MINIATURE DU REGISTRE DE SAINT GREGOIRE
pendu par des anneaux et noué vers le milieu ; l'étoffe verte est lisérée de rose. Les colonnes sont jaunes et cannelées, en imitation de l'antique. Une draperie plus ample glisse de la tringle centrale sur le côté, et vient s'enrouler autour des colonnes de la seconde travée : cette draperie est blanche, avec une large bordure rose et verte, que termine une frange.
Le diacre Pierre, bien connu dans l'histoire, se tient en dehors, au premier entre-colonnement : assis sur un siège menuisé et à coussin, les pieds sur un escabeau, il s'est levé, car son maître a cessé de dicter, et il veut en savoir la cause. Il est grand et mince, sa figure est fine et intelligente, le sommet de la tète est rasé. Chaussé de bottines, il est vêtu d'une longue soutane bleue ; de la main gauche il tient une tablette, à manche, qui devait être enduite de cire, et de la droite, le stylet, aiguisé en pointe d'un côté et de l'autre en grattoir, avec lequel il va percer la tenture qui le sépare du pape pour se rendre compte de ce temps d'arrêt. Le fait a été raconté par le diacre lui-même à un contemporain que citent les Bollandistes (t. II de Mars, p. 136). Saint Grégoire, désigne par son nom en lettres blanches, GREGORIUS PP, occupe l'arcade centrale, où pend par un crochet (Yuncinus des inventaires d'Anastase) une couronne à bandeau d'or gemmé et perlé. Sa tète allongée, pointue et rasée à l'occiput, est entourée d'un large nimbe d'or perlé à la circonférence. La figure est grave et sérieuse, le regard pénétrant, le menton rasé. Sur son épaule droite pose une colombe blanche qui lui souffle à l'oreille ce qu'il doit faire écrire. La chasuble bleue, à orfroi d'or très étroit, recouvre une dalmatique laticlavée en rouge ; le pallium tombant est blanc, à trois croix rouges. Les mules sont d'or. Le siège, garni d'un coussin vert et d'une housse rouge galonnée d'or, affecte la forme antique du pliant, avec tètes d'animaux aux bras et griffes aux pieds; il est muni en outre d'un marchepied, allégé par une créature cintrée. Le pape tient de la main droite un livre fermé et de la gauche feuillette celui qui est ouvert sur son pupitre.
Nous n'hésitons pas à donner cette belle et suave composition comme l'œuvre d'un artiste de talent, singulièrement en avance sur son siècle. Egbert, en homme de goût, avait dû s'entourer de maîtres habiles, amenés peut-être de loin. Si les miniatures du liber aureus font pressentir celle-ci, il n'en est pas moins vrai que la cadette est supérieure à ses aînées et qu'à ce moment, pour arriver à cette perfection, le concours d'un Byzantin ne paraît nullement improbable ; ou bien sur les bords de la Moselle s'était fondée une école qu'un artiste d'Orient avait pu seul porter à ce niveau élevé.