NÉE DUCHESSE DE S A X E - L A U E N BU R G
PIERRES PRÉCIEUSES, PENDULES, ARGENTERIE, PEINTURES, VENDUES PAR ENCHÈRE, A OFFENBURG, A l'hOTEL KOENIGS-HOF.
Une pierre de première eau , pesant trente carats. 91,666 IL
Un brillant bien étendu. 9,900 fl.
Vn brillant de première eau, pesant treize carats treize trente-deuxièmes. 11,500 il.
Un brillant de belle qualité, pesant 13 carats quatre trente-deuxièmes. 10,500 11.
Ces doux pièops peuvent seivir de snlitnires pnur liagues nu pruir bouelrs d'oreilles, dit le Catalogue.
-254 AIGUSTA .SIBVLLA DE BADEN-BADEN. 1775
Une pendule argent, de neuf pieds de haut, en comprenant le posilif et le clavier. Elle se termine en pyramide couronnée par une tlgure d'argent. Il y a plusieurs tiroirs cachés. 500 fl.
Une petite armoire d'argent doré, au haut de laquelle est assise la déesse Pallas, tenant d'une main un bouclier avec la tête de Méduse, de l'autre une lance. 03^2 fl.
Une montre dans une pomme de canne. COO 11.
Une boîte de peintre, en bois d'ébène, dont les outils sont émaillés en or. l ,100 11.
Une aiguière d'argent doré, du xv siècle, ornée de vieux portraits émaillés en noir. 640 fl.
Un grand lustre d'argent massif, orné par en haut (Tune jolie figure en draperie volante, tenant bouclier et enseigne. Haut de trois pieds dix pouces. 1,27 4 fl.
Un dieu marin d'argent doré. 160 fl.
Neuf pièces d'argent doré : cinq représentent un sanglier, un loup, un ours, un lion et un tigre domptés par des Amours; la sixième est un chevreuil qui jette l'Amour par terre ; la septième représente Diane... 952 fl.
Un grand gobelet, appelé le Widercome des Favoris, consistant en huit gobelets, sur chacun desquels est gravée une des seigneuries de Bohème; en haut, le portrait d'une princesse Ser, de la maison de Bade, soutenu par un ange. 289 fl.
Un dauphin dont le corps est fait d'une corne torse très- ' bien formée. La tète, où se trouve un gobelet, et la queue ' sont d'argent doré ; les nageoires , yeux et oreilles sont émaillés en or. 502 fl.
Un Suisse qui, depuis la poitrine jusqu'aux genoux, est d'une seule perle; le dessus de l'habit est émaillé et garni de diamants. 225 fl.
Le Génie de l'Empire (d'Allemagne), assis, tenant un aigle dont les serres étreignent un coq. M. Gamb a prétendu que c'était un Jupiter. 100 fl.
Une Sirène dont le corps par en haut, de même que riinie fiu'elle lient, (^st d'une même perle: la coijuille
1775 AL'(iLSTA SlliVI.l.A DK 1! U) 1. N -H A DKN. 253
(|ir(.'ll(' porte, (;t \o ivstt' (lu cui'iis, sont ('maillés en or. 250 11.
Un gagn(^-i)elil crivoiio; le polissoir et les roues sont (riuie con)|»osition ou lluor, bleu, blanc, vert et rouge; à C(*»té repose un chien qui ronge un os, dont le corps est d'une perle. 400 11.
Deux écuelles d'or; le fond de l'une reprt';sente le festin de Cléopâtrc, l'autre celui de IJaltliasar. 250 11.
Un ojuf d'or d'un artifice singulier; il contient un jaune d'œuf émailltî d'où l'on peut faire sortir une poulette renfermant dans sa poitrine une couronne; au fond de la couronne se voit le portrait de feu le si'rtînissiuie margrave (Louis-tiuillaume), époux de la sérénissime Augusta Sibylla. 350 11.
Une écuelle d'or garnie de médailles antiques des premiers empereurs romains. 530 (1.
Tabatière garnie du portrait en miniature de feue dame Auguste, duchesse d'Orléans, mère du régent, fille du margrave Auguste Sibylla. 48 il.
Un livre de prières très-rare, en latin, orné de peintures en miniature du fameux Brentel, de l'année 1647. Il y a les Douze Mois, la Naissance de la Vierge, l'Annonciation, la naissance du Christ, la Résurrection de Lazare, Sainte Barbe, Saint Bernard, le Margrave de Bade... 00 fl.
Peinture originale d'Albeit Durer; la Vierge tient Jésus dans ses bras. Vingt-deux pouces sur dix-sept environ. Année 1523. 550 11.
La Madeleine, sur bois, original d'un habile maître. Neuf pouces sur sept environ. 275 il.
Peinture sur bois 6! Albert Durer : saint Jér(jme au désert, entouré d'animaux, fixe les yeux sur un crucifix. .50 fi.
La Mélancolie, original sur bois, de Luc Cranach. 22 fi.
La Foire de Brabant, par tirugel, peinture sur bois. 4 4 fi.
Les Sept Planètes de Golze (Goltzius). Neuf pouces sur dix-sept. 105 [\.
CONTROLEUR GÉNÉRAL DE LA GRANDE CHANCELLERIE DE FRANCE, HONORAIRE AMATEl'R DE l'aC.U)ÉM1E DE PEINTURE.
ESTAMPES, RECUEILS, LIVRES d'aRT. — SALLE DES GRANDS-AIGUSTINS. BASAN, GRAVEUR, EXPERT.
Il ne faut pas confondre cette vente avec celle qui eut lieu plus tard, la même anni'c. On lit du reste dans l'avertissement du Catalogue :
« On observera que tous les objets contenus au présent Catalogue sont des doubles et ne font point partie du cabinet de M. Mariette. Le Catalogue des objets qui forment le cabinet de curiosités de feu M. Mariette consistera en ce qui suit : Peu de tableaux, dont un du Poussin...; plusieurs sujets en terre cuite par François Flamand, Boucliardon et autres...; la duchesse d'Olonne, en émail, chef-d'œuvre de Petitot; plusieurs dessins encadrés de Raphaël, Jules Baroche, Rubens , Van Dyck; et plus de cinq mille dessins de tous les grands maîtres, contenus dans cent portefeuilles, et dont la plus grande partie est collée sur des cartons minces de vingt pouces sur quinze, et ajustée avec des filets d'or... »
jMARC ANTOINE. La Cène; parfaite épreuve, et la copie. 03 liv.
