UN PAPILLON
Mes ailes sont douces comme de la poussière
de velours. Je suis tout étonné de vivre.
Je ne comprends pas grand'chose, mais je suis beau.
Le pluie facilement déchirerait mon aile
rouge et noire qui bat lourdement sur mes pattes.
LES CHEVAUX DES GENDARMES (au loin.)
Tic. tec. toc.
Le poète chez lui.
LA SERVANTE
Monsieur, monsieur Lenoir est venu pour parler monsieur.
Que voulait-il?
Tiens, le voilà! Bonjour, Lenoir, comment ça va?
LENOIR
Je venais pour savoir si vous vouliez venir à une conférence que va donner Garron, ce soir, après dîner, au pré du château-vieux. Si nous ne nous y embêtons pas, nous rirons.
LE POÈTE
Oui. A quelle heure ?
LENOIR
J'ai du travail à l'étude jusqu'à huit heures. J'ai deux commandements à faire.
l60 LE TRIOMPHE DE LA. VIE
LE POÈTE
Qui estGarron?
LENOIR
Le député des qui s'est
mêlé beaucoup de l'affaire Dreyfus. Son sujet: Cléricalisme, nationalisme, militarisme.
LE POÈTE
A quelle heure dites-vous ?
LENOIR
A neuf heures et demie.
Comment y verra-t-on en plein air et si tard?
LENOIR
Il y aura des lanternes vénitiennes.
LE POÈTE A ce soir.
LENOIR A ce soir.
LE POÈTE Ayez donc la bonté de me mettre en passant cette lettre à la poste.
Au pré da château vieux.
PREMIÈEIE FILLE
Prends g-arde de te tacher, la lanterne prend feu. DEUXIÈME FILLE
Oui, la bougie coule.
PREMIÈRE FILLE Il y a beaucoup de monde.
DEUXIÈME FILLE Qui est celui-là qui va parler?
PRHVnÈRE FILLE
C'est celui qui a la barbe et les lunettes.
LE PHARMACIEN
Ua
une tête d'apôtre...
LE POETE
Des yeux inlellig'eiits.
Tiens I ? Dupoix ! . . . Gomment ça va-t-il ?
DUPOIX
Mieux, je vous remercie. J'ai été assez malade. Un peu le foie... Mais ça va mieux; le médecin m'ordonne de prendre des distractions. Je vais là-bas. J'aperçois Larribeau... pour lui serrer la main. Au revoir.
LE POÈTE Au revoir. Combien y a-t-il de personnes?
LE PHARMAQEN Il y en a bien quatre cents.
LBNOIR
Tiens, vous voilà?
LE POÈTE Je vous chercbais. Nous avons vu Dupoix...
LENOIR
Eh bien?
EXISTENCES î63
LE POETE Qui est cette fille-là? Quels jolis yeux elle al
LENOIR C'est la fille de Sunin.
Elle est jolie.
LENOIR
Oui, mais il n'y a rien à faire.
LE POÈTE
Tant pis.
Le président va parler.
LE PRÉSIDENT
Mesdames, messieurs.
Puisque vous voulez bien m'accorder la présidence, ce dont je suis très flatté, je vous l'assure, laissez-moi en deux mots féliciter Garron d'être ici venu porter la bonne parole. Garron, mesdames et messieurs, est un de ces hommes dont la conscience ne faillit point, un homme antique, un de ces hommes de la première République...
l64 L« TRIOMPHK DE LA VIB
UN INTERRUPIEUR A bas le syndicat I
LE PRÉSIDENT
Je prierai tous ceux-là qui sont venus pour nous troubler, de s'en aller... Nous sommes décidés à nous faire respecter... Un de ces hommes, dis-je, de la première République.
LA FOULE (à demi-voix.)
— Il parle bien.
— Ne me pincez pas comme ça.
— Celui qui vient d'interrompre, c'est celui-là.
— Et vous le connaissez ?
— Je ne le connais pas.
- Il n'a pas l'air d'avoir froid aux yeux.
GARRON
Le syndicat i Et vous parlez, messieurs, de syndicat? Ahhh... Ahhh... Si vous saviez combien, parfois, de notre poche nous avons dû sortir, nous qui avons des mioches à élever...
LE POÈTE
II a l'air d'un brave homme.
EXISTENCES l65
UNE FILLE Je crois que ça me prend. Ma chère, c'est ennuyeux.
AUTRE FILLE Ah! Bah! tu chang-eras. Tu peux attendre un peu.
GARRON ... armée...
L'INTERRUPTEir Vive l'armée
GARRON
Eh ! Oui î Monsieur, je crie avec vous : Vive l'armée ! Nous crions tous Vive l'armée ! Mais vive l'armée de 92 ! Vive l'armée sacrée qui défend de ses armes ceux qui lui ont fait l'honneur de les lui confier Vive l'armée sacrée des aïeux I Vive l'armée à laquelle nos fils iront donner leur sang". Et non vive l'armée de ceux dont, de ceux qui se servent de ce nom sacré pour assouvir les basses ambitions de leur jemenfoutisme I
LA FOULE Bravo !
iHO LE TRIOMPHE DE LA VIE
GAIOION Oui, mes amis...
UN HOMME
A bas le g-oupillon I
AUTRE HOALME A bas les masques I
AUTRE HOMME A bas les hommes en jupon !
L'INTERRUPTEUR A bas les Tendus I
LE PRÉSIDENT
Un peu de silence, je vous prie.
Que le perturbateur, là, veuille bien sortir s'il doit continuera faire du tapage.