‹ Le triomphe de l'amour, drame en trois actes et en versChapitre 85 sur 91 · ACTE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III. i

Dans le sein de la ville et de la République.

Au nom seul du danger de la chose publique,

J'ai convoqué le peuple et je l'ai harangué.

Les sept arts libéraux, dont je suis délégué,

Et les ordres mineurs, ont juré de me suivre ;

La bourgeoisie était gagnée, elle était ivre

De mes discours. J'avais pour moi les Ciompi,

Et par les Ciompi tout le peuple assoupi.

La Seigneurie était perplexe : nos affaires

La tenaient divisée en deux partis contraires;

Les uns voulaient la guerre, et les autres la paix;

Un certain nombre étaient achetés — des bienfaits!

Les banquiers ont voté pour moi, comme confrères,

Et le gonfalonier, le meilleur des compères,

Avant qu'on eût voté soudoyait les soldats,

Convoquait la milice assemblée aux états.

Le trésor, disait-on, était tout à fait vide,

Et le condottiere en chef, un homme avide,

Comme ils sont tous. Allons, vite, les grands moyens!

On ne résiste pas longtemps quand j'interviens;

J'offre dix mille écus... j'offre en outre cent lances

Et deux mille Allemands payés sur mes finances.

Je tire sur Venise et Gênes — cas urgent,

Et Galeaz ne peut bouger, faute d'argent.

Voilà ce que j'ai fait tout seul, mes gentilshommes,

Et quand nous nous vengeons, voilà ce que nous sommes !

SALIMBENI.

O Juif, fais-toi chrétien, tu seras podestat !

Fais-toi Juif, ô chrétien, tu seras apostat!

SALIMBENI.

Tu glisses dans les doigts comme une salamandre, Et sur ce dernier point, je ne saurais m'entendre : Mais l'amour du pays fait battre nos deux cœurs; Nous sommes citoyens, nous serons les vainqueurs. Quand paraîtra le gros de l'armée?

Elle arrive.

Je me porte au-devant d'elle pour qu'on active. Viens avec moi, Montanini.

Page 1