Le Massacre des Innocents, Tune avec le chicot, et l'autre sans le chicot. Deux pièces. 41 liv. 19 s.
Le Parnasse; superbe épreuve. 30 liv.
Le Martyre de saint Laurent. ^O liv. 19 s.
Saint Paul prêchant à Athènes, et Ananie puni de mort. 21 liv. 19 s.
MARTIN ROTA. Les trois compositions différentes du
Jugement dernier. On y a joint la copie, par Gautier.
77 liv. 19 s.
E!»ELINGK. La Sainte Famille, d'après Raphaël; parfaite
épreuve avant les armes. lUO liv.
La même avec les armes; plus, la copie de Frey.
38 liv. 19 s.
1775 .MMUI.r IK. 257
C. BLOEMAERT. La yraiulo Adoraiion dos Bergers, en travers, d'apn'S Raphaël; lirs-liclle ûpi-ciivc. 80 liv.
Sailli l'ierrc ressiis(;ilai)l 'raliilho, d'apri's le (lucrchin ; pièce capitale et d'un grand dlrt; belle cpreuve. IHl liv.
POILEY. La Nativité, pièce octogone d'après le Gnidc; parfaite épreuve avant les anges. 108 liv. La même, avec les anges. 29 liv. 19 s.
SPIEKRE. La Vierge allaitant l'Enfant, pièce de forme
ronde d'après le Corrège; épreuve avec la lettre. -112 liv.
Le Mariage de sainte Catherine , d'après Piètre de
Cortone, avant et avec la lettre. Deux pièces. 79 liv. 49 s.
ROULLET. Le Christ mort, d'après le Carrache; avant l'adresse. 55 liv.
MASSON. Les Pèlerins d'Emmaûs, pièce nommée la JSappe, d'après le Titien; superbe épreuve avant la lettre, avec une épreuve du trait, que le graveur a fait faire avant d'y travailler avec le burin» 2GG liv. La même, avec la lettre. 75 liv. 19 s.
AUGUSTIN CARRACIIE. La Vierge apparaissant à saint Jérôme, d'après le Tintorcl. 78 liv.
Énée sauvant son père; superbe composition du Barroche. 31 liv.
VEcce Homo, d'après le Corrège, et le Christ mort de Paul Veronèse. 28 liv.
VORSTERMAN. La Vierge accompagnée de plusieurs moines, d'après le Caravage; belle et rare, et une autre Vierge adorée par des pèlerins à genoux, d'après le même. 50 liv.
Loth enivré par ses filles, d'après Gentileschi; assez rare. 72 hv.
Le Christ descendu de la Croix, d'après Van Dyck, première épreuve sans la troisième ligne au bas de la planche. 200 liv. La même estampe, avec la troisième ligne. 95 liv.
Saint Michel foudroyant les anges rebelles, d'après Rubens; avant la lettre, d 00 liv. Avec la lettre. 28 liv.
Les deux Adorations, des rois et des bergers, d'après Uubens. 70 liv.
FALK. Trois figures, dont une tient un lièvre et n'est éclairée que par une chandelle; d'après le Tintoret. 48 liv.
Je pense, dit Basaa, que cette pièce fut gravée, en 1663, pour être insérée dans le cabinet de Reinst, ainsi que plusieurs autres qui ne s"y rencontrent pas ordinairement.
VANNIUS. Saint François expirant; composé et gravé à l'eau-forte par ce maître. 07 liv. Le même, gravé par Augustin Carrache. 19 liv.
LE GUIDE. L'Aumône de Saint Roch, d'après le Carrache; première épreuve avant l'année 1610 et avant les noms du Carrache et de Stephanis, et une autre épreuve avec ces remarcpies. 00 liv.
BOLSWERT. Le grand Couronnement d'Épines, d'après VauDyck; superbe épreuve. Î250 liv.
Les Trois Croix, d'après le même; rare; deux épreuves, dont une avant la lettre. 134 liv.
Le Christ à l'éponge, d'après le même; avant la main de saint Jean sur l'épaule de la Vierge. 100 liv. La même, avec la main. lOi liv.
La grande Résurrection de Lazare; superbe épreuve; d'après Kubens. 172 liv.
Le Reniement de saint Pierre, d'après Seghers; superbe épreuve. 73 liv.
POlNTIUS. La Tête de Cyrus que Thomiris fait plonger dans le sang; superbe épreuve. 139 liv.
Le Massacre des Innocents, d'après Rubens; en deux . feuilles. 77 liv.
Le Serpent d'airain; première épreuve avant la lettre et avec toute marge. 299 liv. La même, superbe; avec la lettre. 52 liv.
Le Repas d'IIérode, avant la lettre. 150 liv.
CORN. GALLE. La grande Judith , d'après Rubens. 100 1.
WITDOECK. Les Pèlerins d'Emmaûs; avant la lettre. 30 1. Avec la letlre. 24 liv. La Conversation au jardin
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d'Amour; première épreuve, av(!C les vers flamands au bas. 112 )iv.
SUYDERllOEF. La fjrande Chasse aux Lions, d'après Rubensj parfaite épreuve. 120 liv.
L'Enlèvement d'ilippodamie, avant et avec la lettre; superbes épreuves. 205 liv.
PONTIUS. Le Iloi boit, d'après Jordaens; parfaite épreuve avec la lettre. 102 liv. La même avant la lettre, retouchée par Jordaens, mais avec du blanc qui a un peu jauni. H) liv.
REMBRANDT. Le Paysage aux trois Arbres. oS liv.
Le Samaritain, à la queue du cheval blanche, et une épreuve avec la queue noire. 124 liv.
Cinq pièces, dont THoîiime et la femme qui pissent, le Joueur de violon , la Fricasseuse, etc. 30 liv.
Deux paysages : les Trois Chaumières et le pendant. 1 7 1.
La Femme au poêle, avec le bonnet haut et sans la clef au poêle. i6 liv.
La Femme à la flèche. 30 liv.
Le Peseur d'or ; première épreuve avant la tète terminée. 248 1. La même estampe, terminée et superl)e. 99 L
Le vieux Haaring ; première épreuve avec le fond clair et la planche moins travaillée. 120 liv. La même, seconde épreuve. 72 liv.
