‹ Le trésor; comédieChapitre 16 sur 26 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

VÉRONiaUE.

Maintenant vous pouvez Amener votre Irène en ces murs relevés ; Vous pouvez lui donner opulence et noblesse...

S'apercevant que Jean ne l'écoute pas.

Mais il ne m'entend plus... Allons, point de faiblesse! Je dois partir. . .

JEAN, se parlant à lui-même et maniant les bijoux.

Ainsi, c'est à moi ce trésor !

Je le vois, je le touche, et n'y puis croire encor... Eh bien! c'est du bonheur : il faut que j'en profite... Mais pourquoi donc mon cœur ne bat-il pas plus vite ? Pourquoi donc, en faisant ruisseler dans ma main Ces cailloux précieux, qu'on me paîra demain En bel argent comptant chez le prochain orfèvre, Ne suis- je pas joyeux et n'ai-je pas la fièvre? Je suis riche pourtant... Véronique a raison: Je puis faire à présent rebâtir ma maison, Racheter alentour la forêt et la plaine, Et, nouveau châtelain, choisir ma châtelaine. Je suis riche, très riche, et n'ai qu'à faire un pas Vers les parents d'Irène... Ils n'hésiteront pas : On va congédier ce fat, et tout s'arrange... Non ! ce n'est plus mon cœur qui parle... C'est étrange I Dans mon âme, à l'instant encor pleine d'ardeur, Ces diamants ont mis leur subtile froideur. Irène me déplaît, s'il faut que je l'achète Avec ce sac d'écus que le hasard me jette.

Je m'offense aujourd'hui de son mépris d'hier;

Et, riche, je prétends, comme un pauvre, être fier!...

Quoi ! Ton change à ce point !.. Ah ! le destin me raille ! . . .

Et vous auriez bien dû rester dans la muraille

Au lieu de me prouver, ô trésors superflus.

Que ma douleur mentait et que je n'aimais plus !

Eh bien, si! j'ai raison... Je devais, par vous seules,

Parures dont jadis s'ornèrent mes aïeules,

Apprendre cette amére et saine vérité ;

Et, pour l'honneur du nom que toutes ont porté

En mères de famille, en épouses fidèles.

Je ne dois point choisir de femme indigne d'elles.

VÉRONiaUE, à part.

Oh ! c'est trop tard !

JEAN, changeant de ton, à Véronique.

D'ailleurs, s'agit-il de cela ?

Réalisons d'abord cette fortune-là :...

Cent mille écus, dit-on... Peut-être davantage! D'abord, premier plaisir,... il faut que je partage Avec vous, mes amis, qui seuls savez m'aimer. Pour l'abbé, dès demain je le fais imprimer. Et quant à vous, ma bonne et généreuse amie, Vous n'aurez plus besoin de tant d'économie. Et vos mains puiseront au trésor sans compter. Ma pauvre chère enfant, que je vais vous gâter! Mais ce sera charmant! L'existence nouvelle Que nous allons mener à mes yeux se révèle ; Oui! nous restons chez nous, les pieds sur les tisons; Nous sommes trois amis, et nous nous suffisons;

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