Voir la note du chapitre précédent
pendiint los premières soiiiaiiies qui suivirent la fuite (lu Hoi et sua arrestation h Varennes. En fait, la France était en république. Les républicain», très rares encore, s*en aperçurent et se déclarèrent. Condorcet fit Tapologie de la république au Cercle social. Les Cordeliers votèrent une adresse, qui la proclamait. Dans hî Patriote français^ Brissot, avec quel(|ues atténuations de circonstance, la défendit résolument. Un ancien aide de camp de L'i Fayette, le colonel du Châtelet, publia une affiche républicaine. Quant à La Fayette, qui redoutait par dessus tout la faction d'Orléans, il se réunit au parti dominant, qui était celui de TAssemblée. La Constituante était foncièrement royaliste ; elle s'effrîiya du mouvement républicain. Craignant Tanarciiie à Tinti^rieur, la gut^'re à Texlérieur, si Louis XVI cessait d'être roi, elle fut avant tout préoccupée de le mettre liors des atteintes de la loi et de le couvrir de Tinviolabilité constitutionnelle. Ce fut Tobjet des décrets du 25 juin et du 15 juillet, dont Fun pourvoyait a la garde, de l^)uis XVI et dont l'autre Tinnocentait, en \\i) frappant que ses conseillers. Les elTorts de LhcIos tendirent à faire prévaloir aux Jacobins une troisième politique, qui respectait la Constitution et la forme monarchique, mais écartait Louis XVI du tn^ne : la fuite du roi équivalait à une abdication; sa déchéance s'impos^iit; la Constitution lui donnait son fils conmie successeur en lui constituant un régent, qui désormais se trouvait être tout naturellement le duc d'Orléans.
Le 21 juin, on fit de nombreuses motions nu Palais-Uoyal, qui |)rit le nom de Palais d'Orléans. C'est alors qu'un prince hardi fut monté à cheval ; la France était à prendre. Le duc se promena en cabriolet devant les Tuileries et se iiionlni
souriant aux Parisiens. Le bataillon du Palais-Royal était justement de garde aux. Tuileries. Le jeune duc de Montpensier alla le rejoindre et on le vit monter la garde on habit bourgeois avec sabre, giberne et fusil. Aux Jacobins, Danton, qui parlait tout haut do faire rouler la tête des traîtres aux pieds de la nation, interpella La Fayette avec une violence inouïe. 11 lui reprocha ses opinions inconstitutionnelles, ses ambitions particulières, sa conduite étrange, le 18 avril, pour favoriser « la fuite de Saint-Gloud ». 11 lui demanda durement s'il était incapable ou complice, et, après l'avoir intimidé, le prit par la vanité, qui étiit son faible. « Votre pou- » voir pèse sur les 83 départements, s'écria Danton. » Votre réputation a volé d'un pôle à l'autre. Voulez- » vous être véritablement grand? redevenez simple » citoyen ». Mais pour lors, ce n'était pas l'humeur du grand ennemi de la faction d'Orléans de suivre cotte (latterie intéressée. Pas plus qu'avant octobre, il n'étiiit disposé à lui céder la place. Les Jacobins en (in do compte votèrent une adresse aux sociétés afOliées qui se terminait ainsi : « L'Assemblée na- » tionale, voilà notre guide ; la Constitution voilà » notre cri de ralliement. »
Dans la soirée du 23, la nouvelle de l'arrestation fut connue. On l'annonça aux Jacobins au moment où Danton renouvelait s(»s att'iquos contre L-i Fayette. Le lendemain, le duc d'Orléans fit son entrée au club ; il éUiit présenté par le duc de Montpensier, son (ils, et appuyé par cinq membres, dont les noms ne nous sont pas parvenus. 11 exprima son désir d'être admis dans la Société et pria l'Assemblée d'abréger pour lui les formes do la réception. Cette demande mise aux voix excita de nombreuses réclamations, maisDubois- Crancé fit observer que les députés de l'Assemblée