Lutma; quatre épreuves avant et avec le fond, et première d'eau-forte. 60 liv.
Je puis affirmer que ce lot vaudrait aujourd'hui au moins 1,800 fr. La seule estampe avant le fond, c'est-à-dire avant la fenêtre, s'est vendue dernièrement 1,200 fr.
Deux épreuves du Petit Coppenol, avec la lucarne noire. 101 liv.
La grande Descente de Croix, et VEcce Homo qui fait pendant. 250 liv. Les mêmes. 100 liv.
VAN VLIET. Loth et ses filles. 35 liv.
Le grand Baptême de l'eunuque, d'après Rembrandt. Crand sujet en hauteur. 72 liv.
-i(>0 MARIETTE. 1775
Saint Jérôme en prière dans la caverne: original et copie. 83 liv.
LE COMTE DE GOUDT. Son Œuvre en sept pièces. 1301.
C. VISSCHER. La Fricasseuse; première et superbe épreuve. "■21^ liv. La môme, avant et avec les noms de Clément de Jonglie. 170 liv.
La Mort aux rats, avant la lettre; superbe. 120 liv.
Les trois portraits de Junius, de Constantin (Huygens), superbe épreuve, et de Vondel ; toute première avant aucune trace de lettres, sur le papier qu'il lient à la main. 149 liv.
Les Trois grandes Barbes, c'est-à-dire les portraits de Bouma. de Winius et de Guillaume de Ryck; superbes et premières épreuves. 170 liv.
Le grand Couronnement de la reine de Suède ; superbe. aO liv.
Le Bai; d'après Berghem; avant et avec la lettre; superbe épreuve. 102 liv.
SLYDERHOEF. Le Bal et le Coup de couteau; avant et avec le nom de Clément de Jonghe, d'après Ostade. Trois pièces. 158 liv.
BERGHEM. Le Paysan monté sur un âne... et les trois Vacbes; premières épreuves avant le nom de l'auteur dans le ciel. 81 liv.
ALBERT DURER. Adam et Eve; superbe épreuve. 61 liv. Saint Hubert; parfaite épreuve. 50 liv. La Pandore; id. 45 liv.
Quarante-deux pièces de la Passion et des apôtres.
GOLTZIUS. Son Portrait, gravé par lui; grandeur naturelle. Avant la lettre. 26 liv.
Le Cbien; très-beau d'épreuve. Une de ses meilleures pièces. 97 liv.
Les six pièces, dites ses cbcfs-d'œuvre; belles épreuves. 57 liv.
LA BELLE. Saint Prosper et le Reposoir ; très-belles épreuves. 53 liv.
J775 MAKI1:TTE. 2(î1
Lu vuft (lu l^onl-Neur, avant l<i yicoiutle sur le clocher de Saint-Gci'inaiii-lWuxeiTois. (io liv. La même, avec la girouette. 0 liv.
CALLOT. Le Petit jeu de boules, avant et avec la lettre, et le Parterre de Nancy. 35 liv.
S. LECLERC. L'Académie des sciences; avant le squelette et la lettre. 80 liv. Les petites Batailles d'Alexandre, en six pièces, et deux épreuves avec diflerences, savoir: le passage du Granique et la famille de Darius, avec l'épaule blanche. 2() liv.
S. BOURDON. Les sept O'uvres de miséricorde; composées et gravées par lui-même, à l'eau-forte; des premières épreuves. 43 liv. 19 s.
MELLAN. Saint Pierre Nolascjue; pièce capitale du maître. 80 liv.
EDELINCK. La Madeleine, d'après Lebrun; épreuve avant la bordure et avant la lettre au bas de la planche. Conservation parfaite. 335 liv.
La même, avant la bordure, mais avec la lettre. 190 1.
La même. 10(3 liv.
AUDRAN ET EDELINCK. La suite des cinq grandes Ba^ tailles d'Alexandre; toutes premières épreuves en feuilles. 19 i liv.
La Tente de Darius; première épreuve. 90 liv.
VAN DYCK. Le Titien et sa maîtresse; superbe épreuve. 001.
BREVET. Portrait de Bossuet; épreuve au fauteuil blanc. 10^2 liv.
JMASSON. Le comte d'Harcourt, dit le Cadet à la perle; première épreuve avant le chiffre 4, qui se voit dans la marge au niveau du haut de la tête. 8i liv.
Brisacier; avant et avec la lettre autour de la bordure. 73 liv.
BALECHOU. Le roi de Pologne; superbe épreuve. 250 liv.
^i02 MARIETTE. 1775
Un exemplaire en feuilles, du cabinet Crozal : cent quatre-vingt-deux estampes; anciennes épreuves. 149 1. 19 s.
Le cabinet d'Aguilles, en cent dix-huit estampes; gravées par Coelemans. 51 liv.
Les Loges de Raphaël , en cinquante-quatre morceaux ; gravées par Aquila. 48 liv.
Les mêmes , gravées par Ghapron ; des premières épreuves. 23 liv.
Les insectes de Mérian, en soixante-douze planches très-bien enluminées, avec texte; in-folio, papier de Hollande en feuilles. 128 liv.
Les Cérémonies religieuses de B. Picard. 236 liv.
PONTI^OLEUR GÉNÉRAL DE LA GRANDE CHANCELLERIE DE FRANCE, HONORAIRE AMATEUR DE L'aCADÉIHE ROYALE DE PEINTURE, ET DE CELLE DE FLORENCE.
TABLEAUX, TERRES CllTES, MARBRES, BRONZES, DESSINS, ESTAMPES, LIVRES d'art. — BASAN, GRAVEUR, EXPERT.
