‹ Le trombinoscopeChapitre 120 sur 307 · A BON IN EM EN TS · texte numérisé non relu

A BON IN EM EN TS

DÉPARTEMENTS

1 an 20 fr; 6 mois [| fr; 3 mois 7 fr.

PARIS

lan 18 fr,; 6 mois 10 fr,; 3 mois 6 fr.

Pour recevoir franco par retour du courrier les ouyrages ci-dessus, en envoyer le montant à M. LÉON BIENVENU, directeur du Tintamarre, 20, rue d'Amsterdam, à Paris

UN SARA PAP PPPPPII DPI PS IP PP LP L PL PP LIP LE SPP PPP PSE PSI «NY SE)

SEPTENNAT l

DÉsrri-

NoEL-FoRTUNÉ

célèbre gouvernement français, né à Versailles, le 19 novembre 1873.

| Il avait été concu dans la nuit du 24 | |. mai précédent par | | dame Stéphanie Zoé ORDRE MORAL, qui le mitau monde six mois plus tard dans d’atroces dou-

leurs intestinales.

| L'enfant fut apporté à l’Assemblée, qui le trouva très F1 gentil; mais lorsqu'il s’agit de déclarer quel en était le père, | dame Zoé ORDRE MoraAL fut très empêchée.

Elle eût presque pu répondre, comme la fameuse figurante des Bouffes : « C’est des messieurs que je ne connais

pas. »

Effectivement, dans la nuit du 24 mai précédent, dame

Zoé OrDprE MoraL s'était laissé lutiner par tant d’amants d’âges, d'opinions et de partis différents, qu’il lui eût été bien difficile de savoir lequel d’entre eux l’avait rendue mère. |

Dans cette nuit d'amours effrénées, légitimistes, orléa-

nistes et bonapartistes, conservateurs, trembleurs et farceurs, avaient tous à la fois couvert Zoé de caresses les plus

tendres; si bien que le 19 novembre on fut obligé d'inscrire l’enfant: de père inconnu. On convint seulement que tous l’adopteraient comme leur fils.

Seuls, les républicains n'avaient pas été du fameux souper fin du 24 mai, pendant le dessert duquel la vertu de dame Zoé ORDRE MORAL avait si complètement sombré. Ils pouvaient donc récuser leur part de paternité.

D'ailleurs, le visage seul de l’enfant était une preuve de leur innocence; car le petit Noël-Désiré SEPTENNAT n'avait aucun de leurs traits.

Cependant, les républicains, pour ne point faire de scandale, ne se refusèrent pas à adopter le petit en collaboration avec ses nombreux pères.

Désiré Noël SEeprexNaT fut donc baptisé; on en confia la tutelle au maréchal de Mac Mahon, et AE de Broglie en fut nommé subrogé-tuteur.

Si l’on en croit l’histoire de cette époque, écrite par les feuilles bien pensantes ; — et il faut bien croire celle-là, puisqu'il n’y en a pas encore d’autres, — la naissance du jeune Noël SEPTENNAT fut le signal pour la France de prospérités sans nombre.

La Patrie, le rte etle Figaro, qui avaient constaté l’influence fatale du gouvernement de M. Thiers sur les recettes des magasins de nouveautés et les récoltes de toutes sortes, firent retentir les airs de leurs cris de joie en annonçant chaque matin que, depuis la naissance du

: ' : . g 3 S “34 à TS P roc IA 4, s + ad dE ES he TPE ANT F 4 4 êns ÉTAT LE © ae s ni étés. "7 7 ee ë “ en E* 4

“Sue S CS Mg TR

petit SEPrENNAT, le commerce reprenait à vue d’œil, que la température { devenait plus clémente et que les cas de petite , vérole diminuaient sensiblement.

Ces journaux consciencieux firent des prodiges pour

pousser à la confiance.

Sous M. Thiers, ils avaient imprimé je HÉtirauR de . faillites en très gros caractères avec beaucoup d’alinéas, afin que cela fit plus d’effet et effrayât davantage.

Quelques-uns même inséraient de temps en temps, en tête de leur numéro, un avis ainsi conçu: « L’abondance » des faillites, résultat inévitable des agissements du ». sinistre petit vieillard, nous oblige à ajourner à la » semaine Ne la publication de notre roman-feurlle- » ton. »

Mais aussitôt que le petit SEPTENNAT eut poussé ses premiers vagissements, ils n'imprimèrent plus les faillites qu’en lettres microscopiques pour faire croire qu’il y en

avait beaucoup moins.

Ils poussèrent des hurlements d’allégresse chaque fois qu’un étranger arrivait à Paris, essayant de prouver qu’à lui seul il faisait regorger tous les hôtels, et ne négligèrent pas un seul jour d'annoncer que, depuis la naissance du petit Noël SEPrENNAT, les nouvelles des récoltes qui arrivaient de province étaient des meilleures, |

. Une fois bien installé, Fortuné SEPTENNAT se mit en devoir d'organiser son existence ; son subrogé-tuteur, M. de Broglie, en attendant la confection des lois constitutionnelles desquelles s'étaient chargés quelques-uns des pères adoptifs du petit, supprima une quinzaine de journaux par Jour.

