FRANÇOIS
artiste dramatiquefrançais,né à Lieusaint(Seineet-Marne) en août 1831.
Ilestfils decul- | tivateurs. | On raconte même à ce propos qu’il vint aucmonde-rsi énorme et si rebondi, que six semaines après il faillit être couronné roi
des potirons, son père l'ayant pris à la hâte, au moment |
En même temps que son talent, sa charpente s'était développée d’une façon qui ne tarda pas à devenir inquiétante, et en 1857 (il avait alors vingt-six ans) il était devenu l'effroi des chevaux d’omnibus de la ligne des boulevards, au point que ceux-ci ne voulaient jamais s’arrêter quand il faisait signe au conducteur qu’il désirait monter.
On dit même, mais ceci est peut-être un peu exagéré, que rien qu’en le voyant quitter le trottoir pour se diriger vers le véhicule, le cadran-compteur de l’omnibus sonnait tout seul trois coups pleins d'angoisse.
Depuis cette époque, M. Dumaine, toujours très choyé par le public, s’est montré tour à tour sur les principales
scènes de drame de Paris. =:
A la Porte-Saint-Martin, il a créé Faust, et, à la Gaîté, Cartouche.
Dans ce dernier personnage, il a obtenu un très grand succès de biceps. Il montait sur les toits par les cheminées, grimpait à une corde lisse, et enlevait à bras tendu les applaudissements frénétiques d’un poulailler en délire. |
Pendant ce temps, et quoiqu'il suivit un régime sévère pour combattre l’obésité qui l’envahissait, il continuait à prendre des proportions colossales, qui lui nuisirent certainement dans plusieurs de ses rôles. 3
On raconte que, pour arriver à maigrir, il se livrait aux exercices les plus violents; ainsi, par exemple, il changeait ses meubles de place chaque fois que M. John Lemoinne, des Débats, changeait d'opinion, ou bien il
mettait par terre un des plus courts alexandrins de M. de
Lorgeril, et sautait par-dessus, en longueur et à pieds joints, jusqu’à ce qu’il fût parvenu à ne toucher aucun des
deux bouts.
Il se soignait aussi par la transpiration qu’il provoquait en lisant régulièrement les Guêpes de M. Alphonse Karr
(les dernières).
Tout cela ne produisait pas l'effet qu’il espérait. Ces exercices le rendaient encore plus vigoureux, mais ne
Vamincissaient pas.
. Deux de ses rôles furent assez bien appropriés à ses facultés physiques exceptionnelles, celui de Pontis d’abord et surtout celui de Salvator, le terrible Savoyard des Mohicans de Paris.
Mais, au point de vue de l’art, sa plus belle création fut celle du comte de Rysoor, dans Patrie. Dans ce rôle cornuélien, où l’on voyait un cocu sublime bassiner son front meurtri avec l’arnica du patriotisme, Dumaine fut véritablement beau de grandeur et de simplicité; et la salle tressaillait quand il disait à l'amant de sa femme, avecune
mâle résignation:
« Non... je ne te tuerai pas: ce serait priver la patrie » d’un bras vaillant au moment où elle en a le plus » besoin... D'ailleurs, ami, ces choses-là peuvent arriver » à tout le monde! Vis donc pour la délivrance des
» Flandres!... ton existence peut rendre à notre pays la
DA
» liberté qui lui manque!... ta mort ne m'ôterait pas ce
» que j'ai de trop!... Tu m'as fait bien du mal, à mon
» Karlo!... ton couvert sera toujours mis à la maison! » Viens-tu prendre un bitter? » RUE
Malheureusement, son embonpoint augmentait toujours, en dépit des exercices excessifs auxquels il se livrait. Ce fut vers cette époque que, désespéré d’un tel accroissement physique, il se décida à employer, pour le vaincre, les moyens désespérés. Il placa une grande partie de ses économies dans les Galions du Vigo, espérant que le chagrin de les voir baisser tous les jours le ferait maigrir.
Pour être sûr de rester sur son appétit, il se faisait inviter à dîner le plus souvent possible par M. Billon, le directeur du théâtre de l’Ambigu, qui passait pour vernir les mouillettes de ses œufs à la coque afin qu’elles ne prissent pas trop de jaune. AE
Rien n’y fit, et chaque matin, en se pesant à l’aide d’un prosomètre-Jouvin très puissant, que, las de rompre les plus fortes balances, il avait fait installer dans sa chambre à coucher, il constatait avec douleur qu'il avait encore augmenté depuis la veille de cinq ou six lignes du célèbre gendre à défunt Villemessant (couvrez vous!), ce qui, ramené aux termes du système métrique, donne environ 3 kilos 500.
À l’heure où nous écrivons, il pèse trente-trois articles cinq alinéas d’Ignotus, dont la prose est 547 fois et demie
plus lourde que la fonte de fer.
M. Dumaine fut désigné par Victor Hugo pour jouer, à
l’ouverture du nouveau théâtre de la Porte-Saint-Martin,
le rôle de l’ouvrier Gilbert dans Marie Tudor. Il y obtint.
un grand succès. On savait que la scène de ce théâtre.
reconstruit pouvait contenir deux cents figurants; mais il
fallait s'assurer qu’elle pût les supporter. On est tranquille à présent. | |
Au physique, M. Dumaine estun homme de cinq pieds
huit pouces... nous n’avons pas besoin d'ajouter: de
haut, puisque c’est à peu près la même chose en large.
Il pourrait mettre les vêtements de M. de Lorgeril; mais,
malgré cette énorme encolure, la figure est fine, douce et
spirituelle: c’est à cela qu’on peut les distinