‹ Le trombinoscopeChapitre 127 sur 307 · DER · texte numérisé non relu

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L'Hospital fut le premier de ces bienfaiteurs de k Presse; il substitua à l'autorisation préalable de la Faculté celle

du roi.

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Par cette mesure, la Presse se trouva soulagée juste dans Ja proportion d’un prisonnier dont on remplace le gardien par un geôlier. :

Sous cette nouvelle et biénfaisante législation, la Presse continua à compter de nombreux martyrs.

Le Breton ayant écrit trois pamphlets sur la misère du

peuple fut pendu le 22 novembre 1586. | Jarrige, Chefbobin, Chapmartin furent ésulement

. envoyés à la potence en 1610 pour un crime semblable. Le poète Durant, et les frères Patrozzi, qui avaient tra-

duit son oùvrage, furent roués le 1° juillet 1618.

Nous passons un grand nombre des victimes de cette

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époque bénie où l’on suspendait au bout d’une corde

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resque autant d'écrivains ue l’état de siège de 1875 presq q Fe

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suspendait de journaux en deux mois.

En dépit de ces procédés, la Presse ne se décourageait pas, au contraire, et devant tant de vigueur, le pouvoir fut

obligé de faire quelques économies de cordes.

Il appartenait à Richelieu de reprendre les bonnes h a . tudes un instant négligées.

Ce ministre, vexé d’avoir été cruellement blagué par de petits écrits tintamarresques, fit sans peine ressusciter l'édit qui condamnait à mort les auteurs non en carte.

Ce fut ainsi que Rambeau et Larcher furent à leur tour pendus pour avoir publié l'Ombre de Scarron.

En 1728, la peine de mort en matière littéraire fut abolie et remplacée par la marque et les galères.

Sous prétexte de mansuétude, c'était une agg ravation de peine puisqu'elle exposait les écrivains du xvin° siècle qui auraient la déveine de vivre jusqu’en 1875, à se ren-

contrer au bagne avec les bonapartistes banqueroutiers.

Cependant, tant de sévérités devenaient de jour en jour plus inutiles.

Les livres les plus scandaleux, les gazettes les plus intransigeantes s’imprimaient à l'étranger et s’infiltraient en France entre les doigts crispés des douaniers avec une abondance incroyable. | C’est ainsi que les ouvrages de Rousseau et de Voltaire pénétrèrent partout, importés de Suisse sous les jupons et dans les corsages de nos grand’mères.

Ne pouvant rien contre ce déluge, la Cour fermait les

yeux et laissait faire.

Enfin 89 éclata. Pour la première fois depuis qu’elle était au monde, la Presse respira. La constitution de 92 consacra la liberté de discussion.

La Presse fut donc libre, mais pas longtemps.

Elle commit des abus, dit-on: — que celui qui peut répondre de ne pas déjeuner un peu trop fort après quinze jours de diète forcée lui jette la première pierre.

Bref, comme il y -a toujours des gens qui guettent les affamés à leur première indigestion pour ne plus leur donner à manger du tout, sous prétexte qu’ils ont trop mangé à

un repas, la liberté de la Presse fut de nouveau restreinte.

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Nous ne parlerons que pour mémoire de la situation que lui fit Napoléon 1°, qui alla jusqu’à supprimer net tous les journaux, sauf les quatre qu'il faisait rédiger luimême par ses aides de camp à poigne.

Cette facon cavalière de ne faire tinter qu’une cloche, et d’envelopper le battant de toutes les autres avec de gros

paquets d’étoupes, a été jugée par l’histoire.

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Depuis cette époque jusqu’au 2 décembre 1851, la Presse, continuellement ballottée entre les chartes libérales nouvelles dites: balai neuf, les avènements de ministères serre-frein, les révolutions, les réactions, etc., etc., subit de nombreuses et cruelles alternatives.

Louis XVIII monte sur le trône : la Presse est libre; il s’assied, elle ne l’est plus.

Charles X lui succède: la Presse est libre; à peine s’estil installé, elle ne l’est plus. |

Louis-Philippe met le pied sur les marches du trône: la Presse est libre. Le temps de poser son gros derrière sur

le coussin, elle ne l’est plus.

La révolution de Février éclate, la Presse est libre. Juin arrive, elle ne l’est plus.

Nous ne connaissons qu’un seul régime qui ait l’honnêteté relative de ne pas commencer par dorer la pilule à la Presse: c’est le régime bonapartiste.

En arrivant, il lui met au cou sa grande main osseuse et crasseuse et l’étrangle.

Elle n’en est pas plus heureuse pour cela; mais au moins elle n’a ni la peine de se faire des illusions, ni le chagrin de les perdre.

Et franchement, quoique le bonapartisme ne soit pas de toutes les drogues monarchistes celle que nous avalons avec le moins de dégoût, nous nous demandons lequel est le plus révoltant de deux malfaiteurs dont l’un vous serre le nœud coulant tout de suite et dont l’autre vous le laisse flotter sur la nuque pendant quelques instants pour vous faire accroire qu’il vous essaie un foulard des Indes. De 1851 à 1868, la Presse fut littéralement bâillonnée :

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autorisation préalable, avertissements ; communiqués , amendes, mois de prison, etc., etc.

Tout cela lui faisait un tel amas de choses lourdes sur la poitrine, que lorsqu’en 1869 , Emile Ollivier la retira de là-dessous, on se demanda comment il se faisait qu’elle respirât encore.

Elle respirait pourtant — elle est vivace, la commère |— et bien qu’elle ne fût allégée en somme que de l'autorisation préalable, son premier souffle fut si puissant, qu’il en décala le trône de Vélocipède père (Couvrez-vousl! )

Le Quatre Septembre arriva. La Presse fut de nouveau délivrée. Peu de temps après, elle retombait de nouveau étouffée sous le plus inexorable des édredons : nous avons nommé S. M. état de siège.

Nous avons vraiment honte de chanter ainsi une chanson dont tous les couplets se ressemblent; mais est-ce que les événements ne devraient pas, eux aussi, avoir honte de nous forcer à répéter toujours la même chose ? |

Récemment, on a essayé de préparer pour la Presse une nouvelle loi dont on disait le plus grand bien; mais la difficulté de retrouver à la Bibliothèque nationale les textes exacts des édits de François 1° sur la matière a longtemps retardé sa mise en vigueur. Ces documents ont été retrou-

vés, et aujourd’hui la loi fonctionne.

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