Pierre-Jean Mariette fut un antiquaire illustre et le type des amateurs. Son érudition, en fait d'art, eut ce double caractère qu'elle fut à la fois universelle et profonde. Il semblait qu'il eût réuni dans sa personne la longue expérience de Pierre Mariette, son aïeul , simple marchand d'estampes, avec le savoir et le sentiment de Jean Mariette, son père, habile graveur. Il était né à Paris, en 1694, la même année que Voltaire. Il fit, comme lui, ses études chez les Jésuites, et il eut, comme lui, pour professeur de rhétorique le célèbre père Porée; mais ce fut dans la maison paternelle qu'il reçut une éducation conforme à ses goûts. Jeune, il montra la plus vive ardeur pour le travail , une mémoire précieuse , et une sensibilité toujours éveillée à l'endroit des choses d'art. Un dessin de maître, une belle estampe excitaient en lui les transports d'une admiration communicative. Peu à peu le sentiment chez lui devint science ; il se rendit compte de son enthousiasme : il étudia ce qui l'avait charmé ; il apprit l'histoire des artistes dont il avait admiré les œuvres. Les dessins, les gravures qui abondaient dans
1775 M.VKlKTTi:. i(j:i
l'alulicr du son l'ùie, après avoir du sa [Mvinicre jouissance, riireat pour lui un grand moyen d'instruction. Toutefois, c'est principalement par les voyages qu'il imt acquérir les connaissances si étendues et si variées (|ui le distinguèrent ; je dis si variées, parce qu'il connut toutes les branches de l'art, toutes les éctjles, toutes les manières, tous les maîtres.
A l'âge de vingt ans, Mariette ayant perdu son père, vendit sa maison de commerce, et commença de jouir, en amateur, de sa fortune liquide. 11 alla d'abord à Vienne, avec le dessein de se rendre en Italie; mais il fut retenu deux ans dans cette ville par le prince Eugène , qui le prit en alTection et le chargea de mettre en ordre le Cabinet d'estampes de l'empereur Charles VI. Ce travail fut pour lui une occasion de montrer sa sagacité, son goût, la sûreté de son coup d'oeil, et cette science qui, chez lui, paraissait infus('. Nul doute que le classement du cabinet de Vienne ne nous ait valu , un siècle plus tard, le grand ouvrage d'Adam Bartsch. Ce (luc Mariette avait fait pour l'empereur seulement, 15arstcli le lit servir à tous les amateurs présents et futurs; mais quelque profit qu'il ait tiré des notes et observations de son prédécesseur, il n'en conserve pas moins ses droits à la reconnaissance des collectionneurs d'estampes et des artistes.
Le prince Eugène aurait voulu retenir Mariette en Autriche; mais deux ans de retard n'avaient fait que rendre plus vif son désir de voir l'Italie. Il partit donc, et alla droit à Rome. L'art y était alors tombé dans le dernier période de sa décadence. Mais Mariette, bien qu'élevé au milieu des œuvres des plus grands maîtres, Mariette était de son temps, et les défauts de ses contemporains le frappaient beaucoup moins qu'ils ne nous frappent. Il se lia d'amitié avec les peintres ou sculpteurs de distinction qui étaient à Rome; il acheta de leurs ouvrages; il se procura des morceaux rares, dssins, tableaux ou estampes, et fit provision de tous les souvenirs qui devaient charmer sa vie d'amateur. De retour à Paris, il fut nommé contrôleur général de la Gliancellerie de France et membre honoraire de l'Académie de peinture. A l'époque où il fut reçu de l'Académie, en 1750, il avait déjà publié presque tous ses ouvrages: sa Lettre sur Léonard de Vinci, adressée au comte de Caylus, et imprimée en tète d'une collection de caricatures, gravées par cet antiquaire d'après Léonard; elle est remplie de recherches curieuses sur ce grand maître; la Description sommaire des dessins du cabinet Crozat, Paris, 1741, dont nous avons donné plus haut des extraits et dont il est parlé plus amplement dans la préface du présent ouvrage ; la Description du cabinet de M. Boyer d'Aguilles,
Paris, 1744, in-folio; les Remarques svr la Vie de Michel-Ange, 'par Condivi: elles sont insérées dans l'édition de Florence de 174G; la Lettre sur la fontaine de Grenelle, également imprimée en 1746, à la suite de la Vie d'Edme Boucliardon.
Cette dernière lettre est écrite d'un style vif; les termes en sont propres et choisis. Pour qui sait l'amitié qui existait entre Boucliardon Qt Mariette, il peut paraître que le critique a mis de la complaisance dans les tloges qu'il fait du dessin général de la fontaine, de l'heureux hémicycle que forme la partie supérieure, dans un endroit où l'étroitesse de la rue n'eût pas permis d'embrasser du regard toute l'ordonnance, enfin du caractère des statues et des bas-reliefs, et des heureux détails de l'architecture ; mais à l'époque où la lettre en question fut écrite, tout Paris avait pour Bouchardon les yeux de Mariette. On aimait alors dans la sculpture une certaine grâce mignarde, arrondie et maniérée, le jeu pittoresque des lumières et des ombres, et surtout le marbre assouijli, le travail délicat du ciseau, le rendu de la chair. Or, c'était là justement, défauts ou qualités, ce qui caractérisait Bouchardon, et Mariette ne faisait que traduire le sentiment de tout le monde, en admirant son ami. Du reste, comme sculpture purement décorative, la Fontaine de la rue de Grenelle est un monument trop peu regardé aujourd'hui. L'art de notre pays a laissé là un de ses plus aimables souvenirs, et il ne faut pas oublier que les jeunes filles qui vont puiser de l'eau à cette fontaine familière, s'appellent Dorine ou Toinette, et non pas Aspasie. Les Nymphes de la Seine ne sauraient nous verser l'eau de l'Ilyssus. Mais aussi ne peut-on s'empêcher de sourire quand on entend Mariette vanter, dans certaines figures de Bouchardon , la simplicité mâle et noble de l'antique.
