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NOTICE BIOGRAPHIQUE
DE
HAYDN (Fkaivçois- Joseph), compositeur illustre, dont le nom réveillera toujours le souvenir de la perfection dans toutes les parties de l'art qu'il a cultivé, naquit le 31 mars 1732, à Rohzau, petit bourg situé sur les frontières de l'Autriche et de la Hongrie, à quinze lieues de Vienne. Son père, Matthias Haydn, était à la fois pauvre charron, juge du lieu, sacristain et organiste. Il aimait la musique, avait une belle voix de ténor et jouait de la harpe; sa femme, Anne-Marie, avait été cuisinière chez le comte de Harrach, seigneur du village de Rohzau. Le baptême de Haydn eut lieu le lendemain du jour de sa naissance, ce qui a fait croire à plusieurs de ses biographes qu'il était né le 1er avril. Haydn, qui n'avait jamais vu son acte baptismal, était lui-même dans l'erreur à ce sujet.
L'enfance de Haydn ne se distingue de celle d'un paysan ordinaire que par une circonstance qui décida peut-être de toute sa vie, en faisant connaître, dès ses premières années, ses rares dispositions pour la musique. Les dimanches et jours de fête, ses parents se délassaient de leurs travaux par les charmes de cet art; la mère chantait et le père l'accompagnait sur la harpe. Parvenu à l'âge de cinq ans, le petit Haydn voulut faire aussi sa partie dans ces concerts ; un morceau de bois, qu'il avait trouvé dans l'atelier du charron figura un violon; une baguette devint son archet; et l'enfant, ne pouvant faire entendre des sons avec son muet instrument, prit part à la musique par le rhythme, et marqua la mesure par les mouvements de son archet. Un parent de sa famille, nommé Frank, maître d'école à Haimbourg, vint un jour visiter le charron de Rohzau , et remarqua avec étonnement l'exactitude des mouvements et le vif sentiment de mesure du petit Haydn, lorsqu'il accompagnait ses parents avec son prétendu violon. Frank était bon musicien; il offrit de se charger de l'éducation de son jeune cousin, et de lui enseigner la musique; sa proposition fut acceptée avec joie, et l'enfant suivit son instituteur à Haimbourg. Dès ce moment son heureuse insouciance fit place au travail, à l'étude, et le temps des rudes épreuves commença pour lui. Ainsi qu'il le disait plus tard, il recevait de son cousin Frank plus de taloches que de bons morceaux ; mais si la sévérité du pédagogue avait ses désagréments, elle avait aussi ses avantages, car elle faisait faire de rapides progrès au petit Haydn. Dans les trois années qu'il passa à Haimbourg, il apprit les principes de la musique, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue latine, ceux de l'art du chant; et commença à jouer du violon et de plusieurs autres instruments. Il était âgé de huit ans, lorsque le hasard conduisit chez Frank, Reuter, maître de chapelle de Saint-É tienne, église cathédrale de Vienne. Il voyageait dans l'intention de
recruter des enfants pour le chœur de cette église ; cette occasion parut favorable à l'instituteur, qui parla au maître de chapelle de son cousin comme d'un prodige, et lui proposa de l'entendre. Reuter ayant accepté, donna au jeune musicien un morceau à déchiffrer, ce que celui-ci fit de la manière la plus satisfaisante. Le maître remarqua seulement que l'enfant ne savait pas faire le trille, et lui en demanda la cause en riant : — Comment voulez-vous que je sache faire ce que vous me demandez , répondit Haydn, puisque mon cousin ne le sait pas. — Viens ici, je vais te l'apprendre, dit le maître. Alors il place Haydn entre ses jambes, lui enseigne le mécanisme de l'articulation du gosier dans le trille, et l'enfant exécute immédiatement ce qu'il lui dit de faire. Charmé de rencontrer tant de facilité dans un enfant de huit ans, Reuter l'emmena à Vienne et le fit entrer au chœur de Saiut-Étienne.
Le travail obligé des enfants de chœur de Saint-Étienne n'était que de deux heures par jour ; le reste du temps était à leur disposition; ils l'employaient comme ils voulaient. Pour beaucoup d'autres, une liberté si absolue aurait eu de fâcheux résultats; mais Haydn n'était occupé que de. son art, et toutes ses pensées s'y rattachaient. Sans cesse occupé du soin de s'instruire, il saisissait toutes les occasions où il pouvait augmenter ses connaissances. Parvenu à l'âge de treize ans, il se sentait déjà entraîné par le besoin de composer; il s'essaya d'abord dans quelques bagatelles, mais bientôt il voulut s'élever plus haut, et écrivit une messe dont il montra la parlition à Reuter, qui se moqua de lui, en lui disant qu'il fallait apprendre à écrire avant de composer. Ce jugement sévère lui causa quelque chagrin, mais il en comprit la justesse, et résolut de ne rien négliger pour acquérir le savoir si nécessaire au développement de ses idées. Malheureusement il ne savait où trouver un maître qui voulût lui enseigner l'harmonie et le contre-point, sans être obligé de payer des leçons. Il ne possédait rien, et sa famille était trop pauvre pour lui fournir les secours nécessaires. 11 se résolut pourtant à demander à son père quelque argent, sous prétexte de réparations indispensables à ses vêtements ; le bon charron fit un effort et envoya à son fils six florins qui servirent à l'acquisition du traité de composition de Fux, intitulé Gradus ad Parnassum, et du Parfait maître de chapelle de Mattheson. Haydn se mit à étudier avec persévérance ces deux ouvrages; il préféra la marche claire et méthodique du premier, au langage verbeux et obscur du second, quoiqu'il y ait de bonnes choses dans celui-ci.
