‹ Le trésor de la curiosité. Avec diverses notes écédé d'une lettrè a l'auteur sur la curiosité et les curieuxChapitre 122 sur 200 · C. GALLE. La grande Judith ; très-belle. 95 liv · texte numérisé non relu

C. GALLE. La grande Judith ; très-belle. 95 liv

MARTIN ROTA. Le Jugenienl dernier, de Michel-Ange, et la copie par L. Gautier; belles épreuves, ol liv.

VISSCHER. La Fricasseuse, avant et avec la retoucli<'. 35 liv. Gelius de Bouma. 1) liv.

HOLLAR. La Cathédrale d'Anvers; première épreuve. 18 l.

La Grande Galerie de Versailles et les deux Salons, dessinés par Massi'. d'après Lebrun. '250 liv.

UESSLVATEUR ET ANCIEN PRÙFESSEl.'R DES INGENIEURS DV Klil.

TABLEACX, DESSINS, ESTAMPES. BASAN, EXPEKT.

Llieureux temps qiu' ctlui où les vignettes de Gravelot se trouvaieut sur les quais pour quelques sous ! Et pourquoi faut-il que le goût (les étrangers, plus vif que le nôtre, ait fait monter à un si haut prix les ouvrages de nos petits maîtres ?

Hubert-François -Bourguignon Gravelot était le frère du célèbre géographe d'Auville; il était né à Paris en 1G99. Que de grands hommes et que d'hommes charmants nés dans ce Paris ! Comme il avait du penchant à aimer lait et à bien dessiner, son père consentit à l'envoyer en Italie, et il l'attacha au duc de La Feuillade, qui venait d'être nommé ambassadeur de la cour de France à Rome. Mais cette ambassade n'ayant pas eu lieu, Gravelot n'alla pas plus loin que Lyon, et il revint à Paris. Une fois détourné de son projet par une circonstance qui lui permettait d'accuser le destin, il se livra au plaisir cl mena une vie dissipée, au point

n-l GKAVELUT. 1773

que sou père^ pour l'arraclier aux eûtiainemeuts de la jeunesse, résolut de l'envoyer à Saint-Domingue avec une pacotille. Gravelot partit avec le chevalier de La Roclialard , gouverneur général de l'ile, et ne fut pas plus tôt arrivé^ qu'on le pria de dessiner une carte de Saint-Domingue, sous prétexte qu'il était le frère d'un fameux géographe, et qu'il était déjà bon dessinateur. Gravelot fit la carte qu'on lui avait demandée ; mais tandis qu'on la gravait , il apprit que tout son avoir était perdu. C'était un grand bonheur, que Gravelot fût si malheureux dans le commerce colonial; inais il en fut, lui, tellement affecté, qu'il en fit une maladie dont il pensa mourir. Enfin il revint à Paris, oir sa bonne fortune lui fit reprendre l'étude du dessin. 11 suivit d'abord les conseils de Restout , et prit ensuite des leçons de Bimcher ; mais trouvant la peinture trop difficile, il se contenta, chez ces maîtres, d'apprendre à dessiner.

Gravelot était déjà fort haliile, quand il passa en Angleterre pour y exercer ses talents ; mais bien qu'âgé alors de plus de trente ans, il eut la modestie d'y continuer ses études , tout eu faisant des dessins d'ornement pour des orfèvres, des modèles de bijoux, des frontispices de livres, des culs-de-lampes. Lié avec tous les peintres anglais, il les engagea à se réunir à lui pour fonder une académie de dessin, et chaque jour il allait, comme un écolier, y étudier le modèle vivant, s'habituer à dessiner ses figures en grand, afin de les mieux dessiner plus tard en petit; quelquefois il les modelait eu terre, pour les éclairer selon sa fantaisie ; et comme les di'aperies devaient jouer un graud rôle dans les compositions qu'il méditait, il fit fabriquer à Londres des mannequins de quinze pouces de hauteur, susceptibles de mouvement dans toutes les articulations, jusqu'aux doigts des mains. Soigneusement matelassé sous un tricot de soie , chacun de ces mannequins avait sa garde-rolie, et pouvait revêtir successivement la toge l'omaiue, le costume des Incas et l'habit à la française. Eu liomme qui se destinait à l'illustration des livres, comme l'on dirait aujourd'hui, Gravelot mit un soin tout particulier à ce qni devait composer le fond de ses petits tableaux. Il étudia la perspective, et si bien, qu'il en écrivit im traité dont il donna communication au seul M. Camus, de l'Académie des sciences. Il apprit également l'architecture, le paysage , et tout ce qui devait figurer dans ses compositions comme accessoire. Mais que dis-je ? A mesure que la scène se rapetisse, il n'y a presque plus d'accessoire; le détail acquiert ime importance extraordinaire, l'entourage des figures devient en quelque sorte une partie des figures

