P. de Rémusnt ^Angleterre au xviii* êiède. H
2. Longtemps après, en 1800, Lnclos écrivait tt son fils : « Mande- )» moi, je te prie, si ce M. Eliott, dont tu me parles, est le fils ou le yt pnrcnt du g-i^nérnl Klinlt, qui défendit Gibrnllnr si honorablement, » et que j'iii eu rnvatitng'c de voir asscx souvent lors do mon voyiigc » en Angleterre en 171K) ».
Londres qu'à Paris. Dans le courant de novcmbrcy on vit le prince de Galles, que son inconduite avait éloigné de la cour, se rapprocher du Roi son |)ère et lui « rendre même des devoirs assidus». 11 abandonna Brighthelmstone, où était établie M"** Fitzherbert, et le règne de cette favorite parut près de Onir. <c Myloi*d Longhborough et M. Fox, » annonçait dans le même temps La Luzerne, « ont paru à la (]!our » dans les deux derniers cercles, ce qui a fait nou- » velle ». On voyait enfin se réveiller, plus fortes que jamais, les anciennes rivalitéa de Pitt et du grand chancelier Thurlow. Celui-ci s'efibi*çait de faire entrer le prince de Galles dans le Conseil pour Topposer à Pitt. La lutte devint si vive qu*on put se demander si le Roi conserverait en même temps ses deux principaux ministres et Ton parla de Ijuiigliborougli pour remplacer Pitt. Loixl Landsdownc fut consulté par Georges III. Il représenta adroitement que l'entrée au Conseil du prince de Galles lui donnerait du goût pour les aflaires et l'empêcherait de fortifier l'opposition. « On peut présumer avec n queUpie vraisemblance, écrivait Liiclos à Paris, » qu'il y aura bientôt des changements im|H>rtant8y » non dans les choses, mais dans les personnes ».
Sans attendre l'efTet de ses prophéties, il saisit ce moment pour tenter un nouvel assaut. Tout à l'heure il a grandi son maître et amplifié sa mission. Il a parlé d'alliances solennelles, de liberté du commerce et de paix universelle. Brusquement le Uibleau change. Aux ()r(>posili(ms de bravoure suiux'dont les airs de mystère, et le diplomate philoso|)he prend lu figure impudente et le manteau à surprises de Scapin. Pitt va parler ! 11 n*attend que l'effet produit dans les Flandres par Tarrivée des nouvelles troupes autrichiennes. Qu'on prenne garde h la Prusse ! Si
<îlie rcussil à s'entendre avec l'Angleterre, tout se fera si vite que nous n'aurons pas le temps d'y parer. « Ce que je puis vous dire, M. le Comte, c'est qu'il » y a un moyen sûr de traiter avec ce pays-ci ; qu'il » n'y en a qu'un et que ce n'est pas celui mis en » usage jusqu'à présent. 11 ne m'est pas possible de » m'expliquer davantage sur ce moyen unique, parce » qu'il m'a été confié, au moins pour le moment, » sous le sceau du secret : mais je pourrai en » faire usage si mes instructions m'autorisent à faire » quelques ouvertures conditionnelles, ou encore » si, sur l'article qui m'est personnel, ces instruc- » lions étaient assez claires pour que je n'eusse pas * » h craindre le reproche ou le soupçon de les avoir » outrepassées, ou même d'en avoir abusé pour » servir une ambition que je suis bien éloigné » d'avoir. »
Ainsi, comptant sur l'efTet de son secret magique, ce u'éL'iient plus des moyens de répondre occasionnellement aux propositions anglaises que demandait Laclos pour son maître, c'était l'autorisation défaire des ouvertures conditionnelles, qu'il réclamait maintenant avec des airs modestes et des protestations d'innocence. La nature du moyen secret qu'il comptait employer, est clairement indiquée dans la lettre que le duc d'Orléans écrivit à Biron le 2 décembre : « Je crois, disait-il, que Pitt n'aura pas beaucoup » d'influence dans cette affaire ; mais j'espère avoir » trouvé les personnes qui décideront la volonté du » Roi dans cette occasion... Je crois qu'un bon » ambassadeur ferait ce qu'il voudrait pourvu qu'il » eût carte blanche et un peu d'argent^ pas même . » beaucoup ». Peut-être s'agissait-il de payer les dettes du prince de Galles?