La belle voix de Haydn avait fait sa gloire pendant près de huit années qu'il avait passées à la maîtrise de Saint-Étienne; mais enfin le moment marqué pour sa sortie de cette maîtrise était arrivé; le jeune artiste fut réformé et se vit contraint de pourvoir à son existence. Forcé de chercher un logement, le hasard lui fit rencontrer un pauvre perruquier nommé Keller, qui avait souvent admiré sa belle voix à Saint-Étienne, et qui lui offrit un asile. Keller n'avait pour lui, sa femme et ses enfants, qu'une chambre au cinquième étage, avec une mansarde au sixième; il offrit celle-ci à Haydn, avec son modeste ordinaire, et sa proposition fut acceptée.
Délivré des soins les plus pressants, Haydn se livra sans distraction à ses études, et son goût fit de rapides progrès. Un mauvais clavecin, son Mattheson et son Fux composaient la meilleure partie du misérable mobilier de son galetas; il passait alternativement de l'un à l'autre. Les six premières sonates de Charles-Philippe-Emmanuel Bach lui tombèrent alors sous la main, et il se mit aies étudier avec assiduité ; le plaisir qu'il y trouva les lui fit prendre pour modèles dans ses premières compositions. Assis à mon clavecin rongé par les vers, disait-il, je ri enviais pas le sort des monarques.
Après quelques jours passés dans son grenier, la situation de Haydn sembla s'améliorer un peu ; insensiblement il lui vint quelques occupations. Ainsi, il allait jouer la partie de premier violon à l'église des PP. de la Miséricorde ; de là, il allait les dimanches et fêtes, jouer de l'orgue à la chapelle du comte de Haugwitz ; enfin, il donnait quelques leçons de piano et de chant. La plus grande partie de ce qu'il gagnait était employée à payer les services que Keller lui avait rendus. Métastase, qui logeait dans la maison où
Haydn occupait une mansarde, prenait soin de l'éducation d'une demoiselle Martinez, fille de son hôte ; cette demoiselle fut une des premières élèves du jeune musicien. Une circonstance heureuse, moins pour la fortune de l'artiste que pour son instruction, se présenta à l'improviste. Un noble Vénitien, nommé Corner, était alors à Vienne, ambassadeur de la république. Il avait une maîtresse qui était folle de musique, et qui avait retiré chez elle le vieux Porpora. Métastase introduisit Haydn dans cette maison. Il y plut par ses talents, et l'excellence lui fit l'honneur de le mener avec sa maîtresse et Porpora aux bains de Mannesdorf, alors à la mode. Haydn, qui avait compris l'utilité qu'il pourrait tirer des leçons du vieux maître, employa dans ce voyage toute son adresse à gagner ses bonnes grâces. Tous les jours, il se levait de bonne heure, battait l'habit, nettoyait les souliers et arrangeait de son mieux la perruque du vieillard, qui souvent ne payait ses services que par des injures. A la fin pourtant la patience et les heureuses dispositions de son laquais volontaire le touchèrent, et sa mauvaise humeur habituelle ne l'empêcha pas de donner au jeune homme quelques bons avis, que celui-ci reçut avec reconnaissance, naydn apprit surtout de Porpora les principes de l'art du chant italien, et ceux d'une harmonie pure et correcte en accompagnant la belle Wilhelmine dans les cantates si difficiles du compositeur napolitain. Étonné des progrès du jeune homme, l'ambassadeur lui fit, quelque temps après son retour à Vienne, une pension de six sequins par mois (environ 72 francs). Mais avant de recevoir cette faveur, il eut encore à lutter contre la misère. Il écrivait pour ses élèves de petites pièces et des sonates de clavecin , où l'on apercevait le cachet d'un rare talent. Ces morceaux couraient le monde, sans qu'il s'en doutât. Bientôt les marchands de musique s'en emparèrent et les publièrent sans son aveu ; car alors la propriété des auteurs n'était garantie ni par les lois ni par l'usage. Au surplus Haydn ne songeait point à réclamer contre les larcins qu'on lui avait faits, heureux de voir son nom imprimé aux titres de ses ouvrages. Il n'imaginait pas qu'on pût tirer d'autre avantage de ses travaux. Une de ses productions tomba par hasard aux mains de la comtesse de Thun, dame de haut parage,qui aimait passionnément la musique; elle voulut connaître l'auteur de cette charmante composition ; mais ce ne fut pas sans peine que ses domestiques parvinrent à le découvrir. Haydn parut devant cette dame avec un extérieur qui n'annonçait pas l'opulence : elle en parut surprise. — C'est M. Haydn que j'ai demandé, dit-elle. — C'est moi, madame. — Mais la personne que je désire voir est l'auteur de cette sonate. — C'est encore moi. Une explication eut lieu alors. Haydn fit connaître à la comtesse les pénibles circonstances dans lesquelles il s'était trouvé jusqu'à ce moment; elle fut touchée de son sort, l'encouragea, l'engagea à persévérer dans ses travaux, et lui fit présent de vingt-cinq ducats. Cette générosité, et bientôt après la pension de l'ambassadeur de Venise changèrent la position du jeune musicien. Il put quitter son grenier, se loger et se vêtir d'une manière convenable. Il était devenu le maître de clavecin et de chant de la comtesse de Thun, qui s'était faite sa protectrice; il le fut ensuite de plusieurs autres dames de qualité, et le temps des pénibles épreuves fut passé pour lui.
