TABLEAUX DB SON CABINET... — A. PAILLBT, EXPERT
C'est surtout comme curieux de livres que le duc de La Vallière est célèbre. Quand on songe que les parties de sa bibliothèque qui furent j âgées les moins intéressantes, forment aojourdliui l'inappréciable fonds de l'Arsenal^ quelle idée doit -on concevoir des merveilles que renfermait la portion réservée des livres de La Vallière?
Louis-César de la Baume Le Blanc, duc de La Vallière, petit-neveu de la duchesse de ce nom, si célèbre par sa faute et par son repentir, naquit en 1708, deux ans avant la mort de son illustre parente : il mourut en 1780 et avec lui s'éteignit cette ancienne et illustre famille de Touraine. Il laissa la plus considérable, la plus riche bibliothèque, peut-être, qui ait jamais existé, malgré la vente partielle qu'il avait faite en 1767 (Gâtai, rédigé par de Bure aîné, S vol. in-So). Le duc de La Vallière avait l'excellente et fastueuse habitude d'acquérir en bloc les collections célèbres dont la dispersion était imminente. C'est ainsi qu'il avait enrichi ion musée des précieuses collections d'Honoré d'Urfé, dont les manuscrits seront toujours si recherchés et d'un prix inestimable; de M. Guyon de Sardière, de M. Bonnemet. A la vente Gaignat, il avait acheté pour plus de 80,000 francs de livres précieux : à la vente du docteur Askew, à Londres, il fit également d'importantes conquêtes; enfin, il n'avait jamais rien épargné, ni soins, ni peines, ni argent pour acquérir, et l'on sait qu'à cette ^K)que, l'âge d'or de la Curiosité^ les occasions étaient fréquentes.
L'abbé Rive fut pendant douze ans son bibliothécaire; malheureusement ce bibliophile, plutôt pamphlétaire mordant et acerbe que bibliographe érudit et patient, ne donna jamais suite au louable projet qu'il avait formé de pu])lier le Catalogue complet et raisonné des admirables collections qui lui étaient confiées. MM. G. de Bure Tatné, et le regrettable Van-Praôt, de Bruges, qui débutait alors dans la carrière et que ses admirables travaux bibliographiques devaient amener un jour à la direction du plus vaste dépôt de richesses littéraires et scientifiques qui existe au monde ^ la Bibliothèque nationale, furent chargés de suppléer à la
négligence coupable de l'abbé Rive. La rédaction de cet immense Catalogne ne coûta pas moins de trois années d'nn travail assidu aux deux bibliophiles^ et encore on ne mit en Tente qu'un peu moins du tiers des immenses collections du duc de La Yallière. Ce premier Catalogue dont la vente dura plus de quarante jours^ ne produisit pas moins de 465^000 livres : par quel chlifre faudrait-il multiplier cette sonmie^ si Ton pense que la valeur de presque tous ces livres a plus que décuplé depuis cette époque I La seconde partie des livres et manuscrits du duc^ éliminée comme indigne de figurer dans cette admirable collection, fut cataloguée par le libraire Nyon l'alné et publiée en 6 vol. in-8«; elle fut achetée en bloc par le marquis de Paulmy^ et l'on peut admirer les innombrables trésors que renfermait cette collection tant méprisée, à la bibliothèque de l'Arsenal dont elle fait le principal fonds.
Il est impossible d'entrer ici dans la description détaillée de cette bibliothèque à jamais célèbre, dont chaque numéro était précieux, mais dont le catalogue se trouve forcément sur les tablettes de tous les bibliophiles. On y trouvait, outre toutes les éditions , précieuses des classiques anciens et modernes, des théobgiens, des poètes, des dramaturges, des romanciers de tous les âges et de tous les pays , un nombre incommensurable de manuscrits
. aussi précieux au point de vue de Part, qu*à celui de l'antiquité on de la provenance, et dont une grande partie sortait de l'illustre collection d'Honoré d'Urfé. Nous citerons au hasard le Uissel du duc de Bedford, que la mort du duc, en 1485, empêcha de ter-, miner, et qui ne renferme pas moins de cinq mille miniatures ou lettres ornées; il fut payé 5,000 livres et se trouve aujourd'hui au British muséum; La, Guirlande de Julie 1 le chef-dceuvre de la galanterie, selon l'expression de Huet, évèque d'Avranches : ce manuscrit commandé au célèbre calligrapbe Nicolas Jarry par le duc de Montausier, pour mademoiselle de Rambouillet, est trop célèbre pour que nous nous y arrêtions; disons seulement qu'il valut au duc la main de cette flère beauté, qu*il épousa quatre ans après : vendu 14,510 francs à madame la duchesse de Chàtillon, fille du duc de La Yallière, il est aujourd'hui entre les mains du duc d'Uz es, descendant par les femmes du duc de Montausier.