Mais si l'on ne pouvait tout dire, il était encore
Londres qu'à Paris. Dans le courant de novembre» on vit le prince de Galles, que son inconduite avait éloigné de la cour, se rapprocher du Roi son père et lui « rendre même des devoirs assidus». 11 abandonna Brighthelmstone, où était établie M"*** Fitzherbert, et le règne de cette favorite parut près de finir. <c Mylord Longhborough et M. Fox, » annonçait dans le même temps La Luzerne, « ont paru h la (^ur » dans les deux derniers cercles, ce qui a fait nou- » velle ». On voyait enfin se réveiller, plus fortes que jamais, les anciennes rivalitéa de Pitt et du grand chancelier Thurlow. Celui-ci s'efibrçait de faire entrer le prince de Galles dans le Conseil pour l'opposer à Pitt. La lutte devint si vive qu'on put se demander si le Roi conserverait en môme temps ses deux principaux ministres et Ton parla de L>ngliborough pour remplacer Pitt. Lord Landsdowne fut consulté par Georges III. 11 représenta adroitement que rentrée au Conseil du prince de Galles lui donnerait du goût pour les aflaires et Tempécherait de fortifier l'opposition. « On peut présumer avec » quelque vraisemblance, écrivait Laclos à Paris, » qu'il y aura bientôt des changements importants, » non dans les choses, mais dans les personnes ».
Sans attendre l'cfl'et de ses prophéties, il saisit ce moment pour tenter un nouvel assaut. Tout à l'heure il a grandi son maître et amplifié sa mission. Il a parlé d'alliances solennelles, de liberté du commerce et de paix universelle. Brusquement le Uibleau change. Aux propositions de bravoure succèdent les airs de mystère, et le diplomate philosophe prend la figure impudente et le manteau à surprises de Scapin. Pitt va parler ! Il n'attend que l'effet produit dans les Flandres par Tarrivée des nouvelles troupes autrichiennes. Qu'on prenne garde à la Prusse ! Si
as^ — II- I liât
<îlle réussit à s'entendre avec l'Angleterre, tout se fera si vite que nous n'aurons pas le temps d'y parer. « Ce que je puis vous dire, M. le Comte, c'est qu'il » y a un moyen sûr de traiter avec ce pays-ci ; qu'il » n'y en a qu'un et que ce n'est pas celui mis en » us;ige jusqu'à présent. 11 ne m'est pas possible de » m'expliquer davantage sur ce moyen unique, parce » qu'il m'a été confié, au moins pour le moment, » sous le sceau du secret : mais je pourrai en » faire usage si mes instructions m'autorisent à faire » quelques ouvertures conditionnelles, ou encore » si, sur l'article qui m'est personnel, ces instruc- » lions étaient assez claires pour que je n'eusse pas ' » h craindi'c le reproche ou le soupçon de les avoir » outrepassées, ou même d'en avoir abusé pour » servir une ambition que je suis bien éloigné » d'avoir. »
Ainsi, comptant sur TefTet de son secret magique, ce n'éUiient plus des moyens de répondre occasionnellement aux propositions anglaises que demandait Laclos pour son maître, c'était l'autorisation de faire des ouvertures conditionnelles, qu'il réclamait maintenant avec des airs modestes et des protestations d'innocence. La nature du moyen secret qu'il comptait employer, est clairement indiquée dans la lettre que le duc d'Orléans écrivit à Biron le 2 décembre : « Je crois, disait-il, que Pitl n'aura pas beaucoup » d'influence dans cette aflaire ; mais j'espère avoir » trouvé les personnes qui décideront la volonté du » Roi dans cette occasion... Je crois qu'un bon » ambassadeur ferait ce qu'il voudrait pourvu qu'il » eût carte blanche et un peu d'argent, pas même » beaucoup ». Peut-être s'agissait-il de payer les dettes du prince de Galles?
