‹ Le trésor des pianistesChapitre 23 sur 33 · FI^E · texte numérisé non relu

FI^E

T ij. P. (5) B.

NOTICE BIOGUAPHIQUE

SCARLATTI (Domenico) naquit à Naples en 1683; il commença l'étude de la musique sous la direction de son père, le célèbre Alexandre Scarlatti; puis il se rendit à Rome, où il passa sous la discipline de Francesco Gasparini , pour le contre-point. On croit qu'il reçut aussi des leçons de clavecin de Bernardo Pasquini. Quoi qu'il en soit, il devint le plus grand claveciniste de l'Italie, et l'un des plus habiles de l'Europe dans la première moitié du dix-huitième siècle. On ignore les événements de sa jeunesse ; on sait seulement qu'en 1709 il se trouvait à Venise , lorsque Haendel visita cette ville et fît jouer son Agrippma au théâtre San-Giovanni-Crisostomo.

En 1704, Scarlatti, ayant à peine atteint son quatrième lustre, écrivit, en société avec PoUaroli, la musique du drame intitulé Irène, qui fut représenté à Naples au théâtre S. Bartolomeo"; en 1710, il composa à Rome, pour le théâtre particulier de la reine veuve de Pologne, Marie-Casimire , un drame pastoral intitulé : la Silvia **; en 1711, il donna, sur le même théâtre, l'Orlando, ovvero la Gelosa Pazzia (1); et Tolomeo et Alessandro ovvero la Corona disprezzata* ; en 1712, Tetide in Sciro*^ à Rome, même théâtre; en 1713, Ifigenia inAulide*, idem, idem; en 1713, Ifigenia in Tauri*, idem, idem; en 1714, Amor d'un' Ombra e Gelosia d'un' aura **, le titre du libretto porte : da rappresentarsi nel teatro domestico de la Maestà di Maria Casimira, di Polonia, musica di Domenico Scarlatti, maestro di cappella di Sua Maeslà ; en la même année, il Narciso{2), idem, idem; en 1715, l'Ambleto*, idem, théâtre Capranica; en 1718, Telemaco {3^), idem, idem; en la même année, il donna, en société avec Porpora, Bérénice regina d'Egitto *.

Je dois à mon savant ami , M. Gaspari , bibliothécaire du lycée communal de Bologne, les renseignements relatifs aux opéras dont les libretti marqués d'un astérisque se trouvent dans la fameuse bibliothèque qui fut jadis celle du père Martini. Quelques morceaux tirés de Tetide in Sciro et à'Amhleto existent en anciennes copies dans la bibliothèque de M. Adrien de Lafage. Dans une de ses lettres, M. Gaspari, répondant à mes questions relatives à Dominique Scarlatti , s'exprime ainsi : « Nous avons de ce maître, au Lycée, un Slabat Mater à 10 voix avec basse continue, qui, seul, suffirait pour le placer au rang des plus savants contrepointistes, tant il est riche de science. Si, dans ses sonates , Scarlatti sommeillait quelquefois, il savait fort bien se réveiller lorsqu'il voulait montrer la profondeur de sa doctrine. »

Scarlatti avait la passion du jeu : ayant dissipé ce qu'il devait à son talent et à la munificence royale, il laissa sa famille dans le dénûment, mais elle fut secourue plusieurs fois par le célèbre chanteur Farinello , qui avait été l'ami du grand claveciniste (4).

* Le libretto se trouve à la Bibliothèque du Lycée communal, à Bologne. '* Le libretto se trouve à la Bibliothèque impériale, à Paris.

(1) Allacci, Drammaturgia , col. 581.

(2) Un air de cet opéra se trouve en ancienne copie italienne dans la bibliothèque de M. Adrien de Lafage, à Paris.

(3) Idem, idem.

(4) Giovenale Sacchi, Vita del cavalière Don Carlo Broschi [dette il Farinello]. — Venise, 1784 , petit in-4% pag. 29, 30.