elles-mêmes. Le cadre uc fait qu'un avec la chose encadrée. Aussi Gravelot excellc-t-il précisément dans les vignettes de la dimension moindre. Son talent n'est à Taise que dans les petits foiinats : l'in-quarto l'emliarrasso ; il est encore charmant dans l'in-octavo ; il est exquis dans l'in-douze. C'est là qu'il montre tout son génie, car il en avait, pour l'invention et l'arrangement de ses petites scènes. Et quelle convenance de gestes ! quel goût d'ajustement ! quelle entente de l'ameublement, du paysage, de l'architecture ! Et combien il met de délicatesse à faire concourir les moindres détails à l'expression de la pensée ! Et , encore ime fois , ce n'est plus une chose indifférente alors, que l'encadrement de l'histoire. Les drames de la chambre à coucher ne deviennent-ils pas plus intéressants par le soin donné aux trimieaux , par l'élégance des rideaux qui enveloppent l'alcôve ? Mais quoi ! c'est un personnage, en vérité, que cette alcôve que l'artiste dessine ordinairement d'un ton si léger, et qui, endormie, pour ainsi dire, au dernier plan du tableau, se trouve d'autant plus près de l'imagination qu'elle est plus loin des yeux!

En 1745, les succès de nos armes dans les Pays-Bas donnant lieu à des discours blessants pour des oreilles françaises, Gravelot (juitta Londres, et revint en France en passant par la Hidlande. Il fut tout de suite très-employé par les auteurs et les libraires. On s'occupait alors de préparer des éditions de luxe de nos classiques. Les vignettes à faire pour ces éditions furent données à Gravelot, qui partageait avec Eisen l'honneur d'être le plus parfait dessinateur en ce genre. Il les composa avec une fécondité intarissable, une convenance parfaite, une grâce infinie. Il orna de ses dessins les Contes moraux de Marraontel, les Œuvres de Voltaire, la Secchia rapita de Tassoni , le Décaméron de Boccace, VOrlandu de l'Arioste, la belle édition de Racine, donnée par Luneau de Boisjermain, et cette réimpression de Corneille, que Voltaire publia tuut exprès pour en offrir le produit à la petite-fille du grand poëte.

Gravelot était de son siècle, et ce ne fut pas pour rien. De toutes les situations qu'il avait à peindre, il préférait de beaucoup les scènes d'amour et les motifs de galanterie. Évidemment, les contes moraux de l'académicien Marmontel ne lui plaisent pas autant que les contes licencieux de Boccace. Il lui faut toujours un peu de volupté, et le plus souvent ce n'est pas pour la montrer avec effronterie, mais, au contraire , pour avoir à la sauver avec grâce ; car personne n'entend mieux que lui les réticences du crayon, ne sait mieux ce qu'il convient de cacher, ce qu'il est inutile de dire, et c'est justement pour aider le lecteur à deviner les péripéties du roman, les dénoue-

ments orageux, les conclusions brûlantes, que Gravelot se sert du détail avec une flnesse rare et un merveilleux à-propos. Tel amour qui lutine un dauphin, tel groupe de cupidons qui se disputent un candélabre, sont pleins de signification; et si l'artiste pose sur un support une pendule en rocaille, c'est qu'elle doit marquer l'heure d'une faiblesse. Assurément, c'est un fond banal, qu'une chambre Louis XV, avec ses consoles tourmentées, ses cartouches en ovale, ses hautes fenêtres, ses dessus de porte encadrés dans des rubans de chêne, ou enchâssés dans des bordures de fleurs sculptées ; mais quel charme n'y trouvons-nous pas, dès que cette chambre devient le théâtre d'un Décaméron tout parisien , des amours d'une Fiammetta du Marais ? Rien de plus ordinaire sans doute qu'une porte ontr'ouverte laissant voir la rampe d'mi escalier de jardin, les balustres d'une terrasse ou le treillis d"un cabinet de verdure; mais quelle saveur vont avoir ces fonds, dans une vignette de Gravelot, dès qu'on saura que par cette porte va s'enfuir la volupté interrompue ou l'infidélité surprise ? Quant aux paysages, Gravelot y déploie une faculté d'invention prodigieuse, un sentiment de la nature tout à fait heureux , une grâce familière, et quelque chose (lui sent les bergeries de Watteau, avec moins de fantastique, sinon avec moins de charme. Le plus souvent ses paysages sont des parcs avoisinant le château du roman, des bosquets ornés de statues, rafraîchis par des fontaines et des jets d'eau, fermés par des grilles en fer ouvragé. On peut lui reprocher seulement, là conxme aillçurs, d'avoir trop éparpillé sa lumière, et de n'avoir pas suffisamment ménagé des repos dans sa composition. Gravelot avait tant de goût, et on le savait si haliile, que Voltaire et les autres auteurs lui abandonnaient le soin de choisir le sujet de ses vignettes, et le moment le plus favorable de la situation (ju'il devait mettre en lumière. Le seul Jean-Jacques fit exception , et lorsque Gravelot fut chargé de dessiner les estampes de la Nouvelle Héloise, le naïf Rousseau prit la peine de lui indiquer une à une toutes les scènes, de lui dicter les poses et la pantomime de chaque personnage, et de prévoir jusqu'au chilïonné du costume de Julie, jusqu'à l'épée que ne devait pas porter milord Edouard. Il faut le dire, rien n'est plus amusant que cette gaucherie solennelle de Rousseau, disant à Gravelot : Le lieu de la scène sera un bosquet! Et j'imagine que rentré chez lui, l'artiste devait rire de bon cœur de l'adorable bêtise du grand homme, et de cette prétention de lui apprendre, à lui Gravelot, son état. Nonobstant le guideâne qu'on lui avait remis, Gravelot fit une série de chefs-d'œuvre i.'u miniature, auquels rien ne peut être comparé, si ce n'est la

