SCÈNE II
Les Prêc£de!is, RIDGER.
RiDGEB. Oui, mes amis, c’est moi... il paraît que vous ne m’attendiez pas ?
CHABLES. Vous, en parlementaire?
BIDCBR , sortant du panier. Laissez-moi toucher le plancher et je vous répondrai après.
raÉDÉRic. Ah! monsieur Ridger, que j’ai de plaisir à vous voir au milieu de nous.
CHABLES. Est r ce que vous n’aviez pas peur en montant?
BiDCER. Ah ! bien oui... je pensais bien
h autre chose Quand j’ai quitté le sol
de ma petite église pour venir vous rejoindre, je n’avais plus la tète h moi... je rêvais tout éveillé .
Aie : f’o. maris en Palestine.
Enfans , éroutea nioo rive ,
Il ut du plu. curieiivt..
D'abord, je Mus qu'oD m'enlèTe, de deviens tout radieux!...
Je crujait monter aux cieux!
J’ciitendau tous les archanges,
Dans ces hautes régions ,
Applaudir h mes sermons...
J étais au séjour des angu,
Tiansporté par trois démons! (ter.)
CB ARLES, sourûuit. Au fait, ça ressemble h ça !
BIDCER. Je viens auprès de vous, mes jeunes étourdis, pour vous engager i finir celte petite guerre le plus promptement possible.
FRÉDÉRIC. Ah !... et à quelles conditions?
RIDGER. Comment , A quelles conditions.
cuARLEs. Il a raison, il nous faut des garanties.
RIDGER. Vous n'y pensez pas Com-
ment, vous vous emparez de mon petit clocher, vous en faites une citadelle, un
retranchement, et un samedi encore !
songez donc que c'est demain (Ste, si vous tenez jusque - là , nous ne pourrons pas sonner l'office.
CHARLES. Si nous tenons jusque-là!
Dieu merci! la garnison est bien portante, et malgré les vives attaques de votre infanterie villageoise, nous sommes encore au grand complet.
RIDGER , à part. Je le crois bien. Us ne tirent qu'à poudre.
FRÉDÉRIC. Nous avons pour nous notre bon droit.
RIDGER. Vous croyez?... je le reuE bien , malgré ça, vous êtes des andacieui, car enfin, relégués ici tous les trois, à stiixanic pieds de terre, on peut vous prendre par la famine.
CHARLES. Comment , vous croyez que riiitenlioii des assiégeaiis?...
RIDGER. L’intention des asslégeans, que je connais parfaitement, puisqu’ils ont bien voulu me consulter avant de prendre uii parti , est d'employer ce dernier moyen pour vous obliger à vous rendre... mais comme j'ai pensé qu’à vingt ans on avait bon appétit, j'ai pris sur moi ces trois petits pains que j’apporte à mes amis... mes ennemis.
11 tir« trois paitu de sa pocha droite et les distrihie.
FRÉDÉRIC. Comment, vrai?... ab ! que vous êtes bon !
RIDGER. Vous concevez qu'en vous privant de toute espèce de nourriture ils penseut judicieusement qu'ils pourroul en finie plus vite avec vous... mais comme j'ai réfléchi que du pain sec serait un triste régal pour vous, j'ai jugé à propos d’y joindre ce petit pâté...
TOUS TROIS. Un pâté!...
RIDGER. Auquel je n'ai pas touche, vu qu’hier c’était un jour maigre... mais dans votre position, et dans un clocher, on est moins scrupuleux sur les commandemens de l’Eglise.
11 tire un pJlé de sa poche gauche.
CHARLES. C’est délicieux !
RIDGER. Ils m’ont demandé mon avis, je n’ai pas balancé à leur répondre : Oui, leur ai-je dit, votre plan de campagne me semble admirable et parfaitemeni conçu...
On ne peut pas tenir contre la faim, et rien ne résiste à la soif... (Se retournant.) .l'ai caché l.i, dans ce grand panier, deux bouleillesd’un excrllcnl vin, dont vous me direz de bonnes nouvelles.
CHARLES. Deux bouteilIcs!
RiooER. Oui, j’en reçois trois par semaine de mes paroissiens pour le service de l’autel. ^
CHARLES. El vous n’cn gardez qu’une !
RIDCEE.
Air: Femmes , vouUs-vous éprouver, lA>rSque je paitage mon vin Avec vous , itia joie est complète J Je préviendrai le sacrivUtn ,
D'en mettre moins deos ma bnrette.
Je MÎi remplir mon devoir en tout lieu ; Buvee , man^ex , i^uoi qu’il arrive , J’arromplirai la loi de ])ieu :
11 faut que tout le moiiile vive! (6/s.)
CBAKLES, muniront un petit tonneuu. Nous ne demaniloDS pas mieux, et ce petit baril, que nous avons trouvé en arrivant ici, nous aurait fait prendre patience s’il eût été plein, car il sent diablement l’eau-devie.
rEKDMfaBD. Oui, mais il était vide.
FBéDÉKic, Je gagerais que c’est le sonneur qui l'a mis à sec.
CHABLES, montrant le curé. Ne l'oublions pas, messieurs, voilà notre sauveur, notre ange tutélaire !
FERDiüA.VD. Nous lui dcvons la vie !
raéDÉRic. Noos lui devons l’existence !