Le 1" janvier 1715, il avait succédé à Tommaso Bai, en qualité de maître de chapelle de Saint- Pierre du Vatican; mais il ne garda cette position que jusqu'au mois d'août 1719, ayant été appelé à Londres pour tenir le clavecin au théâtre italien. Il donna à ce théâtre son Narciso , qui fut représenté le 30 mai 1720. Il est évident, d'après ce qu'on a lu ci-dessus , que Scarlatti n'écrivit point cet ouvrage expressément pour le théâtre italien de Londres, comme l'ont cru quelques biographes. Pendant son séjour dans la capitale de l'Angleterre, il composa des cantates dont le mérite était assez grand pour qu'on les comparât à celles de son père. 11 composa aussi pour l'Église. M. Fétis possède une messe à quatre voix et basse continue pour l'orgue qui porte son nom; elle est datée de Rome, 1712. L'abbé Santini avait dans sa collection les ouvrages suivants : un Salve Regina, pour voix de soprano , deux violons , viole et basse ; un Stabat Mater à dix (manuscrit original); un Magnificat à quatre, et une cantate avec instruments « Care pupille, « pour voix de soprano (1).

En 1721^ Scarlatti se rendit à Lisbonne, oîi le roi Jean V, charmé de son talent, l'attacha à son service, lui accorda de grands avantages et lui confia l'éducation de sa fille. Lorsque cette princesse épousa Ferdinand, prince des Asturies , le roi Jean voulut que le professeur suivît son élève à Madrid.

Vers 1725 , Scarlatti retourna à Naples pour voir son père , qui mourut dans la même année. Ce fut alors que Hasse l'entendit et fut tellement émerveillé de son talent que , cinquante ans après , il en parlait encore avec enthousiasme.

En 1729, Scarlatti se rendit de nouveau à Madrid, où il avait été appelé pour continuer ses leçons à la princesse des Asturies. Devenu roi en 1746, Ferdinand continua de garder à son service le grand claveciniste, et , tous les soirs , il faisait de la musique dans la chambre de la reine. A la mort de cette princesse , en 1754, Scarlatti, qui avait été nommé chevalier de Saint-Jacques, reçut une pension de la cour et continua de résider à Madrid, où il mourut en 1757 (2).

Dominique Scarlatti a composé une prodigieuse quantité de pièces pour le clavecin, qui peut-être s'élèverait à plus de quatre cents, si l'on connaissait tout ce qu'il a écrit en ce genre. M. Fétis dit que l'abbé Santini, à Rome, en possédait trois cent quarante-neuf, et qu'il n'avait pas tout. La collection la plus nombreuse publiée jusqu'à ce jour est celle qu'a donnée , il y a environ dix ans , Charles Czerny, et qui a paru chez Hashnger, à Vienne. Cette collection contient deux cents pièces ; elle a été reproduite à Paris par l'éditeur Launer (Girod). Je compte faire graver toutes celles qui, plus ou moins, nous ont paru intéressantes, et le choix que j'ai fait ne s'élève pas à moins de cent trente. — J'ai trouvé vingt-trois pièces inédites dans un manuscrit copié en Espagne pour le D'' John Vorgan et qui fait aujourd'hui partie de la riche bibliothèque musicale du D' Rimbault. Ce savant , dont les vastes connaissances font honneur à l'Angleterre , m'a gracieusement offert la communication du précieux volume , en m'autorisant à publier tout ce qui ne l'avait pas encore été.

Je possède moi-même l'édition originale du premier livre de pièces de clavecin publié par Dominique Scarlatti. Ce volume, rare et précieux, est de format in-folio m° oblong; il est de cent dix pages numérotées et contient trente pièces. On trouve au verso du premier feuillet une gravure allégorique d'Amiconi ; puis vient le titre suivant :

Esscrcizi (sic) par gravicembalo di Don Domenico Scarlatti , cavaliero di San Giacomo e Maestro de (sic) serenissimi principe e principessa délie Asturie , etc.

(1) Wladirair Stassoff , l'Abbé Santini et ses collections.

(2) Bertini, qui, ainsi que les autres biographes, le fait naître en 1683, dit qu'il vivait encore en 1757, et qu'il brillait à la cour de Madrid comme grand claveciniste et grand compositeur. M. Angelo Catelani , maître de chapelle à Modène, en me communiquant cette observation ajoute ces paroles : « Il faut conclure que les dates feront éternellement le tourment des biographes intelligents et amis de l'exactitude. "

Après une longue dédicace, en italien, à Jean V, roi de Portugal, on trouve un Avis au lecteur : il prouve que c'est la première publication de pièces de clavecin de Scarlatti. Je reproduis ici cet Avis , parce qu'il est court et qu'il est un témoignage de la modestie du grand artiste.

