‹ Le trésor des pianistes (volume 3)Chapitre 19 sur 39 · M -'UU · texte numérisé non relu

M -'UU

Fin des Kècp» de Pescetti.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

DE

CLAUDE MERULO.

MERULO (Cladde), organiste et compositeur du seizième siècle. Celleoni, dans ses notices sur les écrivains de Correggio, et Tirasboschi, dans sa Bihlioteca Modenese, établissent, d'après des actes authentiques, que son nom de famille était Merlotti, mais que l'artiste se servait de préférence de celui de Merulo. Ce nom provenait de ce que les armoiries de la maison des Merlotti étaient figurées par un merle, en latin Merula ou Merulus, et dans l'ancien italien Merulo. Il naquit à Correggio, de Bernardino Merlotti et de sa femme, Jeanne Gavi, et fut baptisé à l'église S. Quirino, le 8 avril 1533. La dextérité qu'il montra dès son enfance dans le jeu de plusieurs instruments et ses heureuses dispositions pour la musique furent cause que ses parents le destinèrent à la culture de l'art musical, après qu'il eut appris les premiers éléments de la littérature ; ils lui donnèrent pour maître un musicien français de mérite, nommé Blenon, qui habitait alors à Correggio, suivant Ortensio Landi. Un peu plus tard, il devint élève de Girolamo Donati, maître de la collégiale de S. Quirino. Le désir de faire des progrès dans son art conduisit ensuite Merulo à Venise, où se trouvaient alors une réunion d'artistes distingués et de savants musiciens. Cependant, avant d'aller à Venise, il paraît avoir été organiste à Brescia, car Antegnati le cite parmi ses prédécesseurs, dans son Arle organica, et dit de lui : il sig. Claudio Merulo, uomo tante famoso. Ce serait donc après avoir rempli cet emploi qu'il se serait rendu à Venise. Ce fut dans cette ville qu'il changea son nom en celui de Merulo, et l'on voit par les registres de l'église Saint-Marc qu'il était déjà connu sous ce nom lorsqu'il succéda à Parabosco dans la place d'organiste du premier orgue de cette église, le 2 juillet 1557, à l'âge de vingt-quatre ans. 11 y jouit bientôt de toute la faveur publique par son talent, suivant ce que nous apprend Sansovino, qui était son contemporain et qui écrivait en 1571. L'estime dont jouissait Merulo était si grande, que lorsque Henri III passa à Venise, en 1574, se rendant de la Pologne en France, le doge Louis Moncenigo fit composer par Frangipani une pièce qui fut représentée devant ce prince dans la salle du grand conseil, et Merulo fut chargé d'en composer la musique, quoiqu'il y eût alors à Venise d'autres musiciens d'un grand mérite.

2 CLAUDE MERULO.

Cette musique, sans aucun doute, était du genre madrigalesque, le seul qui fût alors en usage dans le style mondain.

Merulo établit à Venise, en 1566, une imprimerie de musique et publia quelques-uns de ses propres ouvrages, ainsi que ceux de plusieurs autres compositeurs; mais il ne paraît pas qu'il ait continué ces publications après 1571. Selon M. Catelani, le premier livre de madrigaux à quatre voix d'Aurelio Roccia do Venaffo, qui fut corrigé par Merulo, a été imprimé en 1571, par Georges Angelieri, ce qui démontre que Merulo avait cessé d'imprimer dans le cours de la même année.

Charmé par les talents d'organiste et de compositeur de cet artiste, le duc de Parme Ranuccio Farnese obtint de la république de Venise, en 1584, de l'avoir à son service, et les avantages offerts à Merulo furent si considérables, qu'il consentit à quitter sa belle position pour se rendre à la cour de Parme. Il était alors âgé de cinquante et un ans. Il n'eut pas à regretter toutefois la résolution qu'il avait prise, car il ne trouva pas moins d'honneurs et de considération à Parme qu'à Venise. Il y vécut encore vingt ans dans l'exercice de son art. Le dimanche 25 avril 1604, après avoir joué les vêpres à la Steccata, il se promena jusque vers le soir. Rentré chez lui, il fut saisi d'une fièvre violente qui ne le quitta plus pendant dix jours, et il mourut le mardi 4 mai, à l'âge de soixante et onze ans. Le duc de Parme lui fit faire de magnifiques obsèques dans la cathédrale; une messe à deux chœurs fut chantée; les restes de l'illustre artiste furent placés à côté du tombeau de Cyprien Rore, près de la chapelle Sainte-Agathe.