nationale n'avaient besoin que d'ôtre présentés pour âtre adinisdans la société. Aussitôt après que le régent éventuel eut ainsi obtenu Tinvestiture jacobine, Laclos prit la parole. Il dit que le départ et Tarrestation du roi n'avaient servi qu'à déployer a le tableau a imposant de la conduite du peuple » à Paris comme dans les départements. Que faire après son retour? dcmanda-t-il. « Depuis trente-six iieurcs, » je réfléchis au parti que devra prendre rAsseniblée » nationale à ce sujet et j'avoiie ingénueintnt que » mes réflexions ne m'ont encore rien fourni. » il demanda que la question fut discutée sans délai. \jkr pidor, dont le fils collaborait avec Laclos au Journal, déclara qu'il fallait conserver la monarchie, mais que l'Assemblée nationale avait u très sagement agi» en établissant un «Conseil exécutif provisoire », afin de sui*seoir au sort du roi. Un autre membre, sans doute un député, soutint que le roi était inviolable et qu'il n'était pas déchu de la royauté, n Méfiez-^vous « des intérêts, conclut-il : leur influence est terri- « ble contre la liberté. » C'est alors que Diintonvinl exprimer son avis. Il étiiit président des (k)i'deliers, qui avaient voté la république, et il parlait eu face du duc d'Orléans. Aussi était-il tenu à quelque prudence dans la forme. « L'individu déclaré roi » des Français » ne |)eut être, déclara-t-il, que criminel ou imbécile. Supposons-le imbécile. Ce n'est pas un régent qu'il faut, c'est un « conseil h l'inlei"- » diction ». I^ résumé que nous possédims du discours de Uanlcm est assez vague. Mais il en i*essorl, s«'uis coiileste, qu'il no parla pas pour la réjuiblique et qu'il entendait écarter Louis XVI du troue ou du pouvoir. M"** Roland écrivait alors à Bancal que Danton ne voyait d'expédient que dans la n'igcuce. Quand la famille royale Iraversii la place |iour
rentrer aux Tuileries, on ne vit pas sans étonnement le duc d'Orléans, qui, de la terrasse, observail Iran- ({uillcmenl la foule muette et le carrosse des fugitifs. Le duc de Chartres, qui arrivait de Vendôme, tout fier de la couronne civique que lui avait décernée la niunici|»alit<*, ohlint d'aller monter la garde h Tintérieur des Tuileries. Le nom d'Orléans était sur toutes les lèvres. Bonneville, qui pouvait connaître, par Fauchet, le secret des ambitions orléanistes, les dénonçait à Topinion. Point de protecteur, ni de régent, disait-il ; soyons libres et sans roi. Il attaquait les Jacobins pour avoir ap|)laudi d'Orléans et l'avoirlAchement appela le premier des Français. Ils voulaient être son marche-pied, afiirmait-il, pour le hisser au trône. U'aiilre part, Carra dans sos Annales etGorsas dans son Courrier, tous deux jacobins et réputés orléanistes, défendirent dans les jours qui suivirent, une thèse favorable au\ vues de Laclos; Carra, tout en attaquant Lameth et les royalistes, déclarait l'établissement d'une république prématurée; il demandait Louis XVI a\ec un conseil exécutif d'exécution; Corsas traitiil les républicains d'hommes factieux et dévorés d'ambition ; le Dauphin, proclamé roi par la nation, élevé selon ses vœux, respecterait plus tard la liberté. Mieux vaut, disait-il, « un roi soliveau » qu' « une grue républicaine ». Enfin Perlet, dans le journal V Assemblée nationale, publiait un véritable manifeste orléaniste et proposait un pétitionnement |K)ui' l'établissement de la régence *.
Aux Jacobins, le 28, après un discours de Carra, un [)retre, Danjou, qu'on appelait, pour sa taille, « Tabbé de six pieds », lAche enfin le nom auquel cha-
1. (^f. Aiilord. ///.t/oi/r polUiqne de la Hévolution française, l»p. 129 et sin'v.
cun pensnit ctgueseull^aclos ne poiivnit prononcer. Il fallait, (lit-il, « dislinguor rinYiolabiliû; décrélc^c » par i*Âsscîinl>lée aalionalo de rinviolabililé indi- » viduelle ». Louis XVI devait être déchu de ses droits. Sa fuite était c< Tévénenient le plus » heureux qui ait pu arriver pour rachùvemenl » de la constitution ». I^i [>roclauiation du Dauphin créerait une situation nouvelle. « Si Ton adoptait M un Conseil de régence, il fallait (pril fût pitïsidé » par un lieutenant général du royaume et que » cette présidence soit dévolue au citoyen que le » droit de sa naissance porterait à la régence... La » Providence, s'écria-t-il, semble avoir conservé cet » homme aux genoux du(iuel il faudrait se jeter. » Ces paroles de basse (laiterie excitèrent quelques murmures d*improbation. Toute la séance fut consacrée h parler pour ou contre d^Orléans. On vota l'impression d'un discoui*s de (îirey-Dupré, qui fmissait ainsi : n Deux fois les Anglais vous » ont donné un grand exemple; vous êtes dignesde » les imiter ». En (in de séance, un coup de théiUre se produisit. (Jn membre annonça que le duc d'Orléans n'accepterait pas la régence et (|ue Sii renonciation paraîtrait le lendemain dans le Journal de Paris.