Uniformément ça se trouvait être des journaux républicains, ce qui à fait penser depuis qu'il n’en tirait pas Îles noms au hasard, le matin, dans un chapeau.

Un instant, on crut que Noël SEPTENNAT, orgañis é en

pouvoir régulier et fort, allait se passer du secours de l'état de siège que l’on considérait généralement comme un expédient des gouvernements mal calés, il n’en fut rien; le subrogé-tuteur de Fortuné SEPTENNAT persista à se servir de cet outil d’un maniement facile et qui tient si bien lieu, à lui tout seul, de la discussion et de l’équité, des juges et de la justice. |

M. de Broglie, en subrogé-tuteur zélé, ne négligea rien pour assurer le repos de son pupille.

Il présenta et fit adopter une loi qui lui accordait le choix des maires dans toute la France, et lorsqu'il fut armé de ce casse-maire mécanique d’une grande puissance, il pulvérisa chaque matin dans l’Officiel quelques douzaines d'officiers municipaux qui n’avaient d’autres droits à leur écharpe que de la tenir de l'estime de leurs concitoyens.

Ces mesures attirèrent bien au subrogé-tuteur de Désiré SEPTENNAT quelques vives interpellations; mais M. de Broglie, qui s’était fait signer des absolutions en blanc par la majorité de la Chambre, s’en tira toujours victorieusement.

Cependant les choses ne tardèrent pas à se présenter sous un jour nouveau et même assez imprévu.

D'un côté, on vit les républicains prendre le SEPTENNAT très au sérieux quoiqu'ils ne l’eussent pas fait, tandis que, de l’autre, on vit les vrais papas bariolés du petit commencer à lui manquer de respect, et imprimer dans leurs feuilles qu’ils avaient toujours compris que le SEPTENNAT ne devait vivre que juste le temps qui leur serait nécessaire pour le remplacer par une royauté à leur convenance.

C’est alors que le vrai tuteur du petit SEPTENNAT, le maréchal Mac Mahon, prit la parole et déclara qu’il n’était pas assez profond politique pour comprendre que sepé ans pût signifier, au choix des partis: {rois semaines ou dixsept mots ; qu'il avait recu le pouvoir pour sept ans, et que

S. £ FRS PP es à … ” s d E.. + ct E CAPE SEE Mi bei D De F ? L nn TT, AP c " Pure è t . “4 4 . N » ; » AIR : à ph = d + :

5 Vssdhe 4 L'Ate T ODe Je RU 2, D si : Je pote per. RE es mL n IE à Sn ai Pr + c stat ni à 5 DNS vert dE oo a TEE er sc road ”. ip nc: dr: chi Gt TV fi : k ri Le t : - de 9 : . a 7 n .

= oo - T 7 . 4 ins ' 3 Œe- +

(A pendant sept ans, il ferait respecter « l’ordre de choses

établi. » L:

Cette sortie fit faire un nez énorme aux papas adoptifs du petit SEPTENNAT, mais ne les convainquit point.

Ils furent obligés de ronger leur frein ; mais leur mauvaise humeur ne fut guère dissimulée, et ils se dirent entre les dents que si l’épithète de « Bayard des temps modernes » était à refaire, ils se retourneraientplus de quinze fois la langue dans la bouche avant de parler. |

Pendant ce temps, les républicains commencaient à rire dans leur barbe. Eux qui avalaient sans sourciller la purée septennale qu’ils n'avaient pas préparée, avaient bien un peu le droit de trouver amusant que ceux qui l’avaient fait cuire n’en voulussent plus manger.

Furieux, les papas du petit SEPTENNAT ne tardèrent pas à laisser poindre de nouveau leur mauvais vouloir; ils firent tant et si bien que les républicains durent, en mars 1874, interpeller encore M. de Broglie, le subrogé-tuteur, pour lui demander si, Oui ou non, le SEPTENNAT était sérieux pour tout le monde, ou bien si eux, les républicains, devaient continuer à respecter l’enfant pendant que les royalistes ne se gênaient pas pour en rire.

M. de Broglie répondit à la question par un de ces discours qui prouvent les profondes ressources de la langue française. Personne ne comprit rien à l'explication du subrogé-tuteur. |

Au milieu de cètte obscurité, les légitimistes lancèrent un pétard qui fit le meilleur effet, en déclarant que le SEPTENNAT avait été créé et mis au monde pour tenir le trône chaud à Henri V, et qu’il devait se tenir prêt à quitter la place aussitôt que le Roy « frapperait à la porte. »

Cette théorie ne fut pas du goût du tuteur en titre Mac Mahon; qui se montra peu friand de ce rôle de domestique

Page 1