‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 109 sur 173 · Ibid, p · texte numérisé non relu

Ibid, p

cette source précieuse du recrutement des armées ; il achemine deux mille hommes par jour de Paris sur GhAlons, certain qu'ils vaudront bientôt les volontaires de 1791, qui, dès à présent, renforcent efficacement les troupes de ligne.

IjC vieux Luckner courait éperdu h trîivers son étrange armée. H n'avait pas idée de semblables troupes. Tantôt les Parisiens gouailleurs lui riaient au nez ; tantôt il s'entendait accuser de trahison et menacer de mort ; cependant il s'efforçait de jouer son rôle et de dicter des ordres aux armées. Entre temps, il faisait de grands serments de civisme aux commissaires, mais les officici*s, qui l'entouraient, étaient royalistes ^ et ne pensaient qu'à se débarrasser des volontaires ou du moins h les réduire et à les trier. Le vieux condottiere, incapable de comprendre ridée nationale et, encore moins, l'idée révolutionnaire, pensant d'ailleurs comme la plupart des Français (|u'on traversait une crise, rusait ainsi avec le monstre qui devait le dévorer.

Lficlos arriva ; h) Maréchal se répandit devant cet homme froid « en serments, en larmes et en serrements de main, » et « parut se fier entièrement à lui ». 11 s'empressa de transmettre à Dumouriez et à Kellermann une copie, certifiée par lui, des pouvoirs du nouveau commissaire du Conseil exécutif. « 11 réside près de moi, disait-il, et je ne m'écar- » terai en rien de tout ce que ses pouvoirs me pres- » crivcnt. » Au fond, contraint et blessé, il ne pensait qu'à échapper à son gardien. Mais Laclos n'était pas homme à se laisser jouer. Il eut bien vite démêlé le Maréchal. « Son aide de camp Hyler ne

1. Les plus suspects étaient son oide de comp Hyler et son chef d'étot-mnjor Dcrthicr, le futur moréchnl.

» lui parut pas «ivoir plus de franchise. » Le temps n Votait plus où, petit officier de fortune, il devait ruser |iour s^iiilroduin^ près d*uii (^raiid seigiUMir. Il n'était plus (riiunieur à jouer les conlidents; «i nianiorc;, comme les circonstances, était devenue plus brutale. Le fonds tout militaire, énergique et impérieux de sa nature, n'a plus lieu de se dissimuler et les relards de la fortune le pressent de satisfaire son Apre besoin d'action et de commandement. Tout d'abord il saisit la correspondance des mains d'ilyler et fait quitter au maréchal le cordon rouge et la plaque, « le tout par voie de confiance » au moins apparente. »

Sur les murs de ChAlons apparut une affiche, signée du }>:énéralissime, et portant (|ue les hommes aruiés et non organisés étaiiMil tenus de s'en retourner v.hiy/s (Mi\, en abandonnant h*urs armes et leui*» équipements. Dès qu'elle fut c(miuie à Paris, cette affiche y souleva \i\ plus grande émotion et fut considérée comme Tannonce d'ime défection. I^ catégorie visée des volontaires était la plus nombreusi;. Au lieu d'organist^r les défenseui*s armés de la patrie, on en licenciait la plus grande partie. Luckner pensait ainsi se débarrasser des volontaires. Mais Laclos était déjà chez lui ardent, inflexible et décidé à lui faire rendre gorge. Ecoutons-le, nous allons l'entendre au naturel ; la plume, qui tournait si joliment les lettres d'amour du Chevalier Danceny à la petite Volanges, devient grinçante, brutale, une plume de fer:

« liénéral, écrit-il à Servan, vous m'avex demaiulé » la vérité, je vais vous la dire, elle sera sévère, » mais je vous la dois sans déguisement. Vous dési- » rez savoir jusqu'à quel point on peut compter sur » M. le Maréchal Luckner; un seul trait, de sa part, » suffira pour vous éclairer sur son compte. Vous

connaissez le placard ou Tordre qui a été affiché, signé Luckner, et portant : tous soldats armés et non organisés seront tenus de s'en retourner etc... Sur la lettre de M. Lacuée, relative à cet objet, j'ai pris l(; parti do lui parler, comme de moi, de cette aiïaire. Alors il m'a montré votre lettre; il s'est mis à pleurri', je n'exagère rien ; il m'a juré, non pas une fois mais trente, qu'il n'avait jamais signé cet ordre ; il m'a dit, en propres termes, que Von me montre ma signature et je donne ma tête ; il m'a prié de vous écrire pour vous désabuser et vous tranquilliser \\ ce sujet: je lui ai répondu que j'allais au département me faire représenter l'original; il y a consenti; il m'en a prié. Un événement ayant empêché que je ne puisse rassembler le Directoire avant dix heures, il m'a pressé de nouveau pour vous écrire ce* soir, en me disant que je serais toujours à temps de vérifier demain et que je ne devais pas douter de ce qu'il me disait. Je Tavoue, en effet, je n'en doutais pas. Une rigoureuse exactitude m'a seule fait relouriier au département. Le Directoire s'est assemblé et là, on m'a produit l'ordre signé de sa main, A présent, général, je vous demande ce qu'on peut faire d'un pareil homme et s'il faut le garantir de ses alentours ou se garantir de lui. Quant à moi je pense qu'il ne peut (pie compromettre le Conseil exécutif provisoire et que l'ombre d'autorité, qu'on lui laisse encore, peut devenir dangereuse.... Demain je reprendrai d'autres détiiils sur la même personne et je chercherai s'il y a un autre parti que la destitution qui puisse ne pas compromettre la chose publique ^ »

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