M""* de (jenlis veillait. Cette femme insidieuse voyait avec rage les eilbrts de I^aclos, son vieil adversaire. L'idée de la régence ]>renait corps aux Jacobins et faisant partout du chemin. Le Dauphin couronné et le duc d'Orléans régent, c'était la perle de tout espoir présent pour le duc de Chartres. Le père ]>arrait en somme la route au fils et Laclos surtout, Laclos triomphant barrait la roule h M'"** de (jenlis. Elle résolut de l'écarter en même temps que son mailre. Tiraillé entre ses deux conseillers,
tombaiil sans cesse de Merteuil en Valmont, le mallieureux prince ne savait auquel des deux saints se vouer. Laclos Tavait fait entrer aux Jacobins le 23; le 27, M'"** de Genlis l'avait effrayé, persuadé et lui lit signer cette lettre adressée à Perlet, mais, qui parut le lendemain dans presque tous les journaux :
« A Tauteur du Journal intitulé : Assemblée nationale.
» Ayant lu. Monsieur, dans votre journal n»689 votre opinion sur les mesures à prendre d'après le ) retour du roi et tout ce que vous a dicté sur mon ) compte votre justice et votre impartialité, je dois vous répéter ce que j'ai déclaré publiquement ) dès le 21 et le 22 de ce mois à plusieurs membres ) de TAssemblée nationale, que je suis prêt h servir ) ma patrie sur terre, sur mer, dans la carrière
> diplomatique, en un mot, dans tous les postes
> (pli n'exigeront (|ue du zèle et un dévouement ) sans boHKi au bien public ; mais (juc, s'il est
question de régence, jerencmce, dans ce moment et pour toujours, au droit que la constitution m'y donne. J'oserai dire, qu'après avoir fait tant de sacrifices à l'intérêt du peuple et à la cause de la liberté, il ne m'est pas permis de sortir de la classe de simple citoyen, où je ne me suis placé (pi'avec la ferme résolution d'y rester toujours, et (|ue l'ambition serait en moi une inconséquence inexcusable. Ce n'est point pour imposer silence h mes détracteurs que je fais cette déclaration ; je sais trop que mon zèle pour la liberté nationale, pour l'égalité, qui en est le fondement, alimentera toujours leur haine contre moi ; je dédaigne leurs calomnies ; ma conduite en éprouvera consbun-
» ment la noirceur et rabsurdité; mais j*ai dû dé- » clarer dans cette occasion mes sentiments et mes » résolutions irrévocables, afin ([uc Topinion publi- » que ne s*appuie pas sur une fausse base dans ses » calculs et ses combinaisons, relativement aux » nouvelles mesures que Ton pourrait être forcé de » prendre.
» Louis-Philippe d'Orléans. »
» J'imagine, « dit insidieusement M*"* de Genlis dans ses Mémoires^ » (|u'il me chargea de rédiger » cette déclaration, parce qu'apparemment ses véri- » tables conseils n'approuvaient pas cette démarche » que Fambilion ne pouvait ni suggérer, ni trouver » prudente». Aussitôt les journaux retentirent des louanges du duc de Chartres. On vanta son courage» sa générosité, qu'on opposait à la nullité de Ijouis XYI cl à la couardise du duc d'Orléans. » Les orléanistes, dit Ferrières, sentant qu'il n'y » avait rien à espérer de cet homme réunirent leurs » vues sur le duc de Chartres, son fils * ».
Mais Laclos ne s'avouait pas facilement vaincu-. Le coup d'ailleurs n'était pas irrémédiable; de pareilles renonciations ne valent guère. II conserva tout son calme et le ton désintéressé de l'homme à principes, sans se relAcher en rien de son projet. Le môme jour parut dans le numéro hebdomadaire de son journal un article signé de son nom et de celui de Lépidor fils, (|ui se montrait tràs i*espeo tueux des décisions de l'Assemblée. Uîs républicains et les démagogues, y disait-on, veulent détruire la constitution et eilacer la royauté. Nous croyons que l'institution de la monarchie légale, inviolable peut