Nous devrions borner ici ces citations, qui nous entraînent un peu au delà des limites que nous nous sommes imposées, mais nous ne pouvons résister au plaisir de parler d*un autre manuscrit unique
, en son genre, qui vaudrait aujourd'hui quinze ou vingt fois les t,500 livres qu'il coûta à la vente dont nous nous occupons :
e'est MÛ Recueil de poètes des troubadourt, manusoiit sur vélin du xiv« siècle, d'une admirable conservation, écrit en lettres de forme sur 2, 3, 4, 5 ou 6 colonnes avec tourneures peintes et rehaussées d'orj il contenait les poésies de cent dix-sept trouvères avec notices biographiques sur quelqn«s-unes d'entre eux. Nous ignorons où se trouve aujourd'hui cet incomparable manuscrit, dont la pul>lication serait si désirable maintenant que Ton recherche avec tant d'ardeur ces vieux monuments de la langue française telle qu'elle se formait, à cet e époque de transition où, déchirant péniblement les langes de la barbarie, elle tendait à s'épurer, à se nationaliser, à devenir la langue de Rabelais et de Montiigne, pour arriver, en passant par cet admirable creuset, à devenir celle de Bossue t et de Fénelon.
BON BOULLOGNE. Diane recevant Adonis au pnoment de sa naissance : elle le présente à une de ses nymphes ; à droite, deux amours, et plus loin des satyres; au fond, des montagnes au bord de la mer. Dix- huit pouces sur vingt -six. Cuivre. 610 liv.; Lambert.
ROBERT TOURNIÈRE. Une jeune femme vue à mi-corps par une croisée; elle tient sur sa nmin un perroquet que veut prendre un jeune garçon vêtu à l'espagnole. Quatorze pouces sur dix. Bois. 732 liv.
LE NAIN. A la porte d*une maison de charité, un homme vêtu de noir fait Taumône à une famille de mendiants. Dix -huit pouces sur vingt-deux. 400 liv.
CHARLES COYPEL. Une assemblée d'enfants, sujet gravé bons le titre de l'Amour précepteur. Trente -quatre pouces sur vingt-sept. 561 liv.
PETER NEEF8. L'Intérieur de la cathédrale d'Anvers, prise de face, enrichie de plus de vingt figures. Dix-sept pouces sur vingt -trois. Bois. 8001iv.
BISCAYE LE VIEUX. La Faiseuse de Koucks, gravée par . Visscher sous ce litre. Provenant du cabinot Lubbeling, d'Amsterdam. Quinze pouces sur douze. 421 liv.
Ce morceau de Visscher passe pour avoir été grave par lui d'après son propre dessin : on voit que c'est une erreur.
TENIERS* Une Fête de village : on y compte quatre-vingts figures; à droite, une chaumière devant laquelle un drapeau sert d'enseigne à un cabaret; le chemin est bordé de maisons qui se détachent sur un beau ciel. Dix-neuf pouces sur trente. Bois. 5,oOO liv.
La Cour d'un cabaret où une trentaine de paysans se divertissent; à gauche, on en voit d'attablés sous un toit de chaume; d'autres jouent à la boule. Vingt pouces sur trente-trois. ^,400 liv,
La Vue de la cour d'une grande ferme où les paysans font une noce ; la porte du milieu est ouverte et laisse voir la campagne ; on voit des canards dans une mare et plus, loin des poules. On compte soixante- dix -neuf figures. Dix-huit pouces sur trente-cinq. Provenant de la vente de Julienne (1,.^>42 liv.). 2,725 liv,
REMBRANDT. Deux Portraits vus à mi-corps, en pendants : Tun est celui d'un jeune homme de face en toque rouge, manteau et chafiie d'or au col; l'autre, celui d'ime servante appuyée sur une porte et qui rit. Trente pouces sur vingt -quatre. 5,500 liv.
PH. WOUWERMANS. Deux pendants : une Vue de la mer à Schovening; on y remarque un chariot où est une fenuue avec son enfant, auprès deux chevaux, dont un blanc, plus loin un homme un fouet à la main, et un enfant... etc. La Tente des Vivandières; elle est à gauche; à la porte, sont doux cavaliers, dont tni sur un cheval blanc boit, l'autre tient une femme en croupe; à droite, plusieurs hommes et femmes autour d'un feu. Onze |x>uces sur quatorze. Bois. 4,101 liv.
TERBURG. Une dame assise lit une lettre que lui apporte un commissionnaire qui est debout près d'une porte ouverte; elle est en corset jaune et jupe de satin blanc garnie de dentelle noire; dans le fond, une servante écarte les rideaux d'un lit. Vingt- trois pouces sur dixneuf. Toile marouflée. 702 liv.
VAN DER WERFF. La Vierge assise tient l'Enfant couché sur une draperie bleue; ii tend les bras vers une
branche de cerisier que lui présente saint Joseph. Treize pouces sur dix. Provenant de la vente du duc de Choiseul (3,700 liv.). 6,li0liv.
Jean STEEN. Un peintre dans son atelier corrige le dessin d*une jeune 611e qui est assise dans un grand fau- • teuil rouge er qui est vue de profil ; plus loin, un élève les regarde. Dix -sept pouces sur quatorze. 1,810 liv.
CORNEILLE BEGA. Un Chimiste pesant des drogues dans son laboratoire; il est entouré dé livres et d'ustensiles ; à droite, une croisée par où la lumière frappe ces divers objets. Onze pouces sur treize. Bois. 1,660 liv.
CORNEILLE POE^ENBURG. Trois tableaux dans le même cadre. Celui du milieu, cintré, représente le repos de la Sainte Famille ; on y voit saint Joseph lisant, sainte Anne en contemplation et saint Jean prosterné. Les tableaux de côté représentent Madeleine pénitente et Jésus-Christ communiant une sainte. Ces sujets sont ornés de gloires d'anges. Bois. 1,650 liv.
EULLER