‹ Le trésor de la curiosité tiré des catalogues de vente de tableaux ..., Volume 2Chapitre 65 sur 274 · F AVI · texte numérisé non relu

F AVI

C1-DETAirr CHARGÉ D*AFTAIRE8 DC GRAND- DUC DE TOSCANS.

LBSTRADB^ HUISSIER -PRISECR. MARTIN LAPORTB9 AD LODTRB.

I/exemplaire porte l'adresse : « Au citoyen Grégoire, représentant dn peuple à la Convention nationale. »

B ERG HEM. Le tableau connu et gravé par Le Bas, sous le nom de Rachat de tEsclave^ faisant pendant à TEmbarquement des Vivres, qui s'est vendu 37,500 liv. à la vente du cabinet Praslin. Toile. Trente-sept pouces de haut sur trente. Mémoire.

ANCIEN PREMIEl MINISTRI.

M. de Galonné, dès les premiers mouvements de la révolution, avait pris la précaution d'envoyer en Angleterre la plus grande partie de ce qu'il possédait, et entre autres richesses, sa collection. Mais, invité pai* les princes émigrés à les joindre sur le Rhin, il emprunta une somme considérable en laissant ses tableaux comme garantie. Les prêteurs, lassés d'attendre, les mirent en vente publique le 23 mars i795j mais cette vente était bien loin de comprendre tous les tableaux : les plus importants avaient été retenus par les créanciers qui en disposèrent ultérieure-

ment. La vente^ qui dura quatre jours, se composait d'environ trois cent soixante tableaux de toutes les écoles.

MM. Skinner et Dyke, qui dirigeaient la vente, ne négligèrent rien pour en assurer le succès. On peut en juger par l'annonce suivante qui servait de titre au Catalogue :

Catalogue de la noble et très^apitale collection de pré^ deux tableaux appartenant au très- honorable Charles^ Alexandre de Calonne , dernier premier ministre de France, formée avec autant de goût et de jugement que de libéralilé, pendant son séjour en France et ses voyages en Italie y en Allemagne y en Flandre, en Hollande et en Angleterre^ à [immense prix de plus de soixante mille guinees (i, 575,000 /r.). On y a joint une collection élé^ gante de tableaux qui lui a été léguée par M. d^Arveley^ trésorier de France; le tout formant la plus brillante collection de tableaux d'Europe y destinée à occuper une magnifique galerie dans son hôtel de Piccadillyy et cornprenant les œuvres précieuses des maîtres les plus admirés des écoles de Rome, de Florence, de Bologne y de Venise, espagnole, françaisey hollandaise et anglaise.

Dans une introduction au Catalogue, MM. Skinner et Dyke ajoutaient qu'une première exposition avait été interrompue par dys propositions faites au nom de Timpératrice de Russie ; que le public était assuré qu^aucun tableau étranger à la collection n'avait été introduit dans la vente, et qu'on en avait peu distrait; qu'elle était conforme au Catalogue écrit par M. de Calonne lui-même ; enfin qu'elle abondait en chefs-d'œuvre, et qu'elle renfermait iO Titien, 3 Paul Véronèse, 6 Tintoret, 3 Giorgione,.2 Pordenone, TAnnonciation, par Michel-Ange, que M. de Calonne avait achetée à Venise, dans la famille pour laquelle elle avait été peinte; une Sainte Famille de Raphaël, une de Léonard de Vinci; 4 tableaux de Piètre de Cortone, 1 du Corrège, 3 du Parmesan, 1 de Schidone, 4 des Carrache, 10 du Guide, 2 du Dominiquin, 3 du Guerchin, 4 de rARiane, 8 de Salvator Rosa , i de Murillo, 10 du Poussin , 8 de Claude, 3 de J. Vornot, 3 de (îreuze, 14 de Rubens, 2 de Porbus, 8 de Van Dyck , 7 de Rembrandt , 2 de F. Miéris,

iM DE GALONNE. 1705

6 de Woiiwermans, 7 de Téniers, et entre autres la Fête du village et les Chaudrons; 1 Metsu, i Van der Werff, 3 Gérard Dow, 2 Adrien Ostade, 3 Paul Potter, 3 Berghem, 5 Cuyp, 2 A. Van de Velde, 3 Pinaker, 2 Karel Dujardin, 2 Reynolds, etc., etc.

Malgré ces nobles efforts de Catalogue, le premier jour, le tableau le plus cber, un Moïse sauvé des eaux, par Zuccarelli, ne dépassa pas 42 guinées; Goitzius, Bolognese, Tintoret, Scalken, Palme le Vieux, Salvator Rosa, Griflfier, Vanloo, Mola» André del Sarle, Titien, Claude, Pordenone, Poussin, Piètre de Cortone, n'atteignirent pas 5 guinées; un Van Eckhout, un Titien, un Pordenone, un Salvator Rosa, deux Van Dyck, un G. Seghers, un Molenaer, un Murillo, un Mignard^ un Paul Bril, furent adjugés de iOà 20 guinées; un Carie Maratte, un Wouwermans, un Van Toi , un Titien et un Téniers , n'allèrent que de 20 à 30 guinées ; enfin , un Hobbema fut vendu 31 guinées.

Il y eut un peu de progrès dans la seconde journée. Un Paysage avec le sujet de Mercure, Argus cl lo, par Adrien Van de Velde, qui avait coûté quatre cents louis à M. de Calonne, fut payé 3,675 fr.; un Paysage de Van der Neer, 2,231 fr.; une Vénus du Titien, 1,233 fr. Le reste demeura dans les prix du jour précédent.

Le troisième jour, une Madone de Murillo fut payée 6,431 fr.; un Satyre et des tigres, par le même, dans le goût de Rubens, 3,937 fr.; une Vue des environs de Naples, par J. Vernet, 4,331 fr.; une Jeune fille puisant de l'eau, par Gérard Dow, 2,430 fr.; un Paysage avec saint Georges et le dragon, par Claude, morceau capital, 1^,567 fr.; une Madone, du Guide, 2,750 fr.; un Paysage, de Cuyp, et une Marine, de G. Van de Velde, le môme prix.

Le quatrième jour fut le meilleur. La Visitation, par Fragonard, que M. de Calonne avait payée 6,000 fr., se vend seulement 2,100 fr.

Le Portrait d'une vieille dame tenant une Bible, par Rembrandt, 2,625 fr.

Le Bon Samaritain, peinture de cabinet, petite perle du même maître, imallgem, dit le Catalogue, 1,627 fr.

Un Paysage, de Ruysdael^ où se voit un pont, 4,331 fr.

Hercule et Ompbale, par Paul Véronèse, 5,250 fr.

Un chaud Paysage de Cuyp, avec des animaux, plein d*airet de soleil, morceau exquis, provenant du fameux cabinet Van der Linden, de Dort, 5,775 fr.

Une étude d*enfant pour le plafond de Whiiehall , par Rnbens, 5,775 fr.

Deux Portraits de femme, de Van Dyck, que M. de Galonné avait payés treize mille francs à sir Josué Reynolds, 8,135 fr.

Un Intérieur, d'Adrien Van Oslade, payé par M. de Galonné plus de cinq mille francs, 2,875 fr.

Une Sainte Famille, de Schidone, qui avait coûté près de neuf mille francs, 5,250 fr.

Un Port d'Italie, par Claude, 7,i37 fr.

Une Paysanne avec des cochons, par Gainsboroughi i^725 fr. Sir Josué Reynolds avait acheté ce morceau pour le prix que Fauteur avait fixé lui-même, et il Tavait cédé à regret, au prix de huit mille francs, à M. de Galonné^ qui le lui avait demandé avec les plus vivos instances.

Le Ghftteau enchanté, par Claude, 13,650 fr.; son pendant, 13,i25 fr.

Loth et ses filles, par Van der Werff , 7,875 fr.

Le Bonnet rouge, par Téniers, 9,187 fr.

Le Triomphe de David , par Poussin, acheté vingt et un mille francs par M. de Galonné à lord Carysford, 15,750 fr.

Le Téniers aux chaudrons, qui fut adjugé au duc de • Bedford, 18,375 fr.

J*ai eu occasion de voir ce merveilleux tableau, au mois de juillet

1851, chez le duc de Bedford, dans son hôtel de Belgrave-Sqnare.

Ou ne peut rien imaginer de plus charmant, en fait de Téniers.

Cest une grande fête de village dans Liquelle je comptai environ

cent quarante figures, toutes expressives, variées, toutes frappées

d'une louche qui est le dernier mot de l'esprit. Parmi cette foule

de villageois en goguette et de mendiants afiriandés par la fumée

des rôts, on distingue des groupes de gentilshommes, Téniers et sa

famille. Autant de figures, autant de chefs-d'œuvre; le tableau

est rempli, sans être encombré; on y respire à l'aise, et il n'y a

pas le moindre vide. Çà et U, des chiens de toute espèce se flairent

ou se parleal à l'oreille d'un air affairé. Quant à l'exécution, elle est de première qualité : le ciel, les fonds lointains où Ton devine les clochers d'Anyers, les arbres légers du paysage, les terrains, les pots, les figures qui bourgeonnent, les nez qui trognonnent, tout est merveilleux. L'ensemble est blond, et, comme disent les madrés, dans le ion argent. Quatre chaudières pantagruéliques sont sur le feu,, dévorées des yeux par quelques pauvres diables qui se promettent, comme dit Balzac, « de bancqueter et se ruer en rostisseries et aultres saulces d'Allemaigne. » Le tableau est signé et daté de 1646.

Une Bacchanale, du Poussin, de la collection Vaudreuil,

22,835 fr.

Le Portrait de mistriss Siddons, en muse tragique, payé

par M. de Galonné à Reynolds vingt et un mille francs,

8,610 fr.

La Bohémienne aux fleurs, par Murillo, 16,800 fr. Ce morceau, qui provient de la vente Randon de Boisset, est maintenant à Dulwich- Collège, où nous Tavonl vu plusieurs fois. La Bohémienne est une jeune fille coiffée eu turban. Elle est assise au pied d'une ruine; elle montre son tablier plein de roses. Sa pose est remplie de grâce; ses yeux sont mouillés d'amour. C'est une figure vivante, mais douce, efl'umée et corrègesque.

Une Sainte Famille, du même, 13,387 fr. Un Paysage, de Salvator Rosa : Vue romantique d'un port dans la Calabre, 13,125 fr.

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