Mais si l'on ne pouvait tout dire, il était encore
23'i LE GÉNÉRAL CHODERLOS DE LACLOS
plus malaisé de tout écrire. C*est pourquoi I^clos, après avoir écrit à Montinorin, dépêcha son inaitre chez Tambassiideur du Roi. I^ prince récita sa leçon avec importance. Il représenta que Pitt, nous sachant hors d'état de régler par nous-mêmes le sort des Pays-Bas, ne nous ferait sûrement pas les premières ouvertures : « Je sens, dit-il, combien il est » intéressant de ne pas se brouiller avec la Cour de » Vienne, puisque nous voulons tenir au système » autrichien, mais, pour moi, j'aimerais, ma foi, » mieux former une alliance avec TAngleterre, la » Prusse et la Hollande, alliance dans laquelle nous » engagerions TËspagne. Nous nous assurerions par » là une paix perpétuelle, mais je vous avoue que » nous ne sounues pas assez avancés pour cela ; la » Reine a encore trop (rinfluence dans le gouver- » nement. » — « Croyez-vous, objecta La Luzerne, » qu'il y ait un seul ministre dans le Conseil du Roi, » dévoué à la Maison d'Autriche ? » — « Non, ré|>on- » dit le duc, je suis convaincu, sur mon honneur, » qu'il n'y en a aucun qui ne soit extrêmement bon » français, et uniquement français, mais on craint » la Reine. C'est une vieille habitude et nous sonunes » nu^nés par des habitudes. » Son intention évidente était de rendre Marie-Antoinette respons^ible des objections que lui faisait Montmorin. 11 revint ensuite sur le traité de commerce, et fit enfîn valoir qu'un accord avec l'Angleterre pourrait nous donner une partie de la Flandre, en échange de quelque cession coloniale. Mais voici le point essentiel de son discours : « Croyez-vous, dit-il à La Luzerne, que si » nos ministres, auxquels j'accorde extrêmement de » probité, n'encensaient ()as encore VIdoUy ils ne » trouveraient pas moyen de se mêler des alTaires » de Flandre, sans cho(|uer la Cour Impériale. Us
» n'auraient qu'à inciter, même laisser faire TAssem- » bléc nationale, tout rejeter sur elle, si les choses » allaient mal, et s'en servir si elles allaient bien. » Lm'i Luxcnic répondit (ju'une pareille négociation «lovait être entièrement réservée au pouvoir exécutif. Le prince reprit aussitôt « que l'Assemblée, pour le » moment, se mêlait de tout, sans s'informer si c'était » de son ressort ou non, mais qu'il était biendémon- » tré que toute autre assemblée raisonnable laisserait » en entier le détail des aflaires étrangères entre les » mains du Roi, car il serait rebutant et choquant » de vouloir jamais le lui contester; ([u'elle avait » l'ait bien des s(»ttises nuisibles, et qu'il fallait, puis- » qu'on en avait l'occasion, lui en faire faire une » qui pourrait être utile. »
Assurément c'était là des conseils ingénieux et opportuns, mais ils marquaient plus d'habileté que de respect pour l'esprit nouveau ; on comprend que Laclos ait eu quelque répugnance à les écrire et qu'il ait proféré cette voie détournée pour proposer à Montmorin d'utiliser contre l'Autriche les excès mêmes et l'inexpérience de l'Assemblée. En s'en faisant l'interprète, le duc d'Orléans montrait assez, qu'il avait plus de rancune contre la reine que d'amour pour la constitution.
Montmorin avait besoin de tout son flegme. Sa moindre parole eût été exploitée avidement par le subtil secrétaire de son extraordinaire envoyé. Tout l'engageait d'ailleurs à rester imperturbable. Malgré ses |)récautions, l'Autriche avait pris ombrage de la mission du duc. M. de Kaunitz s'en était expliqué à notre ambassadeur avec l'aigreur qu'on réserve aux alliés malheureux comme aux parents pauvres. L'Empereur, déclara-t-il de très haut, avait été extrêmement ému en lisant les instructions du prince
« les trouvant très singulières cl ne pouvant se per- » suader qu'on n'ait pu trouver h M. le duc d'Or- M léans d'autre commission * ». En France l'opinion se dégoûtait des insurgés belges, menés par les nobles et les prêtres. La Fayette et l'Assemblée méprisaient une révolution, qui confisquait et massacrait contrairement à leurs principes. Montmorin se déroba donc une fois encore aux appels réitérés de Laclos. Même il se piqua, en liomme du métier, de garder avec son collègue d'aventure une manière assez dégagée. 11 parla avec un sérieux comique du fameux secret, qui enveloppait dans son inquiétant mystère le moyen décisif proposé par l'impatient négociateur. Le Roi était persuadé qu'on le lui ferait bientôt connaître. « Il est certain (|ue nous ne |K)u- » vous le mettre en usage que loi*sque nous en aurons » connaissance ; et Monseigneur sent sûrement com- » bien il serait imporUmt, surtout dans les circons- » tiuices critiques où nous sommes, de connaître un » moyen sûr de traiter avec l'Angleterre. »
Laclos n'était pas d'humeur à souffrir la plaisiuiterie. Dès le commencement de 1700, il se donne des aii*s de dignité oHensée ; « Vous savez mieux » que moi, M. le Comte, (|u'en fait de négociations, » il ne peut y avoir de certitudes, mais plus ou » moins de probabilités. Or, voici ma règle pour les » calculer : d'une part le caractère moral des per- » sonnes avec qui je traite ; de l'autre, leur intérêt » à réaliser les espérances (|u'elles me donnent. » C'est d'après ces données «lue je vous ai mandé » que je me croyais en mesure pour entreprendn; » de remplacer notre désastreux traité de commerce