« Lettore , Non aspettarti , o dilettante o professor che tu sia , in questi componimenti , il profonde « intendimento , ma bensi lo scherzo ingegnoso dell' arte per addestrarti alla franchezza sul gravicembalo . « Ne viste d'intéressé, ne mire d'ambizione , ma ubbidienza mossemi a pubblicarli. Forse ti saranno « aggradevoli, e più volontieri allora ubbidirô ad altri comandi di compiacerti in più facile e variato stile. « Mostrati dunque più umano, che critico, e si accrescerai le proprie dilettazioni. Vivi fehce. »

Burney dit (1) que ce premier livre de Scarlatti a été pubUé à Venise. Pour ce qui est des pièces autres que les trente contenues dans ce volume, je n'en connais pas les éditions originales. Je possède deux livres pubhés à Londres chez B. Cooke, par Thomas Roseingrave ; ils ont dû paraître vers 1730, ou, au plus tard, en 1735; car, en 1737, Roseingrave perdit la raison, et l'on fut obhgé de le remplacer comme organiste à l'éghse Saint-Georges de Hano ver-Square. Ce qui me fait pencher pour une date rapprochée de 1737 et m'empêche de regarder cette édition comme originale, c'est qu'on y trouve dix-sept pièces contenues dans le volume qu'on croit imprimé à Venise, et que Roseingrave dit lui-même , dans une note placée audessous du titre, que son recueil contient quatorze pièces qui ne sont dans aucune des autres éditions. Je possède enfin deux Hvres , publiés à Paris dans la seconde moitié du siècle dernier. M"" Farrenc s'est servie utilement de l'édition originale, contenant trente pièces ; de celle donnée par Roseingrave , ami de Scarlatti , et du précieux manuscrit du D' Rimbault, pour corriger quelques erreurs dans les pièces publiées par Czerny. Burney, dans le 2° volume de son Voyage (p. 216), rapporte ce que disait souvent Scarlatti à un de ses amis, « qu'il n'ignorait pas d'avoir enfreint les règles dans ses sonates. » Il demandait si les écarts dans lesquels il était tombé offensaient l'oreille, et, sur la réponse négative qu'on faisait, il ajoutait « qu'il n'y avait guère d'autre règle digne de l'attention d'un homme de génie ^ que celle de ne point déplaire au seul sens dont la musique est l'objet. » — A cela on peut répondre que , par la raison même que la musique de Dominique Scarlatti dénote un musicien très-instruit; que son harmonie a souvent de la nouveauté et certaines hardiesses qui lui font devancer son époque , on est surpris d'y trouver quelques duretés et surtout des successions qu'aurait dû repousser, chez un profond musicien , cet organe, qui , selon son propre aveu, doit être le souverain juge en matière d'harmonie. Malgré cette critique, que pourront faire tous les musiciens instruits et dont l'oreille est délicate, on ne peut considérer ces irrégularités que comme des taches dans des œuvres d'un grand mérite.

Les compositions de D. Scarlatti sont d'un caractère tout à fait différent de celles des autres auteurs de son temps ; la plupart sont très-animées , et les idées qu'elles contiennent ont conservé une grande fraîcheur. Bien exécutées, elles ont un brillant propre à faire valoir le virtuose, et une verve entraînante. Nous nous étonnons que, depuis plus d'un demi-siècle, les pianistes aient laissé dans l'oubli un si grand nombre de pièces aussi originales, dans lesquelles la vivacité n'exclut pourtant pas le pathétique et l'expression, comme on en jugera par les n"" 9, Allemande; 13, Allegro, que nous pensons devoir être très-modéré; 26 , en fa mineur. Les pièces les plus étendues de ce compositeur nous donnent déjà à peu près des modèles de premiers morceaux ou finales de sonates ; on y trouve , dans les secondes reprises , des modulations trèsneuves et des motifs très-heureusement reproduits , quoique moins développés que dans les sonates qui ont été faites depuis. En somme, les pièces de Dominique Scarlatti marquent une époque de progrès dans l'exécution et dans la composition instrumentale.

(1) Voyages, tom. 1, pag. I74-17S de la traduction française.

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CLAVECIN

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