Tilly. Mémoire» II, p. S«S
S. Le duc d« Lévis. Somr^min et f<»rirmU:
que les Etats généraux s'en iraient sans avoir rien fait.
Au milieu de tout ce beau monde, qui babillait, s'c\altait, divaguait, partait pour la Révolution comme pour une partie de plaisir, avec le mépris du peuple et le goût de s'encanailler, qui ne cherchait dans la politique qu'une sensation inédite, une vanité nouvelle et un espoir de profit, tout en se flattant d'être utile au genre humain, Laclos parut sous les traits graves et concentrés d'un officier pensif. Certes il est aussi aveugle sur l'avenir que ceux qui l'entourent ; le passé le bride comme les autres ; mais du moins toutes les passions nationales vibrent en lui. 11 a déclaré la guerre h un régime illégal, tracassier, corrompu : il a voué son méprisa un despotisme décrépit, qui ne sait plus vouloir et qui opprime sans gouverner. Il possède la volonté, la connaissance des hommes, la pratique des réalités. La Révolution s'ouvre pour lui comme une nouvelle carrière où la fortune l'attend. Ambitieux altéré, il est représentatif d'une foule de Français de la classe moyenne, méritants et méconnus, chiens ardents en attente devant la brillante volière de Versailles. Et c'est à lui que ces insensés se confient! Son énergie s'installe au Palais-Royal, comme un baril de poudre dans une matière légère et inflammable. Vienne l'étincelle, il ne craint pas l'explosion !
Tout d'abord, il lui faut écarter cette femme rusée, violente et vaniteuse, qui domine le Palais-Royal. « Je » puis assurer », déclare Brissot, protégé de M'"* de lîenlis, « avoir entendu Mirabeau et Laclos s'expriwmer sur M"* de Sillery de la manière la plus déso- »bligeante. Mirabeau la traitait de théologienne bel » esprit, bonne h diriger une pension de petites filles M et h apprendra aux petits garçons à servir la messe,
» n'ayant de talents que pour se louer elle-même ou »pour déchirer les autres. J'ai un papier de Laclos, » dans lequel il Tengage à changer sa plume en ai-
» gui lie:
Change donc ma fille Ta plume çn aiguille, Brùlc ton papier.
11 faut te résoudre, A filer, h coudre, C*est là ton métier.
Une autre fois, devant Laclos, Mirabeau et sa maîtresse, Henriette de Nehra, Brissot défendait M"** Dubarryqui, disait-il, n'imita point ses devancières et ne se mêla point des affaires de l'État. « Vous avez raison, déclara Mirabeau, si ce ne fut <( pas une vestale,
La faute en est aux Dieux qui la firent si belle.
«Mais du moins elle n'a pas lancé de lettres de » cachet contre ceux qui médisaient de ses vertus». Et Laclos de conclure malignement: «Il faut la pu- »rifier...»«Jeparuscurieu\,continueBrissot,devoirla » purification dont (»n m'oUViiil de nie faire juge i*i » qu'on devait écrire pour je ne s^iis quelle galerie «secrète *. » Peu après, il recevait en ellet, par Ten-
1. Brittot. Métuoire: I, p. 262 et II. p. 321. — Il t'agit de U Galerie des Daiuet Françaite» (Purit» 1700), ù laquelle on tidiiiolUiil que Luclos uvail collaboi^ avec Mirabeau, Luchet, Rivarol, Ifeilhan, ainti qu'à la Galerie de» État» généraux (Pariii 178U). Ce patsage det Mémoire» do Urisvol permet do lui attribuer le portrait de M** de Genliii. Quant à celui de M"** Dubarry, que Urissot attribue & Mirabeau, il ett dans le style de Laclos, qui troura sans doute piquant d'opi>oser l'un à l'autre les deux portraits. Nous les donnons à lu fin du volume. Le» Révélaiionê indiêcrète» du XVIII* 9tèc/e (Paris 1814) attribuent encore à Laclos, dans ces deux galeries, les portraits de Necker et de M. de Boufflers, de M"* Necker, de M"** de Montesson, de M"** d'IIoudetot et de la Marécbule de Benuvau. V. Nauroy. I^ Curieux, I, p. 86.
Ircmisc de M'"" de Nehra, le portrait de M""* Dubarrj. Laclos avait fait amende honorable à la pauvre Margot, dont on n'avait jamais si bien parlé. Tous ses traits avaient été réservés pour M"* de Genlis, dont il avait joint le portrait à celui de la Dubarry, comme pour établir la comparaison.
« Je pensais, continue Brissot, que ce second envoi » était une méchanceté de Laclos, qui était bien aise » de me faire lire ses épigrammes contre une femme » qu'il détestait et pour laquelle il connaissait mes » sentiments d'estime, sentiments que la conduite de wM^'^de Sillery et ses opinions plus constitutionnelles, »plus républicaines peut-être que celles des républi- »cains, qui lacalomnientaujourd'hui, m'empocheront »de jamais démentir. » M"* de Genlis, qui perdit subitement la mémoire après la Révolution, se serait bien passée de ce certificat de civisme, que lui adressait la reconnaissance de l'honnête Brissot.
Quand la Révolution commença, Laclos avait comphMeineiil remplacé M'"* de (Seiilis dans la confiance <lu duc d'Orléans. «Je sais par des informations par- » ticulières », écrivait l'ambassadeur à Londres au lendemain des journées d'octobre, » que le duc est fort » mal avec M'"" de Sillery, qu'elle a fait tout au » monde pour l'engager à ne p«is se servir de Laclos, » qu'elle ne peut souffrir, que celui-ci est parvenu, » malgré elle, à rester seul en faveur et qu'il domine » le duc autant qu'on peut gouverner un homme » aussi léger, personne n'ayant sur lui un crédit perwmanent*. » Parquets artifices, Vauleur des Liaisotis dangereuses opéra-t-il cette nouvelle séduction, on ne peut que Timaginer. Mais tous les témoignages des contemporains, et celui môme de M'"* de Genlis,
1 A E. Le mar<|uis de lo Luxcrne au comte de Monlinorin.
concordcnl à cet ngard. Depuis le cominencemcntde 1789 jusqiraiix journées croctobre, I^iclos fut le meneur réel et, connue dit le Comte de hi Mnrck, « fAine »du parti d'Orléans». Il tenait Tliommc au trésor et il allait le « travailler* ». M"* de Genlis avait allumé « la fronde parlementaire » ; h son tour, Laclos allait déchaîner dans Tombre « la fronde du prince. »
1. Cf. Lei prisons ea 1793 par M">* lu comtesse de Bohm, née de Girordiii, Pnris 1830, p. 187. — Lucloslui dil qu'il ne pardonnait pas au duc d'Orlénns l'aflTront qu'il en avait reçu... 11 fit les visites d'usa^, reçut les félicitations. Son brevet de Secrétaire des Commandements n'arrivait pus ; il s'en plaignit. « M. le duc d'Orléans répondit en » riant: « On dit que vous n'êtes pas gentilhomme»... «Je me ven- » gérai ccrtuincnient », m'ussuru Laclos. — € Je vous croyais, lui dis- • je, au mieux avec le prince. Paris le pense aussi. i> — « Vous en » nurcx l>if*ntAt des nouvolloii, dil Luclos Jn le travailU, »
Yoliiioiil disait de Cécih? Volnngcs : « Je veux lu Irufaii/cr h mu funtuisi». M