point de départ des commotions sismiques peut être estimé d'après l'étendue de la surface agitée et d'après l'intensité des secousses. Il a été trouvé à 8, 12, 15 kilomètres de profondeur pour différents tremblements de terre.

A ces profondeurs, la température est de plusieurs centaines dn degrés.

Remarquons, d'autre part, que l'eau des pluies pénétre le sol, les terres, les roches et descend, en vertu de la i)esantcur et de la capillarité. Elle est loin de retourner toute à la mer par les sources, les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Les eaux souterraines, minérales, thermales sont en quantité inconnue. Le point d'ébullition de l'eau est la température à laquelle la tension de la vapeur d'eau égale la pression qui pèse sur le liquide. Nos lecteurs savent que dans l'état normal, au niveau de la mer, sous la pression barométrique ordinaire, l'eau bout à 100 degrés. Sous une pression de 10 atmosphères, elle bout à 180 degrés; sous 25 atmosphères, elle se vaporise à 2*25 degrés. La tension de la vapeur augmente beaucoup plus vite que la température, et l'on peut admettre qu'elle atteint 1 200 atmosphères vers ()00 degrés, 5000 atmosphères vers 1000 degrés, et probablement 10 000 atmosphères vers 1300 degrés. La force de la vapeur est connue: elle est suffisante pour expliquer tous les tremblements de terre.

Lors donc que par suite du tassement séculaire de la croûte du globe la plus légère rupture d'équilibre se produit, lorsqu'un vide se comble ou se déplace, lorsqu'un glissement s'opère, lorsque les eaux souterraines ayant désagrégé les terrains ont amené des vides nouveaux, lorsqu'une dislocation modifie l'arrangement des roches à la base des Alpes, de la Sierra Nevada, de l'Himalaya, etc., l'effondrement intérieur ne peut s'effectuer sans donner un nouveau passage à la pression de la vapeur (Veau. Il me semble que telle est la cause de la sensation éprouvée par les dormeurs réveillés d'une vague qui aurait passé sous leur lit. Il me semble aussi que les oscillations des objets, des maisons, des arbres s'expliquent facilement et entièrement par la pression de la vapeur d'eau cherchant son chemin à plusieurs kilomètres sous nos pieds. La chute, dans les profondeurs d'un massif tel que le Mont Blanc lui-même, chutes auxquelles les géologues attribuent ces tremblements de terre orogéniques, produirait un choc, une trépidation plus ou

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