‹ Le trésor des pianistes (volume 3)Chapitre 2 sur 39 · JEAN-GASPARD DE KERL · texte numérisé non relu

JEAN-GASPARD DE KERL

mais c'est surtout au soin qu'il prit de mettre en partition et d'étudier les œuvres de Palestrina qu'il dut son profond savoir. Jeune encore, il se rendit à Rome et y obtint l'emploi d'organiste à l'église Sainte- Marie-Majeure. Plus tard, il eut le titre d'organiste du sénat et du peuple romain, et fut attaché à la musique de chambre du prince Jean-Baptiste Borghèse. Sa réputation était si bien établie, que l'empereur Léopold envoya à son école plusieurs musiciens de sa chapelle pour perfectionner leur talent sous sa direction. Ses meilleurs élèves furent François Gasparini et Durante. Pasquini mourut à Rome le 22 novembre 1710, et lut inhumé dans l'église de Saint-Laurent in Lucina, où son neveu Bernard Ricordati et son élève Bernard Gaffi lui érigèrent un buste de marbre qui se voit encore dans cette église.

En 1679, Pasquini écrivit la musique de l'opéra intitulé DoiJ" è amore e pielà, pour l'ouverture du théâtre Capranica, où il était accompagnateur au piano, tandis que Corelli dirigeait la partie du premier violon. Ce fut aussi Pasquini qui composa le drame représenté à Rome, en 1686, en l'honneur de la reine Christine de Suède. On trouve de belles pièces de clavecin de ce maître dans le recueil intitulé Toccates et suites pour le clavecin, de MM. Pasquini, Poglietli et Gaspard de /iTe/'/e; Amsterdam, Roger, 1704, in-fol.

KERL (Jean-Gaspard de), grand organiste et compositeur distingué, naquit dans la haute Saxe vers 162.5. Il était fort jeune lorsqu'il alla à Vienne, où il commença l'étude de la musique sous la direction du maître de chapelle de la cour impériale, Jean Valentini, et fut ensuite envoyé par l'empereur Ferdinand 111 à Rome, vers 1645, chez'Carissimi, pour y perfectionner sentaient. Les leçons de ce maître célèbre et les occasions fréquentes qu'il eut d'entendre souvent des œuvres de grande valeur, formèrent son goût et développèrent les heureuses facultés de son organisation naturelle.

De retour en Allemagne, il s'y fit bientôt remarquer comme un des organistes les plus habiles de cette époque, ou plutôt comme le seul rival qu'on pût alors opposer à Froberger, qu'il avait dû connaître à Rome ; il y a même lieu de penser que, comme lui, il avait reçu des leçons de Frescobaldi. Quoi qu'il en soit, ce fut au couronnement de l'empereur Léopold que de Kerl se fit connaître pour ce qu'il était. Il avait appris que ce couronnement devait se faire à Francfort-sur-le-Main, le 22 juillet 1658, et cette circonstance lui suggéra le dessein de s'y rendre en secret. — Arrivé dans cette ville, il se lia d'amitié avec le vice-maître de chapelle de l'empereur, Jean-Henri Schwelzer, qui le présenta à son maître et parla de son talent en termes remplis d'enthousiasme. Non-seulement le monarque accueillit l'artiste avec bienveillance, mais il voulut lui donner pour le lendemain un thème qu'il lui demanda de traiter à quatre parties sur l'orgue. De Kerl accepta avec joie la proposition de l'empereur; mais il le pria de ne lui donner le thème qu'au moment où il irait s'asseoir au clavier de l'orgue. Le lendemain, l'empereur, les électeurs et les autres princes qui assistaient au couronnement se rendirent à l'église : de Kerl commença par une fantaisie magnifique, suivie du thème traité à deux, parties seulement, mais avec tant de ressources d'harmonie et de modulation, que l'auditoire fut saisi d'admiration. Ce n'était pourtant que le prélude de ce qu'il voulait faire entendre, car, après un adagio d'invention, il rentra dans le thème donné et le traita à trois parties, puis à quatre, et enfin à cinq, au moyen delà pédale, introduisant sur le thème principal un contre-sujet traité en contre-point double, et changeant plusieurs fois la mesure de deux, à trois temps et de trois à deux. Après avoir épuisé ces merveilles de l'art, de Kerl fit exécuter une belle messe de sa composition. Charmé de ce qu'il venait d'entendre, l'empereur accorda immédiatement à l'artiste des lettres de noblesse ; de leur côté , les électeurs

palatins et de Bavière lui offrirent la place de directeur de leur chapelle. De Kerl préféra Munich à Manheim et y alla prendre possession de ses fonctions.

Les ouvrages qu'il écrivit pour la chapelle de l'électeur de Bavière furent considérés alors comme des productions achevées. La connaissance qu'il avait, d'ailleurs, du style italien le rendait propre à écrire pour les concerts du prince, où brillaient des artistes distingués de l'Italie. Toutefois l'antipathie que les chanteurs italiens de cette époque avaient pour les compositeurs allemands se manifesta bientôt, et de Kerl fut en butte à mille tracasseries, qui finirent par le fatiguer et qui lui firent donner sa démission de maître de chapelle, en 1673, après plus de quinze ans de service. Mais avant d'abandonner ses fonctions, il se vengea d'une manière plaisante des mauvais tours des virtuoses ultramontains, en écrivant un morceau composé d'intonations si bizarres et si difficiles, qu'ils chantèrent horriblement faux en l'exécutant, et se couvrirent de ridicule. Le bon accueil qui lui fut fait h Vienne le consola de ses chagrins; en 1677, il obtint la place d'organiste de Saint-Etienne. Recherché aussi comme maître de clavecin, il en donna des leçons qui le mirent dans l'aisance. Mattheson dit {Grûndl. einer Ehrenpf., p. 137) que l'époque de la mort de cet artiste n'est pas connue. On a lieu de croire qu'il est mort dans un âge avancé.

Ce qui nous reste des compositions de ce musicien justifie sa renommée, au moins comme organiste. Ses pièces d'orgue, comme celles de Froberger et de Buxtehude, marquent une époque de transition dans l'école allemande, entre Samuel Scheidt et Jean-Sébastien Bach.

On connaît de lui environ dix messes à quatre, cinq et huit voix, soit avec orgue, soit avec instruments à cordes et à vent ; divers motets, Magnificat, Kyrie (plusieurs de ces ouvrages sont en manuscrit) ; un trio pour deux violons et basse de viole, en manuscrit; des toccates et suites pour le clavecin, en manuscrit. Le catalogue de Tracy, de Vienne, indique un traité manuscrit du contre-point, attribué à de Kerl, sous ce titre: Compendiosc relalione von dcin Conlrapunct, trois parties.

SCARL4TTI (le chevalier Alexandre), un des plus grands compositeurs de l'Italie, naquit à Trapani , en Sicile, en 1649. 11 paraît avoir fait ses études à Parme; Choron et Fayolle disent toutefois, dans leur Dictionnaire des musiciens, que Scarlatti apprit les règles du contre-point de Carissimi à Rome; quoi qu'il en soit, il est hors de doute que ce compositeur illustre reçut une bonne éducation musicale, perfectionnée par l'étude des œuvres des grands maîtres de l'école romaine.

Scarlatti était âgé de trente et un ans lorsqu'il fut chargé de la composition de l'opéra intitulé VOnesta nelC amore, qui fut représenté au commencement de l'année 1680, dans le palais de Christine, reine de Suède; mais il est peu probable que cet ouvrage soit le premier qu'il ait écrit pour le théâtre, et tout porte à croire qu'il avait déjà de la renommée lorsque Christine le choisit pour composer l'Onestà neW amore.

On peut conjecturer qu'il ne s'éloigna pas de Rome après la représentation de cet opéra, car sur le livret àQPompeo, joué au palais royal de Naples, le 30 janvier 1684, et dédié au marquis de Carpio, vice-roi, Scarlatti prend le titre de maître de chapelle de Sa Majesté la reine de Suède. Depuis cette date jusqu'en 1693, on ne trouve aucun renseignement sur sa vie ; mais, dans cette année, il écrivit l'oratorio / Dolori di Maria Sempre Virgine, pour la congrégation des Sept Douleurs, h San Luigi ai Palazzo, et l'opéra Teodora, joué à Rome. C'est dans cet opéra que Scarlatti donna le premier exemple du retour au motif principal des airs après la seconde partie, c'est ce qu'on appelle le du capo. Cette forme fut adoptée dès lors par tous les compositeurs et conservée pendant plus de soixante ans. Une autre nouveauté plus importante encore parut

dans Teodora : jusqu'alors le récitatif n'avait eu d'autre accompagnement que la basse qui le soutenait sans interruption; Scarlatti y introduisit l'orchestre, coupa les transitions par des ritournelles, et donna naissance à ce qu'on appelle improprement le récitatif obligé. A l'égard de l'accompagnement des airs, au lieu de lui faire suivre le chant en harmonie plaquée, il lui donna un dessin particulier (lorsqu'il le jugea convenable), et sut par là éviter la langueur et la monotonie.

Christine étant morte en 1688, il paraît que Scarlatti accepta,, quelque temps après, la place de maître de la chapelle royale de Naples, car c'est ce titre qu'il porte dans le livret de TOdoacre, opéra de Legrenzi dont il avait refait quelques airs par ordre du vice-roi, et qui fut représenté au théâtre San Bartolomeo, de Naples, le 5 janvier 1694.

On trouve une preuve de la modestie de cet homme illustre dans un avertissement au lecteur de ce livret. Les airs refaits par lui (dit-il) sont marqués d'un astérisque, afin que ses fautes ne soient pas préjudiciables à la réputation de Legrenzi, dont la gloire immortelle est pour lui l'objet d' un respect sans bornes.

Pirro e Demetrio, représenté en 1697, à Naples; Il Prigioniero fortunato, en 1698; et surtout Laodicea e Bérénice, joué en 1701, mirent le sceau à sa réputation. C'est dans ce dernier opéra qu'il écrivit un air admirable, pour ténor et violon obligé, dont l'accompagnement était destiné à Corelli, qui en manqua les traits à la répétition générale. Cette aventure et la difficulté de trouver de bons violons pour l'exécution de ces traits décidèrent Scarlatti à refaire cet air, ainsi que plusieurs autres morceaux, lorsqu'il fit jouer son opéra à Rome, en 1705.

Antoine Foggia, maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure, devenu vieux, eut besoin d'être secondé par un maître adjoint : Alexandre Scarlatti fut appelé à remplir cet emploi, le 31 décembre 1703, et devint premier maître au mois de mai 1707. Au mois de mars 1709, il donna sa démission et reprit ses fonctions de maître de la chapelle royale de Naples. Parmi les opéras qu'il fit représenter dans cette ville, on remarque particulièrement tigrane, ]o\iè au théâtre San Bartolomeo, en 1715. Une note bien intéressante, placée après l'argument du drame, se trouve dans le livret; on y lit : k Se.i pregato a compalire condiscreta modéra z'one quel difetti, che Jorse potrai conoscere nella musica in considerando cke ormai dovrebbe essere affttto slanco l'aulore di piii sudare in simili sceniclie composizioiii, délie quali col présente dramma viene a compire il numéro di cento sei opère teatrali che ha posto in musica pel treatro di ISapoli, ed altri treairi deir iLalia. Ainsi, en 1715, Scarlatti avait écrit cent six opéras, auxquels il en faut ajouter dix ou douze autres, qu'il écrivit dans les années suivantes, plusieurs oratorios, et beaucoup de musique d'église.

Tour à tour chargé de l'enseignement dans les conservatoires de Sant'Onofrio, dei Poveri diGesà Christo, et de Lorelo, Scarlatti eut pour élèves quelques-uns des artistes qui fondèrent la gloire de l'école de Naples, particulièrement Logroscino, Durante, et en dernier lieu Hasse.

Un des caractères du talent de Scarlatti fut une fécondité inépuisable ; car indépendamment des cent douze ou quinze opéras qu'il avait écrits, on connaît de lui une immense quantité de morceaux de chambre et de musique d'église, genres dans lesquels il excella, un nombre infini de messes, de cantates ; deux livres de toccates pour clavecin ou orgue, dans la collection de l'abbé Santini; une suite de pièces de clavecin, ibid. (1).

Scarlatti mourut le 24 octobre 1725, à l'âge de soixante-seize ans, ainsi que le prouve l'inscription placée sur son tombeau, dans l'église des carmes de Monte-Santo.

(Extrait de la Biographie universelle des musiciens de F.-J. Fétis.) (1) Voir, pour plus de détails sur les œuvres d'A. Scarlatti, la Biographie imimrselle de M. Fétis.

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