ACTE PREMIER. i
Qui restera tantôt pour les ensevelir :
Si les jeunes s'en vont, à quoi sert de vieillir :
Ils ont eu tort...
ANGELICA
Sans doute : au moins leur destinée A ne servir de rien ne fût pas condamnée. Si lugubre que soit leur sort, si plein d*horreur, Il fit Vérone heureuse, et c'est un grand honneur. Le nom de Romeo fleurit dans la légende, Et Juliette en pleurs embaume la lavande : Son nom préside encor aux histoires d'amour ; Sa mère fut heureuse en lui donnant le jour. Ah! que la mort pour moi soit plus terrible encore! Vienne, vienne le jour que j'attends, que j'implore, Où je réunirai, dans un effort béni, Tous les Montanini, tous les Salimbeni !
Tais-toi, femme, tais-toi! par le ciel, tu divagues! Les cerfs boiront la mer à la crête des vagues, Les aigles couveront dans nos fermes, les loups Garderont les moutons dociles, les hiboux Se plairont au logis avec les tourterelles Avant que l'amitié ne succède aux querelles,
Et la main que voilà — main d'un Montanini —
Ne tombe dans la main d'un vil Salimbeni!
Par Jupiter Tonnant et le ventre du Pape !
As-tu donc oublié notre histoire? Elle sape
Tout accord entre nous, entre nos deux maisons,
Et nos haines, vrai Dieu! n'ont que trop de raisons.
Ne te souvient-il pas de la furie ancienne?
Tant de meurtres, de sang, d'échafauds à Sienne!
Mon père Nicolo décapité, son nom
Rayé du livre d'or d'où nous vient le renom.
Tous nos amis chassés, proscrits, portant leurs têtes
Comme un tribut d'honneur sur les billots en fêtes...
Voilà des souvenirs qu'on ne peut oublier.
Ils feraient d'un proscrit — que sais-je i un meurtrier!
Ne me parle jamais de ces gens-là. La honte
Avec le sang me monte au front. C'est dit : j'y compte.
Hélas!
Pourquoi gémir, et que regrettes-tu?
N'avons-nous pas ici l'honneur et la vertu, L'humble condition de citoyens honnêtes, La liberté.'' Dis-moi, regrettes-tu les fêtes,