‹ Le trésor de TrèvesChapitre 1 sur 47 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

INTRODUCTION

Le trésor de la cathédrale de Trêves occupe, sinon le premier rang, au moins une place très élevée parmi les anciens trésors d'églises. Il le doit autant, plus peutêtre, à la qualité des pièces qui le composent qu'à leur quantité. Connu en partie, il est pour ainsi dire ignoré dans son ensemble.

Ces considérations, d'ordre majeur, nous ont décidé à entreprendre cette publication, dont il importe de faire connaître au lecteur, dès le début, l'esprit et la marche.

Les trésors les plus riches et les plus complets sont incontestablement ceux de Cologne, Limbourg, Aix-la-Chapelle, pour l'Allemagne; de Milan, Monza, Anagni, Bari, pour l'Italie; de Lyon, Troyes, Sens, Reims, Nancy, Metz, pour la France. Celui de Trêves ne peut guère leur être comparé, car il se distingue d'eux tous plutôt par ses dissemblances que par ses analogies.

En effet, il ne contient pas de vêtements sacerdotaux, comme on en voit à Anagni et à Sens. Nous n'y avons trouvé, en fait d'étoffes, qu'une doublure d'évangéliaire en holosericum oriental et la calotte de saint Siméon, qui date du xic siècle.

Il ne possède pas de ces grandes châsses, telles que Cologne, Aix et Troyes sont fières d'en montrer. Son orfèvrerie est d'un tout autre genre que celle qui embellit Monza et Bari.

L'absence de vases sacrés est un fait notable, qui tranche avec Nancy et Lyon.

INTRODUCTION

La similitude peut s'établir sur les ivoires et les émaux; encore ces ivoires complètent-ils les séries de Milan, de Monza et de Sens, sans offrir un type absolument identique et surtout sans que, nulle part, on ne rencontre rien qui approche de la plaque, vraiment merveilleuse, de la scène du transport des saintes reliques.

Des émaux, il y en a certainement partout, de toutes époques et de tous ateliers. L'intérêt que présentent ceux de Trêves provient de leur origine et de leur groupement. Lyon a de l'émaillerie limousine aussi bien qu'Anagni et Bari ; mais ici elle s'associe à l'émaillerie rhénane et mosane. Nous croyons même que certaines pièces ont dû être fabriquées à Trêves, qui fut un centre artistique.

A l'émail translucide s'allie le cloisonnage du verre : or ceci constitue un document capital dans l'histoire de l'art, car le fait se produit au xc siècle et, pour avoir un similaire, il faut l'aller chercher à Limbourg, qui précisément en a hérité de Trêves.

Le x° siècle, traité de barbare en tous autres lieux, à Trêves est, au contraire, une période notable de progrès et de rénovation. L'orfèvrerie le démontre péremptoirement, mais surtout la miniature, dont le fini a été porté à un rare degré de perfection. De ce côté, notre publication sera une véritable révélation et le nom de l'archevêque Egbert devra désormais être inscrit parmi les plus méritants. Des produits analogues sont encore à signaler dans les trésors italiens et français.

Les manuscrits, par leur nombre et leur beauté, appellent particulièrement l'attention; ils vont de l'époque carlovingienne à la Renaissance.

La couverture est toujours digne du contenu. D'habiles orfèvres et joailliers ont donné un cachet particulier à ces reliures de prix, où les pierres précieuses jettent leur éclat multicolore. Les évangéliaires de Monza et de Milan sont certainement des oeuvres incomparables, mais qui ne font pas oublier ceux de Trêves, nécessaires pour parachever la série chronologique. Ils remontent aux xnc et xni° siècles, qui furent aussi une époque inspiratrice sur les bords de la Moselle.

Sans doute, parmi les gemmes des trésors, on a remarqué des oeuvres de l'antiquité. Mais, sans exagérer, où compterait-on ailleurs autant de camées et d'intailles antiques? Et quels camées! Importants à la fois par le sujet, les dimensions et l'exécution.

INTRODUCTION m

Au point de vue cb la matière, les objets se répartissent ainsi : orfèvrerie et joaillerie, vingt et un; émaillerie, dix; glyptique, trois; toreutique, sept; calligraphie et peinture des manuscrits, six. Sous le rapport de la destination, nous comptons onze couvertures d'évangéliaires, un autel portatif, un triptyque, une plaque dj coffret à reliques, deux croix de procession, deux crosses, quatre reliquaires, dont trois coffrets.

Le trésor de Trêves présente ce caractère propre qu'il n'est pas vulgaire, en ce sens qu'il ne ressemble pas aux autres trésors et qu'il est composé de telle façon qu'il est presque tout entier sui generis, c'est-à-dire exceptionnel et original quant à la qualité des pièces.

Ce trésor n'est pas précisément inconnu : il a été visité bien des fois; il a figuré, en partie du moins, à plusieurs expositions, entre autres à celle de Dusseldorf, en 1880; nos revues s'en sont occupées, comme la Galette des beaux-arts et la Revue de lart chrétien; il a été partiellement étudié par des savants de renom, en Allemagne, en Francs et en Angleterre, comme MM. Kraus, Scheins, Aum's Werth, Darcel, de Linas, Labarte, Didron, Westwood.

Jusqu'à présent, sauf les cinq planches photographiées de l'ouvrage du docteur Scheins, il n'en a été donné que de médiocres ou mauvaises reproductions. Les dessins au trait de Aum's Werth sont détestables et ses chromos ne sont pas des meilleures. Les bois de la Galette des beaux-arts sont bien petits et ceux du Magasin pittoresque inexacts.

On peut donc affirmer qu'une monographie du trésor n'existe pas et que ce qui en a été mis au jour est insuffisant pour le faire connaître et apprécier. Notre publication arrive à point.

Obligés défaire un choix, pour rester dans les limites imposées par l'éditeur, nous' avons procédé au triage sans parti pris, donnant nos préférences à ce qui est vraiment beau, rare ou inédit. Nous eussions désiré vivement ne rien omettre, c'était impossible ; du moins, nous avons fait la plus large part aux hautes époques.

Voici le relevé des pièces que nous avons dû sacrifier :

1. Boîte à onguent, en forme de tour cylindrique, en os strié (v° siècle).

iv INTRODUCTION

2. Gaine de bréviaire, en os sculpté et historié (vi° sièclej.

3. Evangéliaire, remarquable surtout par la miniature des quatre animaux, symboles des évangélistes (vme siècle), avec une couverture en cuir gaufré du xvi° siècle.

4. Calotte en laine fauve, tricotée, du reclus saint Siméon (xie siècle).

5. Evangéliaire du commencement du xnc siècle, avec couverture en orfèvrerie de la fin du xve.

6. Evangéliaire, à miniatures médiocres (xn* siècle) : couverture en velours, avec appliques de plaques gravées au millésime de 1623.

7. Evangéliaire peint, d'une calligraphie superbe (xnc siècle) : couverture semblable à la précédente, mais postérieure de deux ans.

8. Encensoir symbolique, en cuivre fondu, avec inscriptions explicatives (xne siècle). Il a été décrit et figuré dans le Bulletin monumental et les Annales archéologiques , t. IX, p. 357.

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