Parmi les personnes qui recherchaient avec empressement les compositions de Haydn était un baron de Furnberg, qui possédait une terre à quelques lieues de Vienne, où il réunissait le curé, son secrétaire et le jeune artiste pour faire de la musique. Haydn jouait l'alto, et Albrechtsberger, frère du maître de chapelle, le violoncelle. C'est pour ce seigneur que Haydn écrivit son premier œuvre de quatuors d'instruments à archet, dont le premier, comme on sait, est en si bémol, et ses six premiers trios pour deux violons et basse, à peu près inconnus en France. Ce fut aussi vers le même temps qu'il composa une sérénade pour trois instruments, qu'il alla exécuter sous les fenêtres du célèbre arlequin Curtz, connu à Vienne sous le nom de Bernadous, et qui était alors directeur du théâtre de la porte de Carinthie. Frappé de l'originalité de la musique qu'il entendait, Curtz descendit dans la rue, pour savoir qui l'avait composée. « C'est moi, « répond Haydn. — Comment toi, à ton âge? — Il faut bien commencer par quelque chose. — Pardieu, « c'est extraordinaire ; monte. » Haydn suit l'arlequin, qui le présente à sa femme, actrice spirituelle, et
jolie. Un instant après, le jeune compositeur sortait de cette maison, emportant le livret d'un opéra comique, intitulé le Diable boiteux, dont il écrivit la musique en quelques jours. Cet ouvrage lui fut payé cent trente florins, et fut bien accueilli du public. Ses productions se multipliaient, particulièrement les sonates de piano, dont le plus grand nombre a été écrit à Vienne, des concertos pour divers instruments, el de petites pièces pour quatre, cinq, ou six parties, alors à la mode, et qu'on appelait parthien et casationes.
Cependant plusieurs années s'écoulèrent encore avant que Haydn pût sortir de la position précaire où il se trouvait, et se caser comme il convenait à un homme de son talent. Il avait près de vingt-sept ans lorsqu'il entra, vers la fin de 1758, au service du comte de Mortzin, en qualité de second maître de chapelle. Ce comte avait un bon orchestre pour lequel Haydn écrivit, dans les premiers mois de 1759, sa première symphonie (en ré). Le vieux prince Antoine Esterhazy, amateur passionné, assistait au concert où l'on exécutait pour la première fois cet ouvrage; il fut si frappé de sa beauté, qu'il pria sur-le-champ le comte de Mortzin de lui céder Haydn. Le comte y consentit. Malheureusement l'auteur de l'ouvrage qui avait ému le prince était indisposé; ce jour-là il ne se trouvait pas au concert; le prince Esterhazy oublia bientôt cette circonstance, et plusieurs mois se passèrent sans que Haydn entendît parler de rien. Friedberg, directeur de l'orchestre du prince, admirateur de la musique de Haydn, cherchait un moyen de le rappeler au souvenir de son maître ; il conseilla à l'artiste d'écrire une symphonie qui serait exécutée à Eisenstadt, résidence du prince, le jour de sa naissance. Haydn la composa et la fit digne de son objet; c'est la cinquième du premier œuvre (en ut). Le jour de la cérémonie arriva; le prince, environné de sa cour (car les grands seigneurs hongrois de cette époque avaient une véritable cour) assistait au concert. La symphonie commence, mais à peine est-on au milieu du premier allegro, que le prince interrompt le morceau, et demande quel est l'auteur d'une si belle chose. Haydn, répond Friedberg, en le présentant lui-même tout tremblant au prince, qui s'écrie : Quoi ! la musique est de ce Maure (le teint de Haydn justifiait un peu cette apostrophe) ? « Hé bienl Maure, dès ce moment tu es à mon service. « Comment t'appelles-tu? — « Joseph Haydn. — Mais je me souviens de ce nom ; tu es déjà de ma maison ; pourquoi ne t'ai-je pas « encore vu? » Troublé par cet accueil, Haydn n'osait répondre; le prince ajouta : « Va, et habille-toi en « maître de chapelle; je ne veux plus te voir ainsi; tu es trop petit; ta figure est mesquine; prends un « habit neuf, une perruque à boucles, le rabat et les talons rouges ; mais je veux qu'ils soient hauts, afin « que ta taille réponde à ton mérite. Tu entends ; va, tout te sera donné. » Si un grand personnage s'avisait de parler ainsi de nos jours à un artiste, celui-ci lèverait la tête et tournerait les talons ; mais au temps de Haydn, et surtout en Allemagne, le plus célèbre musicien, placé au service d'un prince, n'était guère qu'un domestique, et en avait l'humilité.
Cette scène se passait le 19 mars 1760. Le lendemain, Haydn parut au lever de S. A. , empaqueté dans le costume grave qui lui avait été prescrit, et présentant dans sa personne l'aspect le plus ridicule qu'on puisse imaginer. Bien qu'il eût dès lors le titre de second maître de chapelle , il ne fut connu que sous celui de musicien de chambre, et ce ne fut qu'après la mort de Werner, premier maître de chapelle , à qui il succéda, qu'il cessa d'être désigné ainsi.
En 1761, le prince Antoine mourut; son successeur, Nicolas Esterhazy, plus amateur encore de musique que lui, eut pour Haydn un véritable attachement, et se montra constant admirateur de son génie. Ce prince jouait fort bien du baryton, ou violoncelle d'amour, monté de six cordes de boyau sur le chevalet, et de six cordes métalliques qui passaient sous la touche. Cet instrument était accordé à l'octave grave de la viole d'amour. Haydn écrivit pour le service du prince, dans l'espace de vingt-cinq ans, plus de deux cent cinquante morceaux de musique où le baryton était employé comme partie principale. La plus grande partie de cette musique fut anéantie dans un incendie qui détruisit tout un quartier de la petite ville d' Eisenstadt ; le reste
se trouve dans la collection de musique originale qui appartient à la famille Esterhazy ; c'est du moins ce qui m'a été affirmé par un prince de cette maison, à Paris, en 1809.
Dès que Haydn eut une existence assurée, il se souvint de la promesse qu'il avait faite autrefois à son ami, le perruquier de Vienne; et sans amour, uniquement pour acquitter sa parole, il devint l'époux d'Anne Keller, qui n'apporta pas le bonheur dans sa maison. L'incommode vertu de cette femme tourmenta longtemps le repos de l'artiste et lui rendit pénible son intérieur. Le pauvre Haydn chercha des consolations près d'une demoiselle Boselli, cantatrice aimable, attachée au service du prince : il est facile de comprendre que la paix du ménage ne s'en trouva pas améliorée. Enfin, une séparation devint nécessaire; à cette occasion, Haydn traita sa femme avec beaucoup de générosité.
Peu d'existences d'artistes ont été aussi calmes, aussi réglées que celle de Haydn. Son traitement était peu considérable ; mais avec les divers avantages dont il jouissait au service d'un prince immensément riche, ce revenu était suffisant pour ses besoins. A Esterhazy, ou dans la petite ville d'Eisenstadt, aucun événement extraordinaire ne venait interrompre le cours d'une vie monotone ; chaque jour ressemblait à la veille. Dans une telle situation, le travail d'un artiste dévoué à son art, comme l'était Haydn, devait être facile et productif; c'est à cette cause, en effet, qu'il faut attribuer l'énorme quantité d'ouvrages sortis de sa main. H se levait toujours à six heures du matin, s'habillait avec une sorte de recherche , puis se mettait à une petite table près de son piano et travaillait jusqu'à midi, heure de son dîner. Jamais il ne travailla plus de cinq heures par jour ; mais ces cinq heures, employées pendant trente ans à la composition , forment , suivant le calcul d'un arithméticien , un total de cinquante-quatre mille heures de travail , qui ont suffi pour tout ce qu'on connaît sous le nom du maître, jusqu'au moment de ses voyages en Angleterre. Tous les jours, à deux heures après midi, il y avait un concert d'une heure et demie chez le prince , et deux fois chaque semaine, opéra le soir. Lorsqu'il n'y avait pas de spectacle , Haydn dirigeait la répétition de quelque morceau nouveau, puis il soupait à sept heures, et passait le reste de la soirée avec quelques amis, ou chez M"e Boselli. Quelquefois, mais rarement, il employait une matinée à la chasse. Pendant le temps de son service chez le prince Esterhazy , il visita plusieurs fois la capitale de l'Autriche à la suite de son maître ; mais à peine y était-il arrivé, qu'il reprenait ses habitudes de travail jusqu'au moment du départ.
Des amis avaient quelquefois donné à l'illustre compositeur le conseil d'entreprendre quelques voyages à l'étranger ; mais l'amour du repos, son goût pour la vie calme et méthodique , et l'attachement qu'il avait pour son prince, le retenaient en Hongrie. Vraisemblablement, il n'en serait jamais sorti si M"e Boselli n'était morte presque subitement. Après la perte de son amie , Haydn commença à sentir du vide dans ses journées : ce fut dans cette disposition d'esprit que les propositions de Salomon , violoniste de Londres , lui furent faites pour aller dans cette ville diriger au piano les concerts qu'on venait de fonder à la salle de Hanover square. Salomon offrait à Haydn cinquante livres sterling pour chaque concert, dont le nombre était fixé à vingt. De plus , il laissait à Haydn la propriété des symphonies qu'il écrirait. C'était beaucoup plus que ce que Haydn aurait osé demander; il accepta ces propositions et arriva à Londres en 1791. Il y resta une année, et, dans ce court espace de temps, y écrivit six de ses douze grandes symphonies, des sonates de piano et beaucoup d'autres compositions. 11 était alors âgé de cinquante-neuf ans. De nouveaux engagements pris avec Salomon le ramenèrent à Londres en 1793 ; il y écrivit ses six dernières grandes symphonies, dont les dimensions sont encore plus larges que celles de ses autres ouvrages. L'enthousiasme des Anglais pour ses productions parut s'augmenter encore. L'université d'Oxford lui offrit le diplôme de docteur en musique. Le prince de Galles, depuis lors George IV, roi d'Angleterre, voulut avoir son portrait peint par Reynold ; le roi George III , qui n'avait jamais aimé que la musique de Haendel, goûta celle de Haydn et chercha à le fixer en Angleterre : enfin, la faveur publique fut acquise à toutes ses compositions. Les moindres productions de sa plume étaient recherchées avec tant d'empressement qu'un marchand de musique lui paya quatre
cents livres sterling (10,000 francs) pour mettre des accompagnements de piano à deux recueils d'airs écossais. L'entrepreneur du théâtre de Haj-Markct , nommé Gallini , l'avait engagé pour écrire un opéra d'Orphée; mais des difficultés s'élevèrent pour le privilège du spectacle, et Haydn, impatient de rentrer dans sa paisible situation, ne voulut pas attendre; il quitta Londres avec onze morceaux de sa partition, qui n'a jamais été achevée. De retour en Allemagne, il y donna des concerts dans plusieurs villes avant de rentrer à Eisenstadt : il n'arriva dans cette résidence que vers la fin de 1794.