Depuis sa nomination à l'Académie, Mariette ne cessa de dresser des Catalogues manusciits, de décrire des estampes, de revoir et d'annoter les livres sur les arts, par exemple : la Description de Paris, de Germain Brice; le Cours d'architecture, de Daviler; VAbecedario, d'Orlandi, qu'il chargea de corrections et d'augmentations précieuses, restées inédites jusqu'à la publication que viennent d'en faire les auteurs des Archives de l'art français. Il rédigea le texte du Recueil des peintures antiques, de Pietro Santo Bartoli , o)ivrage auquel concoururent le comte de Caylus , l'abbé Barthélémy et Laborde. Il fit la Description des travaux qui ont précédé, accompagné et suivi la fonte de la statue équestre de Louis XV, de Bouchardon, et il se montra aussi versé dans les connaissances toutes spéciales qu'exigeait un travail de ce genre, que dans les
dessins, les estampes ou les tableaux. Enfin, Mariette ne cessa, durant sa longue vie, d'entretenir une correspondance active avec les amateurs les plus renommés de la Franco, de r.\ngleterre, de l'Italie. Le chevalier Gabburri , à Florence , Giam Pietro Zanotti , à Bologne, Antoine Zanetli, à Venise, lui procuraient tous les recueils d'estampes, tous les livres d'art, tous les renseignements dont il avait besoin, et il correspondait avec eux en italien , car il possédait cette langue aussi bien que la sienne propre. Connu dans toutes les Académies de l'Europe, membre de celle de Florence, il était consulté sur toutes les matières touchant les beaux-arts, et comme les richesses ne vont qu'aux riches, chacun contribuait à lui former le plus beau cabinet du monde. L'illustre Piranesi lui envoyait de Rome des épreuves de choix de chacune de ses magnifiques planches; Rosalba Carriera lui donnait la préférence pour ses pastels; Boissieu lui faisait hommage de ses plus jolies eauxfortes; Dietricy lui oflrait son œuvre, et Bouchardon ses terres cuites; Lemoyne, Coypel , Vanloo et autres augmentaient par des cadeaux sa collection de dessins; mais ce qui avait rendu cette collection incomparable , c'étaient les acquisitions qu'il avait faites à la vente Crozat, dirigée par lui. Disons-le franchement, Mariette, en rédigeant le Catalogue de cette vente, dont le prix était destiné aux pauvres, laissa légèrement fléchir sa conscience d'amateur, et, au grand détriment de ces mêmes pauvres, héritiers de M . Crozat, il forma des lots dans lesquels allèrent s'engloutir des dessins du plus grand prix, et dont les meilleurs lui furent à lui-même adjugés. L'on vendit de la sorte des Raphaël non décrits, des Michel- Ange en bloc, des Léonard en liasse, et les pauvres ne tirèrent pas de la succession Crozat la vingtième partie de ce qu'elle aurait dû leur rapporter, j'ajoute la centième partie de ce qu'une pareille collection produirait aujourd'hui.
Bien qu'aimable et poli, comme on l'était au xvni'' siècle, Mariette n'ouvrait pas facilement son cabinet, et, jaloux de l'espèce de monopole qu'il exerçait comme critique en fait d'art , il tenait à distance les faiseurs de Catalogues et les demandeurs de renseignements. Helle et Glomy, quand ilS publièrent l'Œuvre de Rembrandt, rédigé par Gersaint, Jombert, quand il voulut dresser le Catalogue de La Belle, ne purent obtenir de Mariette ni qu'il les aidât de ses lumières, ni même qu'il leur montrât sa collection.
Mariette mourut en Û774, à l'âge de quatre-vingts ans, ayant passé une existence des plus heureuses, car il eut assez de fortune pour se procurer tout ce qu'il aimait , et -assez de philosophie pour n'aspirer ([u'aux jouissances qu'il était capable de sentir.
Tableaux.
ROSALBA CARRIERA. Le Portrait en miniature de domi Foscari, morte à Vienne en 4715, peinte à la tleur de l'âge : la tête est charmante et belle , et l'ajustement en est très-galant; elle est coiffée en cheveux et porte une aigrette noire, comme nos dames d'aujourd'hui, et un bouquet an côté. Trois pouces sur deux, non compris une petite bordure en cuivre doré, couronnée d'un ruban, et enfermée dans un étui de galuchat, garni en argent. 300 liv.
Trois autres Têtes de femmes et le Portrait de cette célèbre artiste de l'école vénitienne ( Rosalba), que la mort nous enleva, le 15 avril 1757, âgée de quatre-vingt-cinq ans. 310, 171 et 4, Cl 0 liv.
PETITOT. Le Portrait en émail de madame la duchesse d'Olonne , coiffée en cheveux et la gorge découverte. Ce morceau a toujours été regardé comme un des chefsd'œuvre de l'artiste : une guirlande de fleurs d'une grande délicatesse, aussi en émail, lui sert d'entourage. 3,200 liv.
ADRIEN VAN DE VELDE. Un superbe et précieux morceau de genre, connu par l'estampe qu'en a gravée supérieurement bien le sieur Aliamet, sous le titre û! Amusement dliiver : il représente un canal de Hollande , sur lequel divers groupes de figures s'amusent à patiner sur la glace et à jouer à la boule. Ce tableau, daté de 1668, porte onze pouces sur treize. 4,000 liv.
POUSSIN. Jupiter enfant, à qui un satyre présente à boire : un beau groupe de quatre figures et de plusieurs enfants sur un fond de paysage , fait la composition de ce savant tableau, peint en Italie... Vingt -sept pouces sur trois pieds. 2,310 liv.
Terres cuites.
FRANÇOIS FLAMAND. Petit bas-relief de trois enfants jouant avec un vase ; précieux morceau , de deux pouces et demi de haut sur quatre et demi , dans une bordure dorée. 2i0 liv.
Un groupe de deux enfants jouant ensemble, couchés par terre, de cinq pouces en carré, sur un socle de bois noirci. 453 liv.
Un enfant endormi et couché sur le dos, de même grandeur, ihi liv.
Le buste de la femme de Nicolas Poussin , en corset et la gorge découverte, de djx pouces et demi , y compris le piédestal, qui est de marbre.
BOUCHARDON. Le modèle du tombeau du cardinal de Fleury, en ronde bosse, composé de trois figures et d'une grande colonne, surmontée d'une urne, hauteur de quinze pouces; précieux morceau rempli de grâce et fait d'un grand style. 97 liv.
L'Amour en pied courbant son arc , dont le marbre est au château royal de Choisy. On trouve , dans ce chefd'œuvre de l'artiste, l'esprit et le sentiment qu'il savait si bien exprimer. La figure porte douze pouces de haut, non compris le pied de bois noirci. 901 liv.
SARRAZIN. Un groupe de deux enfants jouant avec un bouc. C'est le modèle du même sujet qui se voit dans les jardins de Marly, exécuté en marbre. Il porte huit pouces sur six, non compris un beau piédestal, sur lequel il est, et qui est un ouvrage de BouUe, avec divers ornements en cuivre doré d'or moulu. -460 liv.
