‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 37 sur 71 · LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LE DOMESTIQUE

Ce matin.

Alors, vous aurez fini de rentrer tout le blé après-demain ?

LE MÉTAYER Oui, monsieur, il faut l'espérer.

Le poète revenant de sa métairie. Il songe :

C'est par ici que passèrent mes parents morts.

Mon grand-père paternel, lorsqu'il revint

de la Guadeloupe — pour y repartir bientôt —

alla voir cette propriété qu'il aimait.

Il devait y song-er souvent, aux Antilles,

quand l'océan léchait la plag"e, et que les nègres

s'accroupissaient aux seuils obscurs, les mains croisées

sur un g'enou et la bouche à hauteur du genou, tristes.

Quand son cœur gonflé de chagrins sans nombre

éclatait sous les lys de feu de la véranda sombre,

il devait, les bras croisés, fixer l'orient,

de ses yeux bleu d'acier sous les lunettes d'or.

0 mon aïeul I Je prie. Où sont les doux objets

que tu touchas, ta canne et ton petit habit bleu?

Je ne sais. Mais tu as foulé cette terre.

Tu as tourné la haie où chantait cet oiseau.

Tu as vu cette borne usée où, un jour, une jeune fille

s'assit avec un collier de fruits rouges de tamier.

Et, dans ma tristesse, je t'appelle, ô chasseur de ramiers.

Sur une terre en feu, je voudrais me coucher

et mourir, écoutant frissonner et claquer

les voiles des pécheurs le long des îlots pâles.

. . .Tiens ! Deux mendiants entre deux gendarmes à cheval ,

UN DES MENDIANTS (qui se traîne péniblement, appuyé sur l'autre.)

Je puis vous montrer des papiers, laissez-moi m'en aller.

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