‹ Le trombinoscopeChapitre 139 sur 307 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

A partir de ce moment, l’attitude du maréchal ne laisse plus de prise à aucune équivoque. Sans plus se soucier de la proclamation de la République que d’une puce qui serait sautée à la gorge de son cheval un jour de bataille, 1l continua à donner ses ordres et à faire rendre les jugements des conseils de guerre au nom de l’empereur.

Il essaya de négocier avec Eugénie, avec Bismarck, avec Frédéric-Charles, avec tout le monde, répandit à Metz la nouvelle que la France était livrée à l’anarchie républicaine, qu’une commande de 28,000 guillotines, à trois places chacune, venait d’être faite par le gouvernement de la défense nationale, et qu’en attendant on écrasait tous les matins les citoyens honnêtes avec des machines à broyer le macadam.

Si l’on en croit les gens mal intentionnés, voici quel était le plan du maréchal Bazaine: « Le pays n’a plus » qu’une armée : la mienne... L'ordre n’étant pas le moins » du monde troublé, je le rétablis tout de même... Je me » récompense de cet immense service rendu à la patrie en » me nommant empereur... L'opinion publique proteste… » Je m’assois dessus... ce n’est pas plus malin que ça. » Les choses ne tournèrent pas absolument ainsi, et, le 27 octobre, le maréchal Bazaine rendit Metz aux Prussiens, avec 170,000 hommes, 500 pièces d'artillerie, 13,000 chevaux et tous ses drapeaux.

Ÿ t se

Un épisode qu’il faut consigner ici pour que chacun ait sa part dans cette navrante page d’histoire : le maréchal Bazaine, pour obtenir que les drapeaux lui fussent livrés

‘intacts par ses colonels, les fit demander à ceux-ci en leur

affirmant que c'était pour les b rûler.

Le maréchal Bazainesavaitque s’il était possible d’écraser une armée française par la force ou par la trahison, on ne pouvait la déshonorer que par surprise.

ie

de LU LS

» ci l . (2 Emmené prisonnier en Allemagne avec tous les honneurs dus à sa belle conduite, le maréchal Bazaine ne revint en France qu’appelé pour témoigner devant la commission

d'enquête chargée d’examiner les actes du gouvernement

de la défense nationale et devant celle des capitulations.

Il paraît que devant ce dernier conseil il ne parvint pas absolument à prouver que la reddition de Metz devait être imputée à l'abondance des hannetons qui avaient masqué le tir de son artillerie, car la commission formula contre lui des conclusions qui l’envoyèrent devant un conseil de guerre. |

Le 14 mai 1872, 1l fut arrêté et enfermé à Versailles dans une prison de campagne(jardin anglais, pièce d'eau, serre, écuries et remises; on ferait au besoin un bail), avenue de Picardie, 32. Ce fut là qu'il attendit pendant un an — entre autres occasions imprévues — le moment de faire resplendir son innocence.

Il prépara une défense irrésist ble; tout y apparaissait net, saisissant, irréfutable, et l’on semblait même croire que le conseil de guerre, après l’avoir entendu, aurait beaucoup de peine à ne pas faire retomber la responsabilité de la capitulation de Metz sur Gambetta.

Et comme l’on racontait que pendant sa prévention, les cheveux du maréchal avaient grisonné à vue d’œil, son défenseur affirma qu'il sortirait de prison tout à fait

“blanc.

se

1, de de COR

En dépit de ces pronostics, le conseil de guerre, présidé par M. le duc d’Aumale — c’est-à-dire par celui de nos généraux qu’une telle affaire paraissait regarder le moins, puisqu'il n’était soldat français que depuis quelques mois — prononca que Bazaine avait trahi et vendu son pays.

La défense du maréchal ne manqua pas, d’ailleurs, d’une certaine effronterie.

Il ne nia pas avoir volontairement réservé son armée de Metz pour une besogne éventuelle à laquelle la défense du sol français était absolument étrangère.

Mais il soutint que, devant un gouvernement insurrec-

ES

Rs

tionnel (la République), « il ne relevait que de sa conscience » (sic) et était le seul maître d'apprécier s’il devait utiliser ses 170,000 hommes à jeter les Prussiens dehors ou à fourrer les républicains dedans.

Bazaine fut, à l’unanimité, condamné à mort et à la dégradation militaire. | |

Mais, séance tenante, ses juges — graves augures à graines d’épinards qui ne pouvaient se regarder sans rire, — signèrent un recours en grâce en sa faveur.

Le maréchal de Mac Mahon, alors GRraANp-TNEz-Nous- SAHOCHOD des partis monarchiques coalisés, s'empressa de commuer la peine prononcée en vingt années de détention, avec dispense de la dégradation militaire. |

Il fallut — dit-on — lui arrracher la plume des mains pour qu’il r’ajoutât pas en post-scriptum au décret de grâce une invitation à dîner pour le jeudi suivant.

(y Ve

Bazaine fut enfermé à l’île Sainte-Marguerite, d’où il s'évada quelques semaines après, sans plus de peine que le gouvernement de l’ordre moral n'en avait mis aux serrures de son cachot.

