Journal de Collé, III, p
s'humilier Tun l'autre. Mais ces sentiments ne faisaient que l'enrueiner dans les principes qu'il considérait comme l'orgueil et l'honneur de sa race : l'opposition au parti dévot et absolutiste, dont la Reine et les Polignac étiient justement les chefs. Que de souvenirs terribles se dressaient encore entre les deux branches de la famille royale ! Qu'on se rappelle les accusations d'empoisonnement porbics contre le frère de Louis XIV et contre le Itégent; le testament du grand roi et sii partialité révoltauitc pour les légitimés ; qu'on pense à toute cette race princière écartée par système de la guerre et des aflaires, et comme emprisonnée dans le harem, et qu'on suppose les mœurs de la Renaissance itidienne dans les salons anémiés du temps de Louis XVI: on trouvera l'ûme du duc d'Orléans beaucoup moinsvindicative, que bien molle, et bien avilie, conmie elle éUiit.
Quand, en 1787, le Parlement s'insurgea contre Brienne et refusa de se prêter h la création des impôts nouveaux, il fallut la pression de son entourage pour faire sortir le duc d'Orléans de son apathie et le ramener aux traditions de ses ancêtres, dont l'appui n'avait jamais manqué au Parlement. Mais M"** de Genlis veillait. C'est aloi*s que le prince, pour la première fois, entra en scène. Il taxa d'illégalité en présence du roi, qui n'était pas moins troublé que lui, l'enregistrement forcé des deux édits royaux, fut porté dans sa voiture par u les ilôts de ce » peuple léger » qui, hier encore, le poursuivait de ses sarcasmes. Le lendemain, il ét^iit exilé à Villers- Cotterets. Le marquis Ducrest avait été l'auteur de cette intrigue. 11 avait « une tète d'où les projets » débordaient de toutes parts », se posait en émule de Necker et s'était lié avec les parlementaires les
plus ardents, Fréteau, Sabatier et ce d'Ësprémesnil, qui, plus populaire que Broussel, parlait étourdiment de « débourbonnailler » la France. Le frère de M"' de Genlis voulait devenir premier Ministre. « Je le portais de mes vœux, » avoue Brissot, qui se parait alors du titre pompeux de « lieutenant » général do la Chancellerie d'Orléans ». Ducrest conspirait « le verre à la main ou sur des sofas avec » des filles » et traitait d' « homme vertueux » son pauvre diable de secrétaire. Us durent passer tous deux en Angleterre *. Ducrest donna sa démission et M"" (le Genlis, (|ui pensait s'inst<illcr bientôt k Versailles, doniciiradans son pavillon de Uellechasse. Cette dernière crise parlementaire mit à nu la faiblesse (lu gouvernement. Necker fut rappelé, et le besoin d'argent contraignit le roi à convoquer les Etats (jénéraux.
Le Palais-Royal était devenu un rendez-vous d'intrigants, d'ambitieux et de mécontents, mais on n'y voyait (|ue par exception ces philosophes et ces gens de lettres, dont Taine a tant exagéré rinfluence sur la Révolution; presque tous appartenaient au monde de la Cour et généralement à la première noblesse. C'était d'abord la maison du Prince : Sillery, le mari de M'"* de Genlis, capitaine des gardes, et le comte de La Touche, le futur amiral de Latouche-Tréville, chancelier : tous deux braves et déterminés, de talent médiocre et de mauvaises mœurs, joueurs eiïrénés en politique comme dans les tripots, où ils passaient la nuit ; l'abbé de Limon, intendant des finances, créature de M"** de Genlis, aventurier séduisant, audacieux et écervelé, qui, changeant brusquement l'intrigue, passa plus tard aux émigrés et rédigea le