Avant son premier voyage à Londres , Haydn n'avait épargné , en trente années , qu'environ cinq mille francs. On ne sera point étonné de la modicité de cette somme, quand on saura que tout son revenu consistait dans le faible traitement qu'il recevait du prince Esterhazy , et que ses ouvrages n'avaient jamais été rétribués avant que la société des concerts de la loge olympique (de Paris) lui eût demandé six symphonies qui lui furent payées six cents livres chacune. Le produit de ses deux voyages et de quelques concerts porta son avoir à trente mille florins (environ soixante-six mille francs). Plus tard, il ajouta à cette somme vingtquatre mille francs que lui rapportèrent ses partitions de la Création et des Quatre Saisons. Le revenu d'un capital de moins de quatre-vingt-dix mille francs composa donc toute sa fortune. Il était âgé de soixantedeux ans lorsqu'il revint en Allemagne. Le besoin du repos lui fit demander sa retraite au prince Esterhazy; il l'obtint avec une pension, acheta une petite maison avec un jardin à Vienne, dans le faubourg de Gumpendorf, sur la route de Schœnbrunn, et s'y retira pour y passer le reste de ses jours.
La vie du grand compositeur continua d'être retirée ; le travail en remplit la plus grande partie. Il était ami du baron Van Swieten, bibliothécaire de l'empereur, homme instruit, même en musique, et qui n'était pas étranger à la composition. Ce littérateur , partisan comme beaucoup d'autres du système de l'imitation de la nature dans les arts, s'était persuadé qu'il restait à créer un genre de musique imitative et descriptive, qui serait le dernier terme de l'art. L'idée d'un oratorio, ou plutôt d'une cantate, dont le sujet était la création du monde, se présenta à lui : il proposa à Haydn de le mettre en musique , et ce maître, parvenu à l'âge de soixante-trois ans, le commença en 1795. Il employa deux années entières à l'écrire. Quand on l'engageait à se hâter, il répondait tranquillement : J'y mets beaucoup de temps , parce que Je veux qu'il dure beaucoup. Au commencement de 1797, l'ouvrage fut terminé; dans le carême suivant, il fut exécuté pour la première fois au palais du prince Schwarzenberg, aux dépens de la société des amateurs. Haydn dirigeait luimême l'orchestre, composé de tout ce qu'il y avait à Vienne de talents distingués. Dans l'assemblée nombreuse et brillante qui assistait à cette séance , on remarquait l'élite de la cour, des gens de lettres et des artistes.
Le succès de la Création détermina le baron Van Swieten à écrire le poëme des Quatre Saisons , dont il prit le sujet dans Thompson. Son goût pour la musique descriptive lui avait fait préparer une suite de tableaux où le compositeur avait à peindre la neige, les vents de l'hiver, les orages de l'été, les travaux de la campagne, la chasse, les plaisirs champêtres. Haydn acheva cette sorte d'oratorio vers la fin de l'année 1800 , et les meilleurs artistes de Vienne l'exécutèrent trois fois de suite , les 24, 27 avril et 1" mai 1801. De beaux détails, où l'expérience consommée d'un grand artiste se fait remarquer , brillent dans cette production de Haydn. Ce n'était pas sans peine qu'il avait atteint la fin de son œuvre, car ses forces physiques déclinaient déjà d'une manière sensible. Il écrivit encore après cela trois quatuors. Les deux premiers parurent en 1802 ; ce sont les numéros 82 et 83. On y retrouve encore cette élégante disposition des idées, cette lucidité de conception, qui sont les caractères distinctifs du talent de Haydn. Le troisième quatuor, le seul qu'il ait écrit en la mineur fut publié seul. Il n'est point achevé; à la place du dernier morceau, Haydn a écrit une phrase musicale , en la majeur, sur des paroles allemandes dont le sens est : Mes forces m'ont abandonné; je suis vieux et faible. Ce fut par ordre de son médecin qu'il cessa de s'occuper de ce morceau , qui lui avait coûté un an de travail. Quand il se mettait à son piano, il avait des vertiges, et le médecin craignait l'apoplexie. Depuis lors, il ne sortit plus de sa petite maison.
Dans les derniers temps de sa vie , Haydn , dont les facultés s'étaient insensiblement affaiblies , n'était occupé que de deux idées, la crainte d'être malade, et celle de manquer d'argent. A chaque instant, il prenait quelques gouttes de vin de Tokai pour ranimer ses forces. C'était toujours avec grand plaisir qu'il recevait de petits présents qui pouvaient diminuer sa dépense. Les visites de ses amis le réveillaient un peu, et il prenait part à la conversation quand elle avait pour objet la musique, particulièrement ses ouvrages , les anecdotes qui le concernaient, et surtout ses voyages à Londres, le grand événement de sa vie.
L'idée de la perte d'un si grand homme occupait tous les musiciens et amateurs de Vienne ; ils résolurent de lui donner un dernier témoignage de leur profonde vénération , en exécutant sous ses yeux la Création avec la traduction italienne de Carpani. Le vieillard, malgré sa faiblesse, fut apporté dans un fauteuil au milieu d'un auditoire ému par sa présence et par l'objet de la fête. La princesse Esterhazy et Mme de Kurbeck, ancienne élève de Haydn et son amie , allèrent au-devant de lui ; des fanfares annoncèrent son entrée dans la salle. On le plaça au milieu de trois rangs de sièges destinés à tout ce qu'il y avait d'illustre à Vienne. Salieri, qui devait diriger l'orchestre, vint avec émotion presser les mains du vieux maître, qui l'embrassa : bientôt après, l'orchestre commença au milieu de l'attendrissement général. Environné de grands personnages, d'artistes, de femmes charmantes dont les yeux étaient fixés sur lui , écoutant les louanges de Dieu que lui-même avait trouvées dans son cœur, Haydn fit dans cette mémorable séance un bel adieu au monde et à la vie.
