BENOIT MARCELLO
trompant la vigilance paternelle, il se procura du papier réglé, et écrivit une messe remplie de beautés. Convaincu alors que la contrainte serait inutile, Augustin Marcello laissa son fils se livrer à son goût. Peu de temps après il mourut, et Benoît retourna à Venise, oi!i la culture des arts et les affaires publiques partagèrent son temps.
Une société d'amateurs de musique s'était formée au Casino de' Nobili, il y entra et y fit souvent exécuter ses ouvrages.
C'est à cette époque que, convaincu de la nécessité d'augmenter son savoir dans l'art du contre-point, il devint élève de Gasparini, alors maître du chœur des jeunes filles du conservatoire delà Plelh. Il eut toujours beaucoup de déférence pour ce maître, et soumit la plupart de ses productions à son examen. Lui-même forma plusieurs élèves, au nombre desquelles on compte la célèbre cantatrice Fausline Bordoni, qui depuis fut la femme de Hasse; cependant il est vraisemblable que celte virtuose n'en reçut que des conseils pour la partie dramatique de son art, car son maître de chant fut, comme on sait, Michel-Ange Gasparini.
Nonobstant ses travaux importants dans la poésie, la littérature et la musique, Marcello ne négligea pas les devoirs de sa position sociale. Ainsi que la plupart des nobles vénitiens, il se livra dans sa jeuneese à l'exercice de la profession d'avocat. A l'âge de vingt-cinq ans, il en prit l'habit, et jusqu'à trente, il rempht les fonctions de diverses magistratures. Plus tard, il fut pendant quatorze ans membre du conseil des quarante, et, en 1730, il alla comme provéditeur à Pola. L'air insalubre de cette ville fut nuisible à sa santé : il y perdit toutes ses dents. De retour à Venise en 1738, il y resta peu de temps. A sa demande, le gouvernement l'envoya, en quahté de camerlingue (trésorier), à Brescia.
Le climat de cette ville est renommé par son excellence, mais il ne put rétablir la santé délabrée de Marcello; la mort vint bientôt l'enlever aux arts et à sa patrie : il cessa de vivre à Brescia, le 24 juillet 1739, et fut inhumé avec pompe dans l'église de Saint-Joseph des Franciscains.
Marcello fut membre de l'académie philharmonique de Bologne, et de la société des Arcadi, sous le nom de D riante Sacreo.
Dans sa jeunesse il aimait le plaisir et recherchait la société des artistes, particulièrement les femmes de théâtre, dont plusieurs surent toucher son cœur. Homme de monde, avide d'honneurs et de distinctions, il consacrait à ses relations sociales tout le temps qu'il n'employait pas à la production de ses ouvrages. Un événement extraordinaire vint changer son humeur et ses habitudes, à l'âge de quarante-deux ans. Le 1 6 août 1726, il assistait, dans l'église des SS. Jposloli au service divin : tout à coup une pierre sépulcrale sur laquelle il se trouvait s'écroula sous ses pieds et l'entraîna jusqu'au fond de la tombe. 11 ne se fit aucun mal, mais il se persuada que cet accident était un avertissement du Ciel; les sentiments religieux dans lesquels il avait été élevé se réveillèrent, et dès ce moment il se renferma dans la solitude, éloigna tous ses anciens amis, rompit avec ses habitudes de dissipation, et même, dit-on, perdit le goût passionné qu'il avait toujours eu pour la musique. Il est du moins certain qu'il ne s'en occupa plus que de loin en loin. Quelques prêtres devinrent sa société habituelle, et les œuvres des philosophes chrétiens furent désormais les objets de ses lectures et de ses méditations. La poésie remplaça la musique dans ses travaux d'imagination; mais ce fut dans un but plus grave, car l'ouvrage dont il s'occupa fut un poëme sur la Rédemption. Cependant une de ses plus belles productions musicales, sur un sujet religieux dont il sera parlé plus loin, fut composée
en 1733.
Il avait épousé secrètement une belle fille, d'une condition obscure, qui avait été son élève, mais il n'en eut point d'enfants. Benoît Marcello est à juste titre considéré comme un des plus beaux génies qui ont honoré non-seulement Venise, mais l'Italie. Il fut à la fois écrivain éloquent, poëte distingué et compositeur d'un mérite remarquable. L'ouvrage qui a particulièrement immortalisé son nom est la musique qu'il a composée sur une paraphrase en vers italiens de cinquante psaumes, par Jérôme- Ascagne-Giustiniani. Les qua-