1. A. E. Le marquis de Noaillci» au comte de Monimoriii 14 et 21 noTembre 1789.
» par un cominerce libre entre les deux nations et » (rétablir entre elles deu\ une alliance étroite et » durable ; mais si, pour être chargé de tenter ce » grand ouvrage, il faut annoncer la certitude d'y » réussir, assurément j'en laisserai la gloire ou l'im- » prudence h tout autre qu7i moi ». Continuant d'escompter l'entrée du prince de Galles au conseil ou son arrivée à la régence, il réclame encore une fois les moyens de répondre aux ouvertures qu'on lui fera, « de quelque part qu'elles viennent, soit du ministère, soit de tout autre. » Mais ses efforts avaient avorté à Londres comme à Paris. La fermeté de Pitt avait bientôt lassé ses ennemis. Le prince de Galles était retourné à ses plaisirs. Son père lui avait refusé l'entrée du Conseil. La grande cabale contre le ministère n'avait eu d'autre effet, écrivait La Luzerne, «lue « les conjectures des gazetiers. »
iN'ayanl pu séduire, le père de Valmont va maintenant essayer de faire peur. On n'a pas voulu Térouter, Topinion jugera. Ce n'est déjà plus un succès qu'il clierclie pour son maître, c'est un échec (|u'il désire pour la diplomatie du roi. 11 conclut à rimpossibilité de s'entendre et fait de sombres prophéties : l'Autriche sera dépouillée, la France abaissée. Désormais le duc d'Orléans attendra en silence. Il peut rendre un compte satisfaisant de sa conduite, si on le lui demande. C'était une menace de prendre le public pour juge. Louis XVI et son ministre en furent touchés. Ils comprirent qu'il fallait enfin donner un peu d'espoir à Texilé. Montmorin répondit aussitôt qu'il allait s'enquérir des intentions de Joseph H.
Il étiiit trop tard. Le 5 février, Laclos pousse un cri de triomphe. L'Angleterre, la Prusse et la Hollande viennent de conclure un accord pour unir leur
action aux Pays-Bas. Coiiiiiio Laclos ravaîtpiHÎdildepiiis trois mois, on s'est passe de la France, qui n'a pas su se décider à temps. Bien mieux cet accord, il est le premier à rapprendre. Montmorin Ti^çuore, il l'avoue, et aucun des agents officiels n'a pu le pénétrer.
Pour un diplomate novice, c'était tout au moins un succès d'information assez flatteur. Le duc d'Orléans était désormais assuré du rcUe de bon prophète et de politique méconnu. I^clos se résolut donc à parler net et détermina son maître à une démarche énergique. Il prend un ton décidé, presque impérieux, et s'il ruse, c'est maintenant en attaquant.
Montmorin fut invité par lettre privée c^ conférer avec les ducs de Liancourt et de Biron sur la situation du duc d'Orléans tant vis-à-vis du B<m que de l'Assemblée nationale. Les deu\ amis du prince avaient été nninis d'une noie fort bien faite et destinée, au besoin, à être publiée. Depuis la mort de l'Empereur, disait cette note, l'aflhire des Pays-Bas ne pouvait plus être séparée de la totalité des intérêts de la Cour de France avec celle de Londres. M. de L'i Luzerne devait donc être employé ailleurs ou mis en congé. Le duc d'Orléans serait mis «^i la tète de la négociation avec on sans le titre d'ambassadeur. Il était porté a accepter ce titre « par la » considération que ce serait entrer dans l'esprit de » l'Assemblée nationale, qui a décrété que les di(Té- » rences de rang ou d'état n'approcheraient ni n'éloi- » gneraient d'aucune place ». M. Barthélémy ne pourrait rester à Londres que si le duc était ambassadeur et lui commandait ; si M. de L'i Luzerne par- Uiit seulement en congé, le duc se réservait de choisir le chargé d'alFaires. Après avoir posé cet ultimatum, Liancourt et Biron imposèrent un délai d'un mois pour la réponse.
