‹ Le trésor de la curiosité tiré des catalogues de vente de tableaux ..., Volume 2Chapitre 209 sur 274 · VALLÉE, EXPERT · texte numérisé non relu

VALLÉE, EXPERT

En téie se trouye une Notice biographique, très-bien faite^ signée des initiales T. D. En voici la substance ;

Artiste par sentiment, industriel par indépendance, homme d'honneur^ plein d'esprit et de gaieté , Motte a laissé un nom dans la lithographie^ qui lui doit de grands progrès, de belles impressions et un perfectionnement de la presse mécanique. Né en 1785, mort en 1836» Charles-Ëtienne-Pierre Motte avait été, dans sa jeunesse, dessinateur et graveur à Teau-forte. Il s'était fait remarquer par un système de vignettes découpées sur cui?re, qui eut du succès avant l'invention de la lithographie, mais dont le procédé est abandonné aujourd'hui. Devenu dessinateur de topographie au dép6t de la guerre, il eut quelquefois occasion de voir Napoléon pour* lui soumettre le dessin des cartes destinées à ses campagnes. A ce sujet, Motte racontait souvent, avec sa gaieté ordinaire, que lorsqu'on déroulait une de ces grandes cartes sur le parquet du cabinet de l'Empereur, cartes qui avaient coûté plusieurs mois de travail à vingt ou trente des dessinateurs les plus habiles. Napoléon, botté et éperonné, passait et repassait dessus comme sur un champ de bataille, et allait môme jusqu'à prendre Motte par la main et à le faire piétiner sur ses propres œuvres, pour lui faire remarquer de plus près les points sur lesquels portait telle ou telle observation : genre d'insouciance que Motte comprenait un peu , mais que ses collègues ne comprenaient pas du tout et lui pardonnaient à peine de comprendre. .

En 1817, époque de l'importation do la lithographie en France par le comte de Lasteyrie, Motte, qui lui avait été adressé par M. Decaze pour faire des fac-similé d'autographes de Henri IV, prit goût à la lithographie, et acheta bientôt une presse avec laquelle il imprima dans sa chambre, rue de Sèvres, d'où il vint ensuite s'établir rue des Marais-Saint-Germain. Pour annoncer l'ouverture de son établissement, il lit lui-môme une affiche ornée de mauvaises figures allégoriques. Cétait la première sur les murs de Paris :

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elle fit sensation. Les commissaires de la librairie s'en émurent, firent une descente, verbalisèrent, et un procès commença, qui n'eut d'autre suite que Tordonnance royale qui assimilait la lithographie à l'imprimerie en caractères. Motte considérait la lithographie plutôt comme un moyen propre à reproduire l'expression directe du sentiment des artistes, que comme une traduction de leurs œuvres, et encore moins comme une imitation possible de la gravure. Il se laissa aller cependant, par position, à publier des ouvrages d'un fini remarquable, et qu'il n'estimait guère. — Il fut l'éditeur et Tami des artistes les plus éminents. Isabey, Géricault, Carie et Horace Vemet, Charlet, Grenier, Gantherot le placèrent hors de ligne dans sa profession, et, de son c6té, il ouvrit la car> hère à des artistes obscurs dont il devina le talent, tels que Renou, Lesaint, Marin Lavigne. Ce fut lui qui publia les premiers ouvrages de Charlet et les seules lithographies qu'aient faites Géricault et Michallon. Parmi les éditions sorties de ses presses, il faut citer la Galerie du Palais-Royal, les Contemporains étrangers, le Faust de Goethe, traduit par Stopfer, et enrichi par Eugène Delacroix de compositions originales, aujourd'hui très-recherchées; les Tournois du roi René, fac-similé d'un manuscrit du xv« siècle, avec le texte du temps et de belles planches coloriées , reproduction fidèle des originaux de la Bibliothèque nationale; l'Équitation et les Chasses, par M. Charles Aubry; les Albums d'Achille Deveria, de Grenier, de Madou; les Vues des fleuves et des rivières de France, que levèrent d'après nature MM. Leroy et Chapuy, envoyés aux fi-ais de Motte sur les bords de la Seine, de la Gironde, de la Saôue, de risère.

Motte a formé beaucoup d'élèves; il a répandu le goût de la lithographie et enseigné cet art à des missionnaires qui sont allés ensuite établir des imprimeries lithographiques jusqu'en Chine. Son activité, son intelligence auraient dû le conduire à une brillante fortune; mais trop artiste pour avoir su s'enrichir, il a laissé du moins à ses héritiers d'honorables souvenirs et un nom de marque.

Nous ajouterons à cette biographie que la fille de M. Motte avait épousé Achille Devéria, qui vient de mourir conservateur du Cabinet des Estampes, et qui était une organisation d'élite, un des artistes les plus populaires de ce temps.

Histoire pittoresque de i'ËquitaiioD ancienne et moderne, suite de vingt-quatre dessins sur pierres composés et lithographies par Ch. Aubry, professeur de dessin à

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