V. Chullauiel. Leê elubê eontre'ré¥oluUonnaireê
entre viveurs. Depuis le commenceinent de 1789, s'y tinrent des conciliabules nocturnes, dont rien n'a transpiré, ni pour les contemporains, ni pour la postérité. Le projet qui s'y trama ne s'est fait connaître que par un essai d'eiécution.
Deux ans auparavant, Brissot, dans une note qu'il écrivit pour le marquis Ducrest, en traçait déjà le plan. « Depuis la fin de la guerre civile connue sous » le nom de Fronde^ écrivait-il, il n'y a plus eu » en France qu'un parti triomphant, celui de la » Cour ; le grand art de conduire un parti, que pos- )> sédait si bien le cardinal de Retz, qu'il employait » si mai, ce grand art s'est perdu faute d'exercice » cl toutes les intrigues se sont bornées en » France à déplacer des ministres ». Désormais on fonderait, comme en Angleterre, le parti des défenseurs du peuple contre le despotisme ministériel. La « Constitution » serait le mot d'ordre. « La tête » de ce parti doit être la maison d'Orléans ». 11 faut identifier sa cause avec la cause populaire. Si, dans le commencement, le duc d'Orléans se distingue « par des actions éclatantes de bienfaisance et de patriotisme », il deviendra « l'idole du peuple ». Qu'il épouse donc la « doctrine » en vogue, qu'il la répande par des écrits, qu'il gagne à lui les meneurs. « On voit avec surprise » les sommes énormes que dépensait le cardinal de Retz pour se gagner des partisans. 11 faut donner Texemple de (( celle dépense patriotique ». Il faut enftn se rendre « agréable au » peuple, redoutable aux ministres, nécessaire au Roi. »
La convocation des Etats Généraux n'avait, à la fin de 1788, rien changé h ces projets, puisés dans les mémoires de Retz, « qui doivent être continucl- » lement médités par tout homme qui veut ôlre la » tête d'un parti. » S'ils réussissaient, si le duc d'Or-
lénns, populaire et toiil-piiissiinl, uppnruissail ù la cour ciiouvanlée conuuo l'unique et suprême ressource pour pacifier Torage, il demanderait au roi de le nommer lieutenant-général du royaume ^
D'après Droz, le marquis de Sillery parlait ouyertement de cet espoir et y portait seul une entière bonne foi. « 11 était persuadé que le faible Louis » XVI, pour conserver son autorité, avait besoin de la » remettre en d'autres mains durant la tempête ; il » croyait aussi quelle duc d'Orléans, dans de hautes » fonctions, révélerait à la France des qualités qui » le rendaient cher aux hommes admis dans sa fami- » liarité''^.)) Mais ce projet était tellement naturel que tout le monde le pénétra. C'était le seul moyen que fournissaient les précédents de la monarchie pour s'emfmrer légalement de l'autorité. Des conspirateurs classiques, comme les amis de Philippe d'Orléans, n'en pouvaient imaginer d'autres. Ainsi le duc de Mayenne avait été lieutenant-général du royaume, pendant la Ligue, et Gaston d'Orléans, pendant la Fronde. Changer de dynastie régnante, h cette époque, eût été une entreprise insensée; le roi était aimé, respecté ; il avait un fils, deux frères, et deux neveux. Les pouvoirs du lieutenant-général étaient immenses; il nommait les ministres et disposait des finances et des places. C'était de quoi satisfaire l'ambition de tous les conjurés de Montrouge. « Le duc » d'Orléans, dit Malouet, avait son intrigue à part. » Son but personnel éUiit la vengeance ; celui de son » petit conseil, non la démocratie, mais le profit ^. »
1. Britsot. Mémoirei, H. Supplément : LeUret au mar<iuU Ducrett.
2. Droi. Hiêtoire de Louiê XVI. Droz est inUreiiont, comme ayant potiédé la tradition orale.