Les complices de son évasion furent condamnés à quelques mois de prison.

Lesquels, joints à l’exécution de Rossel, suffirent, paraît-il, à rétamer à neuf l’honneur militaire si cher à Saint-Genest.

Depuis cette époque, Bazaine promène de par le monde non sa honte, — il ne peut en avoir, — mais la honte de la France. C’est effectivement bien plus notre honte que la sienne qu'il traîne avec lui. |

Car, en le voyant passer dans les rues de Florence, de Madrid, de Genève, de Londres, de Bruxelles, de Berlin — de Berlin surtout,— si les femmes et les enfants disent, en le montrant du doigt :

— Voilà Bazaine., le traître !.…

Les hommes peuvent dire avec mépris :

— Voilà le soldat d’un pays où l’on ne sait même plus punir les traîtres !.…..

Est-il besoin d'ajouter que Bazaine fut recu à bras ouverts à Arenenberg par Mme de MoNTIo-MA-GUERRE ? |

L’entrevue, en effet, dut être touchante :

D'un côté, l’Espagnole qui avait perdu la France;

De l’autre, le Français qui avait aidé à l’égorger.

Quel dommage qu’ils ne se soient pas mariés !..: Ça aurait fait de beaux petits !.….

— — = — — N < eo vw . -

; P à mm d \

On fit courir aussi, à différentes reprises, le bruit que Bazaine avait offert ses services à Don Carlos.

Pourquoi laffaire ne s’est-elle pas emmanchée? On l'ignore. 3

Mais il est permis de supposer que les bandits de grands chemins employés par le prétendant espagnol, firent les dégoûtés quand ils eurent vent qu’on voulait leur donner

. un tel compagnon d’armes.

De même que l’alcool, le crime a ses degrés.

On peut faire métier d’arrêter des diligences sans pour cela se commettre avec un Bazaine. ù

Bazaine avait un frère, ingénieur distingué, officier de la Légion d'honneur, et deux neveux, officiers dans l’armée française. | +

Tous trois donnèrent leur démission après la condamnation du traître de Metz. QUES

Celle des deux jeunes gens ne fut point acceptée. . Et l’on fit bien.

La République, qui ne reconnaît pas l'héritage des « grands noms »,ne saurait reconnaître celui des noms maudits.

Pas plus que tout le sang de ces deux jeunes soldats ne lavera jamaïs la honte de leur oncle, l’infamie de celui-ci ne saurait ternir leur honneur.

se

Au physique, le maréchal Bazaine est un petis homme gros, à la figure large et vulgaire. Il y a bien sur ce faciès une sorte de bonhomie gouailleuse, mais en y prenant tant soit peu garde, on s'aperçoit bien vite que l’on n’a devant soi que les traits communs, durs et épais d’un gros cantinier, fortement nourri, mais ayant de mauvais instncts.

Novembre 1881.

i RO LT 77

NOTICE COMPLEMENTAIRE

Dates à remplir PAR LES COLLECTIONNEURS.,DU TROMBINOSCOPE

Bazaine continue sa vie errante à travers l’Europe, faisant le vide autour de lui dans tous les omnibus. — Il traverse incognito la France le... 18..., et passe un matin devant l'Ecole militaire juste à temps pour assister à la dégradation d’un pauvre tourlourou qui, dans un moment d'ivresse, a traité son caporal de vilain marsouin ! — Il s'éloigne goguenard en murmurant: Une belle chose tout de méme que la justice des hommes ! — Enfin, il meurt le... 19... du

remords d’avoir livré aux Prussiens, en 1870... une douzaine de

chassepots en mauvais état, alors qu’il avait encore le temps de les faire réparer avant de les vendre.

ABONNEMENTS

CRPPPR

ABONNEMENTS

LPS PS

DE ET DA ES tr “qu Ni W p\ill

100 BIO GRAPHIES

PATIS SR Un an 10fr.

Départements... — 12fr.

Paris: 2.02 Un an 10fr Départements. — 12fr.

Abonnements sans frais dons tous les bw'eaux de poste

Abonnements sans frais dans lous les bureaux de poste

FANS LE TROMBINOSCOPE

Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît. deux fois par semaine, composera des volumes de 100 biographies chacun, du même format et du même aspect que les autres ouvrages de TOUCHATOUT.

ONT DÉJA PARU

11. Belle-Mère 21. Andrieux 31. Concordat 12.3. Simon 22. Got 32. Comte de Paris

: Jules Grévy . Clémenceau

e Gambetta 43. J. Ferry 23. Louise Michel 33. Gommeux

&. République 14. Sénat 24. Conservateur’ | 34. Cte de Chambord 2. Thiers, 15. Pr. Napoléon 25. Veuillot: 39. Bisiaarck 6. Zola 16. Don Carlos 26. Crevette :: 36 Septennat Ier

1 Rochefort 17. Napoléon III 27. Mac Mahon 37. Henry Maret

Page 1