Dans une seconde entrevue, ils remirent à Monlmorin une noie plus pressante encore el qui marquait un désir évident d'aboutir. On y fait de nouveau parade du fameux moyen secret. On ne «le dira pas encore, mais voici ce i[ue la plus grande confiance peut faire ajouter : « Tout moyen de succès » dans une négociation qui ne tire pas sa force ou » de la position avanUigeuse de la puissance qui » propose, ou de la convenance de la puissance qui » accej)le, tient de plus ou moins près à la séduction. » Ces moyens peuvent du plus au moins ne manquer » h personne, mais il n'en est peut-être pas de » mrine de la facilité de les employer h propos et » de les placer d'une manière efficace, et c'est ce » ([ue je crois que mes liaisons dans ce pays me » mettent à portée de faire mieux qu'un autre. Ce » n'est pas seulement depuis que j'ai été chargé » d'une mission à la Cour de Londres, mais c'est » depuis le temps assez long ([ue j'ai reconnu com- » bien l'alliance de l'Angleterre était désirable pour » la France, <|ue je me suis occupé de diriger vers » cet objet toutes mes liaisons, toutes mes connais- » sances sur ce pays; et je crois être actuellement » en mesure d'en faire un usage avantageux. »
Tel était le désir de Louis XVI de [retenir loin de Paris le duc d'Orléans, qu'il finit par céder et se résigna, poussé sans doute par Ijï Fayette, à faire du mortel ennemi de la reine, un ambas.sadeur h Londres. Barthélémy l'assure dans ses mémoires inédits : « J'aurais eu horreur, ajoute-t-il, d'être atta- » ché à un aussi mauvais homme. » M. de La Luzerne déclarait « qu'il ferait de bien bon cœur le » sacrifice de sa place s'il pouvait débarrasser le Roi » d'un homjne aussi incommode.» Biron et Liancourt reçurent verbalement l'assurance que M. de La Lu-
zcrne profiterait de la date du 4 juin, jour de la fête du roi d'Angleterre, pour quitter I^ondres aussitôt après la cérémonie et que le duc d'Orléans semit mis à la tête de la négociation avec des instructions spéciales. La forme des nouveaux pouvoirs restait seule à régler. Laclos eût ainsi couru une nouvelle carrière. Il avait prouvé qu'il y pouvait tenir sa place. De la diplomatie de cour, il ne lui manquait que l(^s dehors vertueux, la minutie importante, cartiiins raffinements de goiU dans la tenue, de noblesse dans le flegme et de hauteur dans la bonhomie. Gomme un Dumouriez, il eiU fait merveille dans la diplomatie secrète.
|în incident imprévu vint tout bouleverser. Ln guerre fut sur le point d'éclater entre l'Angleterre et l'Kspagne. Celle-ci réclama (h; nous l'exécution du Pacte de famille. Ce fut à l'Assemblée l'occasion des fameuses discussions sur le droit de paix ou de guerre. Pitt armait avec éclat. Son véritable objet était de séparer la France de l'Espagne et de les tenir l'une et l'autre à sa discrétion. Si Louis XVI se refusait à abdiquer entre les mains de l'Angleteri'C, il devait en témoigner publiquement. I^? 14 mai, Montmorin annonça à l'Assemblée l'armement de quatorze vaisseaux de ligne. Ce n'était guère le moment de remplacer à Londres M. de La Luzerne par le duc d'Orléans. Celui-ci déclarait à qui voulait l'entendre, que l'alliance de l'Espagne n'avait jamais rien valu pour la France et exprimait niirtout l'espoir que les dispositions favorables de PAssemblée pour l'Angleterre nous rapprocheraient h tout jamais de cette puissance. Sa nomination d'ambass^ideur aurait paru précéder la dénonciation du Pacte de famille. M. de Montmorin, pressé par le terme du 4 juin, se décida donc à écrire au duc
d'Orléans pour reprendre sa parole. 11 insistait cependant, et d'autant plus, pour que le prince restât h Londres. Son retour paraîtrait extraordinaire en un p<ircil moment, il détruirait l'idée d'une mission précédente. Les circonstances étaient d'ailleurs à Paris les mrines qu'à son départ. Qu'il aidAt donc de ses conseils M. de LaLuzernc! Le langage qu'on lui tenait était celui de la franchise et de la vérité et tout autre ne serait inspiré « ni par l'amour de la » chose publique, ni par un véritable intérêt pour » Monseigneur et pour sa gloire. »
Laclos était h bout de patience; il fit éclater la rupture. Le 7 juin, le duc consUiti qu'on revenait sur des engagements formels, constatés par les lettres de Biron et de Liancourt ; il s'indigna que le roi d'Espagne concourût à la nomination des ambassadeurs de France et observa dédaigneusement que, quanta lui, « il ne serait guère utile à sa gloire » d'être le conseil d'ambassade deM.de La Luzerne. » « Je ne suis pas moins étonné, ajoutait-il, de ce que <c vous me mandez, que mon retour détruirait cette » idée d'une mission précédente, car je ne suppose » pas qu'au besoin, vous refusiez do la certifier, et, » de plus, j'ai en main toutes les preuves néces- » sfiires, non seulement pour la consUiter, mais pour » faire voir comment ma mission dans ce pays n'est » pas devenue aussi utile à la France que je devais » raisonnablement l'espérer. Je suis donc sans in-
» m'empêclicr de donner nu roi, comme à la nation » des preuves de mon zèle et de mon dc^Youemcnl, » j*es|)ère que je les démasquerai, et plus facilement » surtout de Paris que de Londres. »
Louis XVI était résolu à ne pas céder. L'intérêt de la France était en jeu, et il n'y avait de ferme eu lui que la conscience. '« Le roi, écrivit Mont- » morin, désire que les choses restent h tous égaitls » connue elles sont.» CéUiit mettre entre le duc et la France, la dernière et fragile harriùre de Tautorité royale. Le ministre de Louis XVI ne voulut pas, du moins, recevoir, sans y répondre, les menaces d'un fiictieux. Le malheureux homme sV;puis«'iit ai concilier tout le monde; il affectait avec les députés de la (rauclie, qu'il uhhorrail, une familiaritii gênée. Les émigrés le traitaient couramment de jacobin et Mirabeau d'« aniinacule. » Frêle et timide, il passait ses journées à rédiger et opposant à la révolution des Ilots d'écritures. C'était Ih son terrain favori de résistance. 11 en avait épuisé toutes les ressources contre des gens, qu'il eût fallu gagner ou anéantir, et qu'il n'avait su qu'exaspérer par toute l'apparence d'une perfidie. Il voulut du moins clore d'une phrase aux nuances significatives le dossier de ses expédients : « Monseigneur me rend justice, njouta- » t-il, en voulant bien su[)poser que je ne refuse- » rai pas de certifier au besoin la mission qu'il a » eue en partant de Paris. J'en connais en effet les » molifs (*t l'objet et je serai toujours prêt a donner » sur ce 4|ui la concerne toutes lesconnaissancesque » Monseigneur pourra «lésirer. »
Ainsi iinit, sans résultat appréciable, cette mission singulière. File fraya du moins la route à la tentative très honorable, qui fut faite, moins de deux ans après, |>our aiguiller dans les voies normales et sages
matie de la France révolutionnaire. Par deux ns le courant de Tannée 4792, Talleyrand se
Londres '. Il y portait les mêmes projets d'alit songeait à ofîrir aux Anglais des avantages rciaux ou des compensations aux colonies.
Laclos, il chercha chez les >vhigs des intelliet un appui et se flatta, dit Gouverneur Morfaire renvoyer M. Pitt. 11 emmenait avec lui t se serv.iit dllcymann à Berlin. Ce politique myant, dont Tesprit, mobile comme la consfut toujours (idèle h la cause de la paix et a i son pays, ptMisait (pleine nation libérale, rçanle et égoïste, éUiit la seule dont put er n Textérieur un gouvernement révolution- 1 pensait aussi (pie la France ne pouvait re en Belgique qu'avec l'Angleterre ou contre Iles sont les idées, qu'il défendit à Torigine >ngue carrière; telles furent celles qu'il re- 5on déclin, quand il assit en Europe, par :e anglaise, le gouvernement de Louis-Phin même temps qu'il obtenait cette neutralité Igique, qu'on appelait, hier encore, le dernier
de la monarchie. 11 n'obtint de Pitt, en 4792, déclaration de neutralité. C'est qu'il ne s'agiss en France, comme en 4790, d'entrainer un lement timide et déQant, mais de retenir un lement débordé par les passions révolution- L'i peur des émigrés et l'esprit de propagande déchaîné une guerre, qui devait changer le 3 la Kévolution. Déjà nos armées menaçaient que et, quand elles y furent établies, l'Anelle-même, la dernière, entra dans la oc une passion lente et réfléchie, qui jus-
allaiii. La mission de Talleyrand à Londres en ilO*^.
tifiait, par son relard, coiniiic par son acliarncmcnt, les avances, aussi bien que les craintes de Talleyrand.
Ce sont donc les idées mêmes de ce grand esprit dont Laclos orna et ennoblit la mission de son maître et qu'il essaya, avec plus d'audace que de bonheur, de faire pénétrer avant lui dans les conseils du roi. Montmorin en fui frappé. 11 s*en ouvrait h Talleyrand lui-même avant son premier départ |Mmr Londres et révélait à Gouverneur Morris fort étonné « que le duc d'Orléans avait tout fait pour (>tre au- » torisé h conclure un traité avec le gouvernement » anglais, mais qu'on lui avait refusé de France les » pouvoirs nécessaires. » 11 nous reste à dire comment s'o|)éra la rupture cpii s'ensuivit.
Malgré l'échec de ses grands projets diplomaliques, malgré les relards calculés et l'évidenle mauvaise foi du ministère, en dépit du mépris général dont l'entourait la société anglaise et des insultes des émigrés, en dépit même des tentations de son conseiller, le duc d'Orléans se fui fort bien accommodé de demeurer Iranquillement à Londres aux côtés de M'"" de Rnlfon. A l'occasion du •"'"janvier 1700, il pi'oleslait près du Roi de son respeclel de son dévouement^ sur un ton qui marquait assez ses secrets désii*s. llsu|>pliait la Reine de ne pas le juger d'après l'opinion de ses ennemis, et se réclamait auprès d'elle des souvenirs du passé, évoquant, non sans gr&ce, les temps plus heureux oii sa jeunesse aimable et dissipée ne déplaisait pas h la dauphine. A la suile de la visite spontanée que Louis XVI Gl à l'Assemblée, le 4 février, et dont l'etret fut si grand sur l'opinion profondément monarchique, le duc d'Orléans, en même temps qu'il envoyait de Londres son serment de député, se répandit près du roi en nouvelles assurances de
(lévoueiiiciil cl (rndmiralion. «Je ne crois pas avoir » besoin de dire ù Voire Majesté, ajoulail-il, quel » bonheur j'ai éprouvé en la voyant approuver et con- » sacrer, par sa démarche du 4, les principes qui ont » toujours servi de règle à mes opinions et h ma » conduite...» Il n'eût fallu, pour le ramener, que ménager un peu son amour-propre. La Fayette, par une maladresse aveugle, s'acharna sur ce cadavre, le contraignit, en quelque sorte, à la résistance et détermina par ses provocations un retour qu'il voulait empocher h tout prix.
11 se mit en rapport avec M. de La Luzerne \ qu'il avait connu aux Etals-Unis, et dont le dévouement lui était assuré. Celui-ci lui signala les entrevues nocturnes de Galonné et de « son confrère ambassadeur. » Ce fut pour La Fayette un trait de lumière. 11 pressentit l'union, sous les auspices des Anglais, des deux grands ennemis de la Révolution, qui étaienl aussi hissions: les aristocrates et la faction d'Orléans. Il dépêcha a Londres un de ses aides de camp, M. de Ûoinville, muni d'instructions, qu'il dut communiquer à l'Ambassadeur du Roi. Cet envoyé avait charge de l'instruire, par toutes les postes et, au besoin, par des courriers particuliers, des projets aristocratiques et orléanistes et de l'éclairer sur « le soupçon qu'il avait d'une réunion entre les » deux partis, par l'entremise de M. de Calonne. » Ses instructions comprenaient l'article suivant que M. de La Luzerne ne put s'empêcher de trouver « assez singulier: » « Dans le cas où M. le duc d'Or- » léans reviendrait en France, M. de Boinville ira le » trouver et lui dira: «Monseigneur, vous m'avez vu » aide de camp de M. de La Fayette ; je suis ici par