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CINQ PIÈCES

pour le

CLAVECIN ou le PIANO-FORTE

COMPOSÉES

par

J. G. WERNICKE.

Maître de Chapelle à Copenhague.

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J. G. WERNICKE, 5 Pièces.

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NOTICE BIOGRAPHIQUE

MENDELSSOHN-BARTHOLDY (Félix), compositeur célèbre, fils d'un riche banquier, naquit à Hambourg le 5 février 1809. Il n'était âgé que de trois ans lorsque sa famille alla s'établir à Berlin. Dès ses premières années, Mendelssohn montra de rares dispositions pour la musique. Confié à l'enseignement de Berger, pour le piano, et de Zelter pour l'harmonie et le contre-point, il fit de si rapides progrès qu'à l'âge de huit ans il était capable de lire toute espèce de musique à première vue, et d'écrire de l'harmonie correcte sur une basse donnée. Une si belle organisation promettait un grand artiste. Le travail lui était d'ailleurs si facile en toute chose, et son intelligence était si prompte, qu'à l'âge de seize ans il avait terminé d'une manière brillante toutes ses études littéraires et scientifiques du collège et de l'université. Il lisait les auteurs latins et grecs dans leurs langues ; à dix-sept ans, il fit une traduction en vers allemands de VJndrienne de Térence, qui fut imprimée à Berlin sous les initiales F. M. B. Enfin les langues française, anglaise et italienne lui étaient aussi familières que celles de sa patrie. De plus, il cultiva aussi avec succès le dessin et la peinture, et s'en occupa avec plaisir jusqu'à ses derniers jours. Également bien disposé pour les exercices du corps, il maniait un cheval avec grâce, était habile dans l'escrime et passait pour un excellent nageur. Obligé de satisfaire à tant d'occupations, il ne put jamais donner à l'étude du piano le temps qu'y consacrent les virtuoses de profession ; mais ses mains avaient une adresse naturelle si remarquable, qu'il put briller par son habileté partout oîi il se fit entendre. Son exécution était expressive et pleine de nuances délicates. Dans un séjour qu'il avait fait à Paris à l'âge de seize ans, il avait reçu de madame Bigot des conseils qui lui furent très-uliles pour son talent de pianiste; jusqu'à la fin de sa carrière, il conserva pour la mémoire de cette femme remarquable un sentiment de reconnaissance et d'affection.

Zelter, dans ses lettres à Gœthe, parle de son élève avec un véritable attachement. En 1821, il fit avec Mendelssohn un voyage à Weimar et le présenta à Gœthe, qui, dit-on, s'émut en écoutant le jeune musicien-né. Déjà il jouait en maîlre les pièces difficiles de Bach et les grandes sonates de Beethoven. Quoiqu'il n'eût point encore atteint sa treizième année, il improvisait, sur un thème donné, de manière à faire naître l'étonnement. Avant l'âge de dix-huit ans, il avait écrit ses trois quatuors pour piano, violon, alto et basse,

des sonates pour piano seul, sept pièces caractéristiques pour le même instrument, douze Lieder pourvois seule avec piano, douze chants idem, et l'opéra, en deux actes, les Nocifs de Ganmche, qui fut représenté à Berlin quand l'auteur n'avait que seize ans. S'il y avait peu d'idées nouvelles dans ces premières œuvres, on y remarquait une facture élégante, du goût, et plus de sagesse dans l'ordonnance des morceaux qu'on n'eût pu l'attendre d'un artiste si jeune. Plus heureux que d'autres enfants prodiges, à cause delà position de fortune de ses parents, il ne voyait pas son talent exploité par la spéculation, et toute liberté lui était laissée pour le développement de ses facultés. Le succès des Noces de Gamache n'ayant pas répondu aux espérances des amis de Mendelssohn, il retira son ouvrage delà scène ; mais la partition, réduite pour le piano, fut publiée.