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suite des dessins ([ue lit Moreau pour le même ouvrage, et qui se trouvaient récemment dans la vente Renouard , où ils furent achetés par M. Thiliandeau.

11 est curieux ([u'un lioiniuf ([ni passait sa vie à orner des livres, n'en ait pas éprouvé la satiété, mais, au contraire, les ait aimés avec passion et toujours dévorés avec délices. Il ne sortait jamais sans avoir un livre dans sa poche, ordinairement Montaigne; et ce goût pour [la lecture était si vif chez Gravelot, qu'il avait fini par le rendre sauvage. Sa sensibilité naturelle s'était aussi développée par là : il s'attendrissait au théâtre, il s'émouvait jusqu'aux larmes de tout ce qu'il rencontrait de touchant dans les romans et dans le monde. Aussi, la froideur qu'on a remarquée dans ses dessins tient-elle à la manière dont ils étaient interprétés par le burin de Lemire. Impatient quelquefois de se voir si imparfaitement traduit, Gravelot prenait la pointe du graveur, faisait mordre luijnèrae ses petites figures , qui étaient alors grassement modelées, pleines de chaleur, enveloppées d'air.

Les amateurs connaissent les quatre-vingt-dix figurines que Gravelot dessina pour la loterie de l'École militaire, bagatelle amusante, rehaussée de madrigaux dont la plupart étaient de la façon de Gravelot lui-même. On connaît aussi son Almanach iconologique, longue suite d'allégories, où l'on voit prendre une forme agréable aux idées les plus abstraites, et à tous les personnages du genre ennuyeux. Sous le crayon de Gravelot, la Force nous subjugue par sa beauté plus encore que par sa massue , la froide Logique nous intéresse, la sombre Médecine nous sourit, et la Grammaire elle-même. Dieu me pardonne ! est si gracieuse, que volontiers on se remettrait sur les bancs pour la fréquenter.

Gravelot mourut le 20 avril 1773 , dans le premier mois de sa soixante-quinzième année , ne laissant pas d'enfants , bien qu'il eût fait deux mariages de fantaisie. Son nom , gravé en regard des œuvres du génie, ne saurait périr. Il vivra, du moins, aussi longtemps que ces livres deux fois précieux, qu'on emporte secrètement avec soi les jours de bouderie ou de rêverie, et qui procurent aux esprits délicats leurs plus fines jouissances : la littérature et l'art.

GRAVELOT. Plusieurs tableaux peints par feu M. Gravelot. 10 liv.

DESPORTES. Deux tableaux d'animaux. 240 liv.

GRAVELOT. Une suite de quarante dessins in-quarto, à la plume et au bistre, pour les œuvres diverses de M. de Vol-

taire. Ces sujets sont connus par les estampes qu'en ont faites les plus habiles graveurs. Retiré.

Une suite de trente-quatre dessins pour l'édition inoctavo des œuvres de Corneille. Retiré.

Cent dix autres petits dessins pour différents ouvrages de littérature. 129 liv. 5 s.

Un portefeuille rempli d'esquisses et de croquis de diverses compositions, par le même. 307 liv.

Plusieurs exemplaires des quarante-neuf estampes inquarto pour les ouvrages de Voltaire , gravées d'après les dessins de Gravelot. G8i liv.

Plusieurs exemplaires des trente-quatre vignettes pour le Corneille, non compris le titre. 292 liv. -15 s.

Suites de vignettes d'après le même pour le Boccace, la Jérusalem délivrée, la Secchia rapita. 241 liv.

Plusieurs suites des figures pour le Petit Almanach iconologique, du même. 121 liv. 13 s.

Les différentes évolutions militaires gravées d'après les dessins de Gravelot. 28 liv. 4 s.

Diverses vignettes pour différents ouvrages, d'après le même. 290 liv.

Divers sujets et culs-de-lampe pour l'histoire de l'ordre du Saint-Esprit, gravés par Laurent Cars; plus, dix petits volumes d'almanachs iconologiques, reliés en maroquin. 293 liv.

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