Avant d'entrer dans sa soixante-dix-huitième année, Haydn sentit ses forces s'affaiblir de plus en plus, et ses facultés morales suivirent la même décadence. Un mouvement machinal, résultant de près de cinquante ans de travaux réguliers , le portait encore chaque jour vers son piano, mais bientôt sa tête se troublait, et ses mains quittaient le clavier pour prendre son rosaire, consolation de ses derniers jours. Tout-à-coup , la guerre s'étant rallumée entre la France et l'Autriche, dans l'année 1809, le souvenir de l'envahissement de Vienne, quatre ans auparavant, ranima pour un instant Haydn, et fit naître dans son esprit des craintes pour son empereur. A chaque instant, il demandait des nouvelles, allait au piano, et avec sa voix éteinte chantait l'hymne national : Dieu, sauvez François!
Après une campagne qui ne fut qu'une course jusqu'à Vienne, l'armée française arriva dans la nuit du 10 mai, à une demi-lieue du petit jardin de Haydn, et le lendemain quinze cents coups de canon retentirent à son oreille. Quatre- obus vinrent tomber près de sa maison; pleins de frayeur, ses domestiques accoururent près de lui. Le vieillard se ranime alors, se lève de son fauteuil, et dit , 'plein d'animation : Pourquoi cette terreur ? Sachez qu'aucun mal ne peut arriver là où se trouve Haydn. Cependant une agitation convulsive l'empêche de continuer; on le porte dans son lit. Le 26 mai, sa faiblesse était extrême; néanmoins, s'étant fait porter à son piano, il chanta trois fois avec ferveur : Dieu, sauvez François ! Ce furent ses derniers accents. Encore assis à son piano , il tomba dans une espèce d'assoupissement , et enfin il s'éteignit le 31 mai, vers le matin, à l'âge de soixante-dix-sept ans et deux mois. 11 fut inhumé sans pompe dans le cimetière de Gunipendorf; mais quelques semaines après, on exécuta en son honneur, dans l'église des Ecossais le requiem de Mozart. Plusieurs villes de l'Allemagne imitaient l'exemple des artistes de Vienne, et une belle cantate de Cherubini, sous le titre de chant funèbre sur la mort de Haydn, fut entendue dans un concert du conservatoire de Paris, et y causa une vive impression.
Haydn est ajuste titre considéré comme un des plus grands musiciens des temps modernes : ses ouvrages ont plus fait pour le développement des richesses de la musique instrumentale que les productions de plusieurs centaines d'autres artistes qui l'avaient précédé. Sa pensée ne se pique pas d'une originalité recherchée : elle paraît même quelquefois d'une simplicité trop nue au premier aspect; mais bientôt on reconnaît qu'elle a été conçue avec des développements qui en font une grande et belle chose. La lucidité y brille partout, et l'art le plus parfait se manifeste dans toutes les transformations de cette pensée, si simple en appa-
rence, ainsi que dans leur enchaînement. Toujours abondant, sans être jamais diffus, Haydn a mieux connu que qui que ce soit les proportions convenables d'un morceau en raison de la nature du thème; jamais il ne laisse désirer quelque chose; jamais il ne fait regretter qu'il n'ait pas fini plus tôt. Pour bien comprendre le mérite des symphonies et des quatuors de ce grand artiste, il faut savoir ce que ce genre de composition avait été entre les mains de ses devanciers ou des contemporains de sa jeunesse; il faut avoir examiné avec attention les quatuors et les symphonies d'Agrell, d'Aspelmaier, de Croener, de Filz, de Harrer, de Hertel, de Léopold Hoffmann (devienne), de Scheibe, de Seiffert, de Werner, de Zach et d'autres. Bien que non dépourvus de mérite, les ouvrages de ces musiciens semblent être tous jetés dans le même moule ; ce sont toujours les mêmes formes, les mêmes dispositions, le même ordre dans le retour des idées, et les thèmes même ont tant d'analogie, qu'il est à peu près impossible de distinguer le style de l'un de celui de l'autre. Un compositeur italien, nommé Sammartini, paraît seul avoir exercé quelque influence sur la direction des idées de Haydn, dans sa jeunesse. Celui-là était un homme de génie, mais il était si peu soigneux de sa gloire, il y avait tant de hâte dans sa manière d'écrire, il a produit une si grande quantité de symphonies, de quatuors, de trios et de compositions de tout genre qu'il n'a pu qu'en ébaucher la facture, et qu'il n'a pas tiré de ses heureuses facultés le fruit qu'on aurait pu en attendre : le nombre de ses ouvrages surpasse deux mille. Haydn avait entendu les symphonies de Sammartini dans sa jeunesse, et avait été frappé de l'élégance des idées qui y sont répandues à profusion, ainsi que de la clarté du style. Il y a lieu de croire qu'il les prit d'abord pour modèles; mais bientôt son génie s'éleva plus haut, et le cachet de son individualité s'imprima si bien à tout ce qui sortit de sa main, qu'on oublia son point de départ. Ses premières sonates de piano, ses premiers trios, ses premiers quatuors, ses premières symphonies ont peu d'étendue, mais on aperçoit déjà un plan complet, une grande netteté de pensée, enfin une rare élégance de formes. Vient ensuite un curieux et intéressant spectacle ; celui de l'agrandissement progessif des idées de l'artiste, qui l'a conduit par degrés aux douze grandes symphonies de Londres, et ses cinquante derniers quatuors, modèles admirables de conception et de facture.