Un fait intéressant, et qui n'a été signalé que par M. Catelani, est que Merulo avait construit un petit orgue, donné, treize ans après sa mort, par son neveu Antoine, à la confrérie délia morte, et que cet instrument, composé de quatre registres, dont une flûte de huit pieds, une de quatre, une doublette et un flageolet, existe encore dans la tribune de l'oratoire de Saint-Claude (fondé par Merulo pour honorer la mémoire de son patron), et dans un parfait état de conservation. Le clavier a quatre octaves d'ut en ut. Les tuyaux sont en étain tiré et soudés avec beaucoup d'habileté ; les quinze plus grands forment la façade. L'instrument est alimenté par deux soufflets. Le sommier et les soupapes sont construits avec une grande précision, et l'articulation des notes se fait avec beaucoup de promptitude. Le mérite de Merulo, comme facteur d'orgues, a été ignoré de la plupart de ses biographes.

Les fonctions de ce maître à la cour de Parme étaient celles d'organiste à la Steccata, église royale, et son traitement était de deux cent vingt-cinq écus d'or, de huit livres par écu. Il ne paraît pas s'être éloigné de Parme depuis son entrée au service de la cour, sauf un voyage qu'il fit à Rome pour traiter de la publication de ses Toccate d'intamlatura d'organo, dont le premier livre parut en 1598.

Les plus grands éloges ont été accordés à Merulo pour ses talents d'organiste et de compositeur. Ces éloges sont justifiés par ce qui nous reste des œuvres de cet artiste. Si l'on compare, en effet, les Toccate d intavolatura d'organo de Merulo avec les pièces d'orgue de ses prédécesseurs venues jusqu'à nous, on voit immédiatement qu'il fut inventeur en ce genre, car il ne se borne pas, comme les organistes antérieurs, à l'arrangement de motets de divers auteurs pour l'instrument avec des broderies plus ou moins multipliées : sa forme est nouvelle; c'est celle de la pièce d'invention, perfectionnée par les Gabrieli^ qui sont évidemment de son école. Merulo fut donc, à l'égard des organistes du seizième siècle, ce que Frescobaldi fut parmi ceux du dix-septième. Dans sa musique vocale, il a moins de hardiesse. Son harmonie est correcte, mais il n'invente ni dans la forme, ni dans le caractère soit des motets, soit des madrigaux.

Merulo a formé de bons élèves, qui, plus tard, prirent rang parmi les artistes de mérite. Les plus connus sont Diruta, Camille Angleria, François Stivori, Jean-Baptiste Mosto, Florent Maschera, Jean-Baptiste Conforti et Vincent Bonizzi.

On ne pourrait citer d'artiste dont le portrait ait exercé le pinceau d'un si grand nombre de peintres que Merulo : M. Catelani ne compte pas moins de sept de ses portraits, dont les deux plus beaux existent.

CLAUDE MBRULO. 3

l'un au lycée communal de musique, à Bologne, l'autre dans la bibliothèque Ambroisienne, à Milan. Le portrait du même maître^ gravé sur bois, se trouve placé en tête de plusieurs de ses ouvrages. Il y est représenté avec la tête chauve, couronnée de lauriers ; sa barbe est longue, et l'on voit sur sa poitrine la chaîne d'or que le duc de Parme lui avait donnée en le faisant chevalier.

Les ouvrages suivants de Merulo ont été imprimés à Venise : 1° premier livre de madrigaux à cinq voix ; 2" premier livre de chants sacrés, à cinq voix ; 3° second livre de chants à cinq voix ; 4° premier livre de madrigaux à quatre voix ; 5° premier livre de madrigaux à trois voix ; 6° premier livre de motets à six voix ; 7° second livre de motets à six et sept voix, pe?- concerli et per cantare ; 8" premier livre de Toccate d'intavolaturad'organo, publié à Rome; 9° second livre de madrigaux à cinq voix; Venise, 1604 ; 10° second livre de Toccate d'intavolatui'a d'organo , Rome, 1604; 11° premier livre de Ricercari dUntavolatura d'organoj Venise, 1605 ; 12° troisième livre de motets à six voix; 13° second livre de Ricercari da cantare à quatre voix; 14° troisième livre, idem; 15° deux messes, l'une à huit voix, et l'autre à douze; 16° Canzoni alla francese. Des madrigaux de cet artiste sont répandus dans un grand nombre de recueils publiés en Italie, dans la seconde moitié du seizième siècle et au commencement du dix-septième.

Merulo composa une partie de la musique qui fut exécutée au mariage de François de Médicis, grand-duc de Toscane, avec Bianca Cappello, en 1579. Cette musique n'a pas été imprimée.

(Extrait de la Biographie universelle des musiciens de F.-J. Fétis.)

TOCCATA

pour

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