CLODION. Un vase de belle forme, avec divers groupes de jeux d'enfants en relief; deux têtes de béliers forment les anses. Il porte neuf pouces sur sept et demi, et il est sur un socle de marbre veiné. Il règne dans les ouvrages de ce jeune artiste, dit le Catalogue, une correction de dessin supérieure et une touche pleine de feu et d'esprit. 600 liv.
Bronzes.
Le bœuf Apis, d'un beau travail et bien conservé dans toutes ses parties, à la réserve des cornes qui sont cassées; il porte une housse richement brodée, le scarabée sur le garrot et l'aigle aux ailes déployées sur la croupe. Il mesure
cinq pouces sur six , non compris le socle. Voyez page 42 des Antiquités du comte de Caylus. 73 liv.
La tête de Jupiter Sérapis avec boisseau sur la tête , d'un très-beau caractère , de six pouces de proportion , monté sur un très-joli piédestal , orné aux quatre coins de têtes de boucs en bronze doré, qui porte trois pouces et demi. 72 liv.
Pierres gravées.
Une onyx de deux couleurs, montée en bague, sur laquelle est gravé en relief un rhinocéros, très-bien exécuté. 930 liv.
Une grande cornaline, de forme ovale, portant quinze lignes sur douze, non compris un cercle d'or qui l'entoure, sur laquelle est gravée en creux la malheureuse Sapho qui fait l'aveu de sa passion à l'insensible Phaon. Voy. p. 127 du premier volume des Antiquités de M. de Caylus. 550 liv.
Autre belle cornaline, montée en bague, de neuf lignes
sur six, {.^raviii-p en creux où Ton voit Apollon et rAmour; elle se trouve gravée dans le volume dos pierres gravées antiques de M. JMarielto, tome XI, page 1 i. ïol liv.
Dessins.
NICOLO DELL' ABBATE. Trois sujets de plafonds, dont un exécuté pour le connétable de Montmorency, fait au bistre, rehaussé de blanc; et un autre, où se voient Apollon et les Muses, de forme ronde , à la jjierre noire ; et , de plus, rétude d'une figure debout, très-bien drapée et faite à la sanguine. 77 liv. 19 s.
Une Femme debout, tenant les clefs de l'Église romaine et terrassant les vices; à la plume et au bistre, supérieurement bien rendu. 301 liv.
L'ALBANE. Deux différentes pensées d'un tableau qui représente la Nuit planant dans les airs et portant dans ses bras deux enfants, qui sont les Songes, enfants du Sommeil. On en connaît l'exécution dans le plafond de la galerie Vérospi , à Rome. 72 liv. 1 s.
LE CORRÈGE (Ant. AUégri, dit). Trois feuilles d'études pour les figures des Sibylles et des Prophètes peints dans l'église de Saint-Jean, à Parme. 15 liv. 15 s.
La Sainte Vierge sur un piédestal, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras, et ayant autour d'elle saint Jean, saint Georges, etc. Ce précieux morceau, qui n'est qu'une esquisse, faite au bistre et rehaussée de blanc, porte l'empreinte la plus parfaite du talent supérieur de cet auteur, et est de neuf pouces sur six de large. Le tableau est dans la galerie de Dresde, 112 liv.
Une grande figure de patriarche, les mains jointes et les yeux fixés vers le ciel. Ce morceau, fait avec beaucoup d'art à la sanguine, rehaussée de blanc, avait souffert et était tombé dans les mains de Rubens, qui a employé tout son talent à lui rendre son premier mérite. 25 liv.
ALLO RI. Jésus-Christ au milieu d'une compagnie de docteurs de l'Église; au bistre et très-fini. Il vient du cabinet de G. Vasari, ainsi que beaucoup d'autres qui font partie
de cette précieuse collection; on en voit la description dans cet auteur, page 278 de son troisième volume. 23 liv. 49 s.
LE CARAVAGE (Michel-Ange Amérighi, dit). La Vocation de saint Mathieu, composition de six figures, formant deux groupes très-intéressants par l'esprit et l'expression qui régnent dans les têtes des principales figures, celles du Sauveur et du saint qui paraît étonné de Tair familier de son maître qui rappelle. On en connaît le tableau dans l'église de Saint-Louis, à Rome. La rareté des dessins de ce maître rend celui-ci encore plus précieux , étant trèsterminé à la pierre noire, un peu rehaussée de blanc. L'habillement des figures est un peu éloigné du costume, puisqu'elles sont vêtues suivant le temps où il a été exécuté. 23 liv. 19 s.
Le Martyre de saint Pierre, d'une composition savante, d'une plume ferme et spirituelle, et largement lavé au
1 ' bistre. 96 liv.
LE JOSÉPIN (José d'Arpinas, dit). Saint Paul à genoux, les bras croisés sur la poitrine, attendant le coup de la mort, d'un bourreau qui est près de lui; il est fait à la sanguine, et terminé avec soin. 280 liv.
RANDINELLI (Rartolomeo Baccio). Six feuilles d'études de figures et têtes, à la plume, dont une figure d'Hercule, de la touche la plus savante et la plus assurée. 90 liv. 2 s. Une feuille sur laquelle se trouvent cinq têtes pleines d'expression, de différents caractères, et au verso cinq belles études de figures drapées. 20 liv.
«La manière de dessiner du Baccio est très-savante, ditBasan: il connaissait parfaitement la structure du corps humain, ainsi que tous ses mouvements; il cherchait à imiter Michel -Ange; mais souvent les imitateurs outrent ce cju'ils prennent pour modèle; sa touche est ferme, mais quelquefois sauvage; les dessins qu'il a faits à la sanguine sont préférables à ceux qu'il a exécutés à la plume. » Sur ce dernier point , c'est le contraire qui nous semble vrai.
LE GUERCHIN (J.-F. Barbieri, dit). Saint Pierre recevant les clefs des mains de Jésus-Christ, sujet en hauteur,
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à la plume et au bistre, de même grandeur ([uc restanipc qu'on a {gravée Pasqualini. l'.i liv.
Saint Dominique aux pieds de la Vierge, recevant un lis des mains de l'Enfant Jésus; fait avec art, aussi à la plume et au bistre. 34r) liv.
Des Soldats faisant entrer de force un homme dans une prison; au bistre, d'un grand effet. Tri liv.