Dans la musique instrumentale, les compositions de Haydn brillent de je ne sais quel sentiment pur, vrai, naturel, qui ne se trouve point ailleurs. Mozart est plus passionné, plus entraînant; Beethoven a plus de fougue, plus d'énergie, plus de fantaisie ; mais personne n'a ce caractère doux et tranquille, cette facilité d'énonciation, ce cachet d'une âme pure, qui se manifestent dans les œuvres de ce grand homme. Nonobstant les transformations que l'art a déjà subies et qui l'attendent encore, les productions de Haydn resteront toujours aux yeux des connaisseurs comme des types d'un genre de beautés impérissables. Malheur à l'artiste qui demeurerait insensible à ces beautés séduit par des formes plus nouvelles ! celui-là serait sans nul doute un homme borné dans ses facultés de sentir et de juger. De tels œuvres ne sont destinées à vieillir que pour l'ignorance et la prévention.
Haydn a écrit pour le théâtre huit opéras allemands et quatorze opéras italiens : la nature ne l'avait pas créé pour s'élever dans ce genre de composition à la hauteur où il est parvenu dans la musique instrumentale. Ses mélodies ne manquent ni de grâce ni de suavité, mais le sentiment dramatique y est faible, et tout démontre, même dans ses meilleurs opéras, qu'il n'entrait qu'avec difficulté dans l'esprit de la scène.
Dans la musique d'église, Haydn ne s'est élevé au-dessus de ses contemporains que par les détails de la facture et l'agrément des mélodies; quant au style général de ce genre de compositions, il n'y a point porté de grandes vues, pour l'approprier à son objet et le rendre digne de la majesté de l'église. Le caractère religieux y manque; non que Haydn, dont l'âme était pieuse, n'ait eu l'intention de l'y mettre; mais tout ce qu'il avait entendu et exécuté lui-même, depuis son enfance, était composé dans un système uniforme, où le caractère de la musique mondaine était admis. Il a suivi la route qui lui était tracée, au lieu de s'en frayer une nouvelle.
Dans ses oratorios et ses cantates, il s'est acquis une juste célébrité, quoiqu'il soit resté inférieur à Haendel
dans les chœurs sous le rapport de l'élévation des idées et de la grandeur du style. La Création du monde est ce qu'il a fait de mieux en ce genre, elle renferme des beautés de premier ordre.
La fécondité de Haydn ne peut s'expliquer que par l'assiduité régulière au travail qu'il a conservée toute sa vie, comme on l'a vu précédemment. Le nombre de ses ouvrages est si considérable, qu'il n'en avait pas conservé lui-même un souvenir exact dans sa vieillesse. La liste qu'il en a remise à Carpani pour ses mémoires renferme 118 symphonies, 165 morceaux pour le baryton, avec deux violons, alto et basse; 56 divertissements, sextuors et quintettes, pour divers instruments; 13 concertos, 19 messes, 4 offertoires, 1 Te Deum, 1 Stabat mater, 6 motets et chœurs d'église, 83 quatuors pour des instruments à archet, plusieurs œuvres de trios pour deux violons et violoncelle, ou violon,, alto et basse; 44 sonates de piano avec ou sans accompagnement, 4 concertos pour orgue et pour clavecin, 12 divertissements, caprices et fantaisies pour piano; 4 oratorios, 13 cantates à trois et quatre voix, 8 opéras allemands, 14 opéras italiens, 42 allemandes, quelques chansons italiennes et duos pour le chant; 39 canons à plusieurs voix, plusieurs chœurs, dont un célèbre intitulé la Tempête; 32 danses et menuets pour l'orchestre, 24 chansons et ballades anglaises, 366 chansons écossaises arrangées avec accompagnement d'orchestre ou de piano; 1 ouverture détachée pour le théâtre de Covent-Garden, à Londres, et quelques petites compositions de différents genres. En totalité, environ huit cents compositions, grandes et petites. Il est à observer que dans le nombre de cent dix-huit symphonies Haydn comptait des pièces à petit orchestre, telles que sérénades, parlhien, caprices et fantaisies.
F.-J. FÉTIS
Haydn and the Piano Sonata
By KATHLEEN DALE
The first of three récitals of Haydn's piano sonafas will be broadcast in the Third Programme at 6.20 p.m. on Monday, July 18
HAYDN wrote his long séries of sonatas over a period of more than thirty years, during which time the harpsichord was rapidly being superseded by the piano. His first essays, dating from the early seventeén-sixties, were small-scale compositions which he wrote for his harpsichord pupils and which he entitled partita, divertimento, or sonatina. Most of them are composed in one key throughout, in the manner of the suite, and they consist of varying numbers of short movements. The keyboard writing is predominantly crisp and neat, and only towards the end of this opening section of Haydn's output do the Works give évidence of having been conceived for the piano rather than for the harpsichord.
With the composition in c. 1770 and 1771 of the Sonatas in A flat major and C minor (Nos. 46 and 20 of th'e collected édition), Haydn suddenly entered on a new phase in his writing for the keyboard. Thèse startlingly beautiful works were not published until some years later, the C minor first, in 1780. It was his first sonata in the minor mode and the first he issued ' for harpsichord or piano '. The two sonatas are the earliest of Haydn's which are familiar today. They form an excellent introduction to his sonatas in gênerai, not onry on account of their intrinsic beauty as music, but because they reflect some of the influences that went to the forming of his distinctive style.
Haydn was most deeply indebted to Cari Philipp Emanuel Bach, the originator of the piano sonata, whose works in this médium were his principal inspiration from the very beginning. In the first movement of the C minor Sonata several traces of C. P. E. Bach's manner may be observed: the sonority of the pianistic texture, the quasi recitativo interpolations, the dramatic pauses and the elaborate ornamenîing of the mélodie line. The deft fingerwork and the cadenza-like passages in the two finales seem to dérive from Domenico Scarlatti. The respective central movements, a contemplative Adagio and an exquisitely tranquil Andante, may look back to J. S. Bach in respect of their smooth twoand three-part writing, but in poignancy of utterance they certainly look forward to Mozart — to such a movement, for instance, as the Adagio of his Sonata in F major, K.533.
The period during which Haydn and Mozart composed their piano sonatas overlapped for about fifteen years (between 1774 and 1789), but in point of formai planning the two séries présent a striking contrast. With one exception, Mozart's eighteen sonatas are composed in three
separate movements, as are the great majority of Haydn's. But nine of Haydn's are in two movements, and two are in four. In seven of his sonatas an incomplète movement leads without a break into the next, and in one (No. 30), the three movements run on continuously. Haydn also used a proportionately larger number of différent kinds of form for individual movements than did Mozart. Among them may be found the tempo di minuetto, several varieties of rondo with and without variations, sets of continuous variations (Nos. 27 and 28), a movement in twopart canon at the octave (No. 25), and a minuetand-trio al rovescio (No. 26), in which each musical sentence is played first from left to right and then ' in reverse ' from right to left. Haydn often arranged the movements in unusual succession, beginning a sonata with the slow movement (No. 48), or with a rondo (No. 39), or with a set of variations on thèmes alternately in the major or minor mode (No. 40). Several of his sonatas in two movements are noteworthy for the satisfying balance which is maintained between the pair of movements by means either of unity or of acute contrast in style and mood. Perhaps the most remarkable of thèse sonatas is the D major (No. 51). In each movement, éléments of sonata form and rondo are blended into a différent type of whole structure, but despite the similarity of their tripartite outline, the movements are profoundly unlike in expressive character. The leisurely andante con moto, which might hâve been written by Schubert, is succeeded by a wildly daemonic presto in truly Beethovenian style.
Haydn did not immediately follow up the composition of the Sonatas in A flat major and C minor with others comparable to them in intensity of expression. Instead, he wrote a set of six sonatas, alternately décorative and scholarly in style, which he dedicated to his patron Prince Nicholas Esterhâzy in 1773. They contain many contrapuntal ingenuities and some effective piano writing, but are altogether lighter in calibre than their two predecessors and cannot vie with them in harmonie daring. Of the next set of six, composed between 1774-76, the last and finest, No. 32 in B minor, is distinguished by the sombre colouring of the opening Allegro and the recklessly argumentative character of the Presto finale. Two single sonatas, one the well-known E minor (No. 34), followed in 1777-78; then five, including the ever-popular D major (No. 37), dedicated to the two sisters von Auenbrugger in 1779-80, and the three twomovement sonatas dedicated to Princess Marie Esterhâzy in 1784.
Among the remaining sonatas, which date from 1785 to c. 1794, are some of the greatest and best known of ail: the G minor (No. 44), the ' English ' Sonata in C (No. 50), the Sonata in E flat (No. 49) dedicated to Marianne von Genzinger, which contains one of Haydn's most expansive and finely wrought first movements, the two-movement Sonata in D (No. 51) already mentioned earlier, and the ' great ' Sonata in E flat (No. 52), Haydn's undoubted masterpiece in the sphère of piano music.
The blending of intellectual planning with poetical treatment of musical ideas characterises a large proportion of the sonatas. Even those movements which at a first hearing sound artless or superficial are found on closer study to reveal unsuspected subtleties. For pianists, one of the chief attractions of the whole séries is the immense variety of the styles of keyboard writing. Some individual movements, such as the adagios of Nos. 6 and 21, are typical of the early eighteenth century in their élégance and symmetry; others display the spontaneity of folk music, especially the irrépressible presto rondo of No. 48 in C major which evokes the spirit of the Slavonic kolo or chain-dance. Some movements are dominated by a Leitmotiv, as is the finale of the ' English ' Sonata; some are distinguished by transparently pure partwriting {andante of No. 22), or by quick-witted canonic imitations (finales of Nos. 32, 41 and 42). A few movements are poetic tone-poems: the short linking largo e sostenuto of the D major Sonata (No. 37), full of mystery and foreboding, like the adagio molto of Beethoven's ' Waldstein ' Sonata; and above ail, the adagio of the ' great ' Sonata in E flat, a pièce of music indefinably visionary in quality.
In complète contrast are the tempo di minuetto movements with graceful, rhythmic tunes which haunt the ear for hours on end. A suprême example is the finale of No. 22 in E major, one of the 'Esterhâzy' Sonatas of 1773. Some of the minuets-and-trios, too, possess singular fascination in being composed of phrases irregular in their bar lengths (No. 6 in G), or in comprising an unbroken succession of syncopated beats (trio of No. 12 in A).
When Haydn paid his first visit to London in 1791, Dr. Burney welcomed him with a set of Verses on his Arrivai. ' Is there an Artist of the présent day ', he wrote, ,' Untaught by thee to think as well as play? ' More than 160 years later there is still much food for thought in the piano sonatas, and infinité enjoyment for players and listeners who are well acquainted with them.