CHARLES. C’est absolument la même chose... Ah monsieur le curé, je ne puis vous peindre tout ce que je ressens, ce pâté, ces bouteilles de vlu, tout enfin, tout vous donne des droits à notre éternelle reconnaissance.,. Que nous sortions d’ici avec les honneurs de la guerre, et nous faisons chauter dans votre église un
Te Deum à la gloire du bon pasteur
Avez-vous chanté quelquefois le Te Deum dans ce pays ?
atncEB. Le Te Deum ne se chante que quand notre bien-aimé roi de Bavière va à l’armée et remporte ime victoire, c’est ce qui fait que nous ne l'avons jamais chanté.
CHAELES. Eh bien ! on l’entendra avant peu, pour la rareté du fait .. Mais parlons du plus pressé ; vous êtes monté jusqu'à nous pour traiter de la reddition de cette place, et transmettre nos volontés à M. le major... le choix d'un tel plénipotentiaire doit nous amener à faire quelques concessions à l’ennemi... vous allez donc écrire nos conventions, ensuite nous vous redescendrons dans votre panier.
EIDGER. Du tout; cette foi je prendrai ce petit passage ( il montre la porte à gauche ) dont je porte toujours une seconde clef sur moi... Je me suis bien gardé de le dire en bas, on s'en serait servi pour venir vous surprendre.
FEaniHAao, à Charles. Dis donc, pour écrire, il faut du papier.
CHARLES. C'est vrai, nous en manquons.
FRènÉRic. Tenez, voilà mon carnet. ( Il iireun petit porte;leuiile desa poche.) Justement, celui-là pourra nous servir... (// lui donne un papier plié en deux , qui se trouve dans son portefeuille. ) Tenez, monsieur i lUdger, prençz aussi ce crayon. |
RiDCER , souriant. C’est charmant, {e vais écrire nn protocole dans mon clocher.
il va t’asseoir sur le tonneau.
CBARLZs, dictant. » Article premier. Il » y aura, à compter du jour de l'échange » des ratifications du présent traité, paix » et amitié entre MM. Charles, Ferdinand « et Frédéric, surnommés le Triolet bleuy » formant toute la garnison du clocher de X Sleclel, et M. le major, commandant la » citadelle de Zizendorf. >
RIDCER, à part. Il parle comme un général en chef, (//uuf.l Accordé.
CHARLES, continuant. ■> Article deux. Les » troupes de M. le major, composées en » partie des habitans de la campagne , se » retireront à l’instant même dans leurs » champs respectifs, pour s’y occuper de » leurs travaux agricoles. »
RIDCER, à part. Cest le conseil que je leur avais déjà donné... {Haut.) Accordé.
CHARLES. « Article trois. Comme on » château fort ne peut guère se passer » de prisonniers, et que M. le major a le » droit de réclamer au moins un... nous » arrêtons par le présent que le garde » champêtre , qui a été chercher la pièce O de canon, occupera, dès aujourd'hui la » place de Frédéric, dans la prison de la » citadelle de Zizendorlf. » (A Frédéric. ) Comment trouves-tu cet article-là?
FRÉDÉRIC. Il inc parait juste.
CHARLES. Sans doute, il faut récompenser le courage.
RIDCER. Nous allons trop loin, mes pouvoirs ne s'étendent pas jusque-là...
CHARLES. Nous y tenons...
RIDCER. Allons, je lâcherai d’arranger ça.
CHARLES. « Article quatrième. »
RIDCER, répétant, en retournant la page, n Article quatrième... » attendez donc,...
jcn’aiplusdc place, il faut que je retourne la feuille... voilà quelque chose d’écrit sur cette page... ( Lisant bas. ) Firtus, sola nobilitas. Ah I mon Dieu !
FERDIXA.ND, Oii’est-cc qiic c’est?
RIDCER , se levant A qui appartient ce papier?
FRÉDÉRIC. A moi, monsieur Ridgcr.
RIDCER. Qoeviens-jede lire !.. comment, il serait possible!..
CHARLES. Eh bien ! qu’est-ce qui vous prend donc ?
RIDCER. Mes bons amis!., mon cher Frédéric!., je vous dirai bien... mais non... je vous quitte... il faut que j’éclaircisse sur-le-champ...
CBiAXK. EclâiVcir qnoî, monsieur le
CBrt?
RfOGBB. Von« le saurez Lienidt !.. si c*é tau lui!., grand Dieu!., allons bien vile dans ma sacristie m'assurer du fait,
Quaribs, CarrétQut., Un moment, )'ai encore trois articles à vous dicter.
RiDGER. 11 est bien question d'articles , maiuicnaot.
CHARLES. Mais écoiilcz-moi.
BiDcsR. Je n écoule plus rien.
Air; Allons , viens au bal. ( L’OrphelirI.)
Je enun de ce pM.
Afin d'éclairnr ce in^'^t^re!
Je n'en reviens pail Mais, «ieveiu eus, je dois me taire.
ClIARLes.
Le succès Nous restere...
RTDOBR.
...Oui , car j’espère Terminer la guerre Avec on bun traité de pais.
W A Je cours de ce pas , etc.
gg I Lfi IRIOLST.
S / 11 court de ce pas ,
bi jDii-ll, éclalrrir ce mystère;
I Je n'en reviens pas:
{J \DevaQi noos, pouiqooidonc se taire!
( Ridecr sort par U pcliie porte è gaoche , en rouvrant avec une clef qu\l lire de sa poche.)