Cépbale et Procris; petit sujet en travers, à la plume et à l'encre de Chine. 250 liv.
Une Foire de campagne, ayant pour pendant un Village mis au pillage ; sujets en travers, dans lesquels il se trouve un grand nombre de figures, touchées avec esprit, à la plume et au bistre. 265 liv.
Huit autres paysages, de même forme et de même faire, copiés par M. Mariette, supérieurement bien. 79 liv. 19 s.
B A ROC HE. Notre-Seigneur porté dans le tombeau , grande et superbe composition en hauteur, de même grandeur que l'estampe qu'en a gravée Sadeler; ce dessin est fait à la sanguine, et mêlé de pierre noire. Le bruit qui retentissait de toutes parts de la beauté de ce tableau fit venir à l'auteur l'idée de le faire graver, et, à cet effet, il choisit Gilles Sadeler, qui voyageait alors en Italie : il fit donc ce dessin , d'après lequel il fit graver la planche à ce jeune artiste. Il vient du cabinet de M. Crozat. 300 liv.
La Mère de Miséricorde tendant les bras à des âmes pieuses qui implorent sa protection ; ce sujet, plein d'âme et d'expression, est fait avec art, et très-terminé au bistre, rehaussé de blanc. 600 liv.
L'élude de la tête de la Vierge à l'Écuelle, connue par l'estampe gravée par Corneille Cort. Autre tête de jeune fille. 48 liv. 1 s.
Cette collection de dessins du Baroche est extièmement précieuse; M. Crozat les a^ait trouvés à Urbiu et à Venise chez des amateurs qui en savaient bien le prix.
BE C AFUMI. Un Souverain Pontife admettant à son audience les députés d'une ville , qui viennent lui en présenter les clefs; la j)lume en est savante, et il est lavé au bistre.
Plus, trois Études de figures, supérieurement bien faites de même , de la collection du Vasari , dont une représente un criminel auquel on donne TestrapadC;, ou, ce qu'on nomme en Italie, la corde, en présence de ses juges. 7J liv.
LA BELLE. Un volume petit in-folio, en maroquin rouge, contenant cent sujets, paysages, cartouches et figures, dessinés à la plume, et touchés avec beaucoup d'esprit. MO liv.
Quatre cent cinquante petits sujets divers, figures et griffonnements , faits à la plume, et contenus dans un volume de papier bleu , in-folio , relié. "246 liv. l s.
L'Entrée de l'ambassadeur de Pologne dans Rome; dessin capital et d'une parfaite conservation; on y a joint l'estampe qui en a été gravée de même grandeur par cet habile artiste. 900 liv.
JEAN BELLIN. Deux feuilles, contenant dix études de figures en pied et drapées, d'une belle conservation, au bistre, rehaussé de blanc. Deux autres études aussi de figures en pied, dont celle de saint Jean, etc. -47 liv. 19 s.
De tous les maîtres qui vivaient à Venise dans le xv^ siècle , et qui contribuèrent au rétablissement de la peinture, aucun, dit Basan, ne s'y est rendu plus utile que Jean Bellin : cependant, en chercliant à imiter de près la nature, il est entré dans des détails minutieux , qui approchent de la sécheresse , défaut quelquefois excusable, puisqu'il fait voir un artiste qui chercbe le vrai, tandis qu'il en est tant d'autres qui s'en éloignent, en ne travaillant que de pratique et de caprice. Ces dessins ont passé dans les collections du Vasari, de Jabach et de Grozat.
PIETRE DE CORTONE (Pierre Beretini, dit). Un Repos en Egypte : la Vierge , assise dans un agréable paysage , considère sur ses genoux son divin fils, qui tend les bras à saint Joseph. La composition en est des plus agréables, et c'est ce qu'il faut principalement chercher dans les dessins de cet artiste, surtout dans ceux qu'on soupçonne être de son dernier temps, où quelquefois il manque de finesse : quelle qu'en soit cependant l'époque, ils sont tous
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Irès-roclioi'chés ot rares; celui-ci, fait à la plume, et dont les ombres sont cxiirimées par un lavis, vient de la collection de M. le duc de ïallard , et avait été apporté de Rome, avec beaucoup d'auti-c^s, par nu Italien adroit, qui les tit payer fort cher à cet amateur. '■1H(\ liv.
Le plafond en entier de la galerie du palais Barberini ; à la plume et au bistre, rehaussé de blanc, d'une conservation parfaite. Le Martyre de saint Laurent; grande composition dessinée à la pierre noire, d'après le tableau de ce maître, qui est dans Téglise deSaint-Michel-Berleldi, à Florence. 01 liv.
LE BERNIN. Saint Jérôme à genoux sur un crucifix, qu'il adore : un sentiment d'amour et de foi ne peut être jamais mieux rendu que par l'expression qui se voit dans ce dessin, dont la pensée est sublime; il est fait à la plume, et soutenu d'un lavis d'encre de la Chine. Il fut présenté par l'auteur à M. de Colbert, en octobre lOGo, avant son retour à Rome . d'où il avait été appelé par Louis XIV, pour être consulté sur le bâtiment du Louvre. Quoique cet artiste comptât déjà plus de soixante années , ses ouvrages n'avaient encore rien perdu de sa première vigueur ; ils sont cependant exécutés dans le goût de la sculpture plus que dans celui de la peinture. 1:20 liv.
PIERINO DEL VAGA ( Pierre - Bonacorsi , dit). Deux sujets de forme triangulaire, dont l'un représente la Naissance de la Vierge, et l'autre une Annonciation, dans laquelle composition l'auteur, par licence, a introduit saint Joseph , qui paraît dans l'étonnement en voyant l'ange annoncer à la sainte Vierge le mystère de l'Incarnation. Ils sont exécutés au pinceau et au bistre si bien dans la manière de Raphaël, que, dans le temps qu'ils étaient dans la collection de jNI. de Jabach , on ne faisait point difficulté de les lui attribuer; ils sont même gravés sous le nom de ce grand peintre; mais depuis, sans en diminuer le mérite, on y a reconnu la main de l'élève, de préférence à celle du maître. 120 liv.
Le Triomphe de Bacchus ; charmante composition, dans
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laquelle il entre plus de vingt-cinq figures groupées avec beiiucoup d'art et d'intelligence; le pendant, non moins intéressant, représente le Combat des Amazones. Ce dernier est connu par l'estampe de même grandeur, gravée par Aiig. Vénitien; ils sont faits au bistre, rehaussés de blanc, d'une conservation parfaite et d'un précieux fini. Ils portent huit pouces de haut sur huit de large, et sont de forme ovale. 3,100 liv.
MICHEL-ANGE. Quarante feuilles de différentes études de compositions, tombeaux, figures et tètes, faites à la plume et au bistre, d'une touche savante et hardie, parmi lesquelles se trouve cette main célèbre dont il est fait mention dans la vie de cet auteur; lesquelles seront partagées. 818 liv.
On sait que cette main célèbre est aujoiird'hui au Lcaivre ; mais l'autlieuticité en est contestée et coutcstaMe.
PAUL VÉRONÈSE (Paolo Caghari, dit). Un beau sujet, en hauteur, où se trouve la sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus debout, prêt à l'habiller, environnée de plusieurs anges et autres figures, formant concert : fait à l'encre de Chine, rehaussé de blanc, d'une conservation parfaite. La composition en est des plus agréables et neuve. Au verso de ce dessin, il était écrit en italien que les représentations qu'on avait de la sainte Vierge étaient presque toujours les mêmes; c'est pourquoi l'artiste avait voulu varier sa composition. iOl liv.
Une Tête de Nègre, vue de profil, faite très-librement , . à la pierre noire, un peu mêlée de sanguine : c'est une étude faite d'après nature, et qui a été employée par l'auteur dans son tableau célèbre du Martyre de sainte Justine, qui existe à Padoue. Quoique cette tête ne soit faite qu'aux deux crayons, elle parait aussi colorée que si l'auteur l'avait peinte. '279 liv. 19 s.
I ' 0 L I D 0 R E DE CAR A VA G E (Fol idore Cald ara , di t ) . Un Prêtre à Tautel célébrant la messe, et ayant autour de lui beaucoup d'assistants. Ce sujet, fait à la plume et au bistre, rehaussé de blanc, est connu par l'estampe de
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même grandeur qui se trouve dans le Recueil de Crozat, n" 71, et ne serait pas démenti par Raphaël, dont cet habile homme était l'élève. 'MO liv.
Un grand sujet , en hauteur, d'une riche composition et d'un grand effet, représentant une Adoration des Bergers; fait au bistre, rehaussé de blanc. 500 liv.
Sept vases, casques et trophées, à la plume et au bistre, très-savamment touchés. 145 liv.
PIERRE CANDIDE. Un Christ mort descendu de la croix, soutenu par saint Jean et entouré des saintes Femmes, grande composition en hauteur, d'un bel effet : c'est la première pensée de cet artiste pour un tableau de lui, qui est dans l'abbaye de Saint-Jusl, près de Volterre.
CANALETTI (Antoine Canal , dit). La Vue de la place des Jésuites , à Venise, où Téghsc se voit latéralement , ornée de plusieurs petites figures, à la pUnne et lavée d'encre de Chine. Autre Vue en travers du port de Padoue, ornée de bateaux et de figures fort intéressantes , d'une plume fine et légère, lavée d'encre de Chine. 271 liv. 19 s.
ANNIBALCARRACHE. Le Portrait de l'auteur, de grosseur naturelle, fait avec art à la sanguine ; le Portrait de sa mère, peint sur papier en petit , et son Portrait fait à la plume. 18 liv. 2 s.
Quatre autres Tètes, id., de sa famille. 600 liv.
La Résurrection de Notre-Seigneur, sujet en hauteur, fait au bistre, de la touche la plus hardie. 569 liv. 19 s.
Sacrifice à Neptune, par Pélias, sujet en travers, à la plume et lavé d'encre de Chine, dont le tableau existe à Bologne, au palais Fava. 13 liv.
AUGUSTIN CARRACHE. Le Pape Clément VIII, après avoir pris possession de Ferrare, en 1598, se met en marche pour se rendre à Bologne; il est précédé et suivi de tout son cortège, et porté dans une litière : sujet capital, fait avec esprit, à la plume et au bistre: du cabinet Crozat. 300 liv.
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LOUIS GARRACHE. La Reine du ciel tenant l'Enfant Jésus entre ses genoux , et ayant auprès d'elle sainte Anne; elle est portée sur un nuage; et, plus bas, sur le premier plan, sont représentées, d'un côté, sainte Justine, reconnaissable au poignard qui lui perce le sein, et, de l'autre, sainte Dorothée, qu'accompagne un petit ange qui tient une corbeille remplie de fleurs. Ce dessin, ainsi que tous ceux qui sont sortis de la main de cet habile homme, est rempli de grâce, et de la plume la plus fine, maniée par un artiste qui sait exprimer avec netteté et précision la pensée qu'il a conçue ; une teinte de lavis clair en exprime les ombres; il se trouve des traits carrés imperceptiblement tirés dessus, ce qui prouve qu'il en a exécuté le tableau, qui peut-être existe dans l'intérieur de quelque monastère de Bologne, car on était alors dans l'usage d'en
* joindre presque toujours un au trousseau des filles d'un certain état qui se faisaient religieuses. Il vient de la collection de M. Crozat. 200 liv.
Deux charmants sujets, de la plume la plus fine et la plus savante : Betzabée au bain , et le Jugement de Paris. Rien n'est si agréable que ces deux compositions, dont les ombres sont exprimées par une teinte légère, à l'encre de
L Chine. 689 liv. 19 s.
Un Paysage, mêlé d'architecture, fait à la plume. II a été gravé par Corneille, dans la suite de Jabach. 21 1. 10 s.
BENEDETÏE CASTIGLIONE. Un Troupeau de divers animaux, conduit par trois bergers, descendant dans un vallon au pied d'une haute montagne; des ruines et du paysage ornent ce charmant dessin , fait à la plume et au bistre, du plus beau de ce maître, portant onze pouces de large sur huit de haut. 300 liv.
Un Troupeau d'animaux en marche, avec diverses figures qui les conduisent. Gomme on y remarque en l'air un ange qui leur indique la route, il faut croire que l'auteur de ce dessin supérieur a voulu représenter Abraham avf'C sa famille, quittant son pays; il est fait au pinceau et à riuiile. sur papier, et la touche en est grasse. 271 liv.