En 1829, Mendelssohn parût de Berlin pour voyager en France, en Angleterre et en Italie. Je le trouvai à Londres au printemps de cette année, et j'entendis, au concert de la société philharmonique, sa première symphonie (en ut mineur). Il était alors âgé de vingt ans. Son extérieur agréable, la culture de son esprit et l'indépendance de sa position, le firent accueillir avec distinction et commencèrent des succès dont l'éclat s'augmenta à chaque voyage qu'il fit en Angleterre. Après la saison, il parcourut l'Ecosse. Les impressions qu'il éprouva dans cette contrée pittoresque lui inspirèrent son ouverture de concert connue sous le titre de In Grotle de Fingal. De retour sur le continent, il se rendit en Italie par Munich, Salzbourg, Linz et Vienne, en compagnie de Hildebrand, de Hubner et de Bendemann, peintres de l'école de Dusseldorf. Arrivé à Rome, le 2 novembre 1830, il y trouva Berhoz, avec qui il se lia d'amitié. Après cinq mois de séjour dans la ville éternelle, il partit pour Naples ; il y passa environ deux mois, moins occupé de la musique italienne que de la beauté du ciel et des sites qui exercèrent une heureuse influence sur son imagination ; puis il revint par Rome, Florence, Gênes^ Milan, parcourut la Suisse et revit Munich au mois d'octobre 1831. Arrivé à Paris vers le milieu de décembre, il y resta jusqu'à la fin de mars 1832. On voit dans ses lettres de voyage qu'il n'était plus alors le jeune homme modeste et candide de 1829. 11 se fait le centre de la localité où il se trouve et se pose en critique peu bienveillant de tout ce qui l'entoure. Mécontent, sans doute, de n'avoir pas produit à Paris, par ses compositions, l'impression qu'il avait espérée, il s'écrie, en quittant cette ville : Paris est le lomheau de toutes les réputations .

En toute occasion, il ne parlait de la France et de ses habitants cju'avec amertume, et affectant un ton de mépris pour le goût de ceux-ci en musique.

Un des amis de Mendelssohn ayant été nommé membre du comité organisateur de la fête musicale de Dusseldorf, en 1833, le fit choisir pour la diriger, quoiqu'il n'eût pas encore de réputation comme chef d'orchestre; mais le talent dont il fit preuve en cette circonstance fut si remarquable, que la place de directeur de musique de cette ville lui fut offerte : il ne l'accepta que pour le terme de trois années, se réservant d'ailleurs le droit de l'abandonner avant la fin, si des circonstances impi'évues lui faisaient désirer sa retraite. Ses fonctions consistaient à diriger la société de chant, l'orchestre dans les concerts et la musique dans les églises catholiques, nonobstant son origine judaïque. C'est de cette époque que date la liaison de Mendelsshon avec le poëte Immermann, beaucoup plus âgé que lui. Des relations de ces deux hommes si distingués résulta le projet d'écrire un opéra d'après la Tempête de Shakspeare. Les idées poétiques ne manquaient pas dans le travail d'Immermann ; mais ce littérateur n'avait aucune notion des conditions d'un livret d'opéra : son ouvrage fut entièrement manqué sous ce rapport. Mendelssohn jugea qu'il était impossible de le rendre musical, et le projet fut abandonné. Cependant le désir de donner au théâtre de Dusseldorf une meilleure organisation détermina les deux artistes à former une association par actions ; les actionnaires nommèrent un comité directeur, qui donna au poëte Immermann l'intendance pour le drame, et à Mendelssohn pour l'opéra. On monta Don Juan de Mozart, et les Deux Journées de Cherubini ; enfin Immermann arrangea pour la scène allemande un drame de Calderon, pour lequel Mendelssohn composa de

FÉLIX MENDELSSOHN-BARÏHOLDY. 3

la musique qui ne fut pas goûtée et qui n'a pas été connue. De mauvais choix d'acteurs et de chanteurs avaient été faits, car ces deux hommes, dont le mérite, chacun en son genre, ne pouvait être contesté, n'entendaient rien à l'art dramatique. Des critiques désagréables furent faites ; Mendelssohn, dont l'amourpropre n'était pas endurant, sentit qu'il n'était pas à sa place et donna sa démission de directeur de musique, au mois de juillet 1835. Je l'avais retrouvé, en 1834, à Aix-la-Chapelle, où il s'était rendu à l'occasion des fêtes musicales de la Pentecôte. Une sorte de rivalité s'était établie entre lui et Ries, parce qu'ils devaient diriger alternativement les fêtes des villes rhénanes. Malheureusement, il n'y avait pas dans cette rivalité les égards que se doivent des artistes distingués. Mendelssohn parlait de la direction de son émule en termes peu polis, qui furent rapportés à celui-ci. Ries me parla alors des chagrins que lui causait le langage inconvenant de son jeune rival.

Mendelssohn avait écrit à Dusseldorf la plus grande partie de son Paulus, oratorio : il l'acheva, en 1835, à Leipzig, où il s'était retiré, après avoir abandonné sa position. Ayant été nommé directeur des concerts du Gewandhaus, dans la même ville, il prit possession de cet emploi le 4 octobre, et fut accueilli, à son entrée dans l'orchestre, par les exclamations de la foule qui remplissait la salle. Dès lors, la musique prit un nouvel essor à Leipzig, et l'heureuse influence de Mendelssohn s'y fit sentir non-seulement dans les concerts, mais dans les sociétés de chant et dans la musique de chambre. Lui-même se faisait souvent entendre comme virtuose sur le piano. Par reconnaissance pour la situation florissante où l'art était parvenu, grâce à ses soins, dans cette ville importante de la Saxe, l'université lui conféra le grade de docteur en philosophie et beaux-arts, en 1836, et le roi de Saxe le nomma son maître de chapelle honoraire. En 1837, Mendelssohn épousa la fille d'un pasteur réformé de Francfort-sur-le-Mein, femme aimable dont la bonté, l'esprit et la grâce firent le bonheur de sa vie.

Appelé à Berlin en qualité de directeur général de la musique du roi de Prusse, il alla s'y établir et y écrivit pour le service de la cour la musique intercalée dans les tragédies antiques Antigone, OEdipe roi, ainsi que dans Athaiic. Ce fut aussi à Berlin qu'il composa les morceaux introduits dans le Songe dune nuit d'été Aq Shakspeare, dont il avait écrit l'ouverture environ dix ans auparavant. Cependant les honneurs et la faveur dont il jouissait près du roi ne purent le décider à se fixer dans la capitale de la Prusse, parce qu'il n'y trouvait pas la sympathie qu'avaient pour lui les habitants de Leipzig. Berlin a toujours, en effet, montré peu de goût pour la musique de Mendelssohn. Nul doute que ce fût ce motif qui le décida à retourner à Leipzig, Oùj à l'exception de quelques voyages à Londres ou dans les villes des provinces rhénanes, il se fixa pour le reste de ses jours. Les époques de ses séjours en Angleterre furent 1832, 1833, 1840, 1842, 1844,

1846, où il fit entendre pour la première fois son Elie, au festival de Birmingham, et enfin au mois d'avril

1847. Cette fois, il ne resta à Londres que peu de jours, car il était de retour à Leipzig à la fin du même mois. 11 avait formé le projet de passer l'été à Vevay ; mais au moment où il venait d'arriver à Francfort, pour y retrouver sa femme et ses enfants, il reçut la nouvelle de la mort de madame Hansel, sa sœur bienaimée. Cette perte cruelle le frappa d'une vive douleur. Madame Mendelssohn, dans l'espoir de le distraire par les souvenirs de sa jeunesse^ l'engagea à parcourir la Suisse : il s'y laissa conduire et s'arrêta d'abord à Baden, puis à Laufen, et enfin, à Interlaken, où il resta jusqu'au commencement de septembre. Peu de jours avant son départ, il improvisa sur l'orgue d'une petite église de village, sur les bords du lac de Brienz : ce fut la dernière fois qu'il se fit entendre sur un instrument de celte espèce. Peu d'amis se trouvaient réunis dans l'église : tous furent frappés de l'élévation de ses idées, qui semblaient lui dicter un chant de mort. 11 avait eu le dessein d'aller à Fribourg pour connaître l'orgue construit par Moser ; mais le mauvais temps l'en empêcha. Vhiver anive, dit-il à ses amis, il est temps de retourner à nos foyers.

Arrivé à Leipzig, il y reprit ses occupations ordinaires. Bien que l'aménité de son caractère ne se démentît pas avec sa famille et ses amis, on apercevait en lui un penchant à la mélancolie qu'on ne lui connais-

sait pas autrefois. Le 9 octobre, il accompagnait quelques morceaux de son Élie chez un ami, lorsque le sang se porta tout à coup avec violence à sa tête et lui fit perdre connaissance; on fut obligé de le transporter chez lui. Le médecin qu'on s'était empressé d'aller chercher n'hésita pas à faire usage des moyens les plus énergiques dont l'heureux effet fut immédiat. Rétabli dans un état de santé satisfaisant, du moins en apparence, vers la fin du mois, Mendelssohn reprit ses promenades habituelles, soit à pied, soit à cheval ; il espérait être bientôt assez fort pour se rendre à Vienne, pour y diriger l'exécution de son dernier oratorio, et il s'en réjouissait ; mais le 28 du même mois, après avoir fait une promenade avec sa femme et dîné de bon appétit, il subit une seconde attaque de son mal, et le médecin déclara qu'il était frappé d'une apoplexie nerveuse, et que le danger était imminent. Les soins qui lui furent prodigués lui rendirent la connaissance; il eut des moments de calme et dormit d'un sommeil tranquille; mais, le 3 novembre, l'attaque d'apoplexie se renouvela, et dès ce moment il ne reconnut plus personne. Entouré de sa famille et de ses amis, il expira le lendemain, 4 novembre 1847, à neuf heures du soir, avaut d'avoir accompli sa trente-neuvième année. On lui fit des obsèques somptueuses, auxquelles prit part toute la population de Leipzig, en témoignage du sentiment douloureux inspiré par la mort prématurée d'un artiste si remarquable. L'Allemagne tout entière fut émue de ce triste événement

Si Mendelssohn ne posséda pas un de ces génies puissants, originaux, tels qu'en vit le dix-huitième siècle ; s'il ne s'éleva pas à la hauteur d'un Jean-Sébastien Bach, d'un Haendel, d'un Gluck, d'un Haydn, d'un Mozart, d'un Beethoven; enfin, si l'on ne peut le placer au rang de ces esprits créateurs, dans les diverses déterminations de l'art, il est hurs de doute qu'il tient, dans l'histoire de cet art, une place considérable immédiatement après eux, et personne ne lui refusera la qualification de grand musicien. Il a un style à lui et des formes dans lesquelles se fait reconnaître sa personnalité. Le schezo élégant et coquet, à deux temps, de ses compositions instrumentales, est de son invention. 11 a de la mélodie ; son harmonie est correcte, et son instrumentation colore bien ses idées, sans tomber dans l'exagération des moyens. Dans ses oratorios, il a fait une heureuse alliance de la gravité des anciens maîtres avec les ressources de l'art moderne. Si son inspiration n'a pas le caractère de grandeur par lequel les géants de la pensée musicale frappent tout un auditoire, il intéresse par l'art des dispositions, par le goût et par une multitude de détails qui décèlent un sentiment fin et délicat.

Parmi les œuvres de musique vocale de Mendelssohn, ses oratorios Paulus et Élie ne sont pas seulement les plus importantes par leurs développements; elles sont aussi les plus belles. Ses psaumes 42°, 65% 98" et 114°, avec orchestre, renferment de belles choses, principalement au point de vue de la facture. Il a fait aussi des chœurs d'église avec orchestre, qui sont d'un beau caractère, ainsi que d'autres psaumes sans instruments, la grande cantate de TFalpurgischeiuicht , des chœurs pour les tragédies : Jntigone, OEclipe, Jihalie, le Songe d'une nuit d'été, ouvrage mélodramatique qui a droit aux éloges, non-seulement des connaisseurs, mais du public.

Mendelssohn a peu réussi dans la symphonie ; la troisième (en la mineur) est la meilleure production de l'artiste en ce genre.

Dans le concerto, il a été plus heureux; son concerto de violon particulièrement et son premier concerto de piano (en sol mineur) ont obtenu partout un succès mérité et sont devenus classiques. Parmi ses œuvres les plus intéressantes de ce genre, il faut citer sa Se'rénade et Allegro giojoso pour piano et orchestre, composition dont l'inspiration se fait remarquer par l'élégance, la délicatesse et par les détails charmants de l'instrumentation.

Les ouvertures de ce maître ont été beaucoup jouées en Allemagne et en Angleterre ; mais elles ont moins réussi en France et en Belgique. Elles sont au nombre de cinq ; le Songe d'une nuit d'été ; la Grotte de Fingal , la Mer calme et l'heureux retour, la belle Mélusine, et Ruy Blas.

La musique de chambre est la partie la plus riche du domaine instrumeatal de Mendelssohn ; la plupart de ses compositions en ce genre, soit pour les instruments à archet, soit pour le piano accompagné ou le piano seul, ont de l'intérêt. Elles se composent d'un ottetto pour quatre violons, deux altos et deux violoncelles ; deux quintettes pour deux violons, deux altos et violoncelle ; sept quatuors pour deux violons, alto et violoncelle, trois quatuors pour piano, violon, alto et violoncelle, op. 1, 2, 3. Si l'on songe à la grande jeunesse de l'artiste au moment où il écrivit ces ouvrages, on ne peut se soustraire à l'étonnement qu'un pareil début n'ait pas conduit à des résultats plus beaux encore que ceux où son talent était parvenu à la fin de sa carrière. Deux grands trios pour piano, violon et violoncelle, une sonate pour piano et violon, deux sonates pour piano et violoncelle , variations concertantes pour piano et violoncelle. Pour piano seul, une sonate, plusieurs caprices, fantaisies, rondos, variations et sept cahiers de romances sans paroles.

Je me suis souvent demandé pourquoi, avec un talent si distingué, Mendelssohn n'a pu éviter une teinte d'uniformité dans l'effet de sa musique instrumentale ; en y songeant, j'ai cru pouvoir attribuer cette impression au penchant trop persistant du compositeur pour le mode mineur. On peut constater la même tendance dans sa musique de chant.

Mendelssohn a encore composé des Lieder pour voix seule avec piano, des chants pour deux et quatre voix, des chants de fêtes pour chœur et orchestre, des hymnes, cantiques, motets.

(Extrait de la Biographie universelle des musiciens de F.-J. Fétis.)

RONDO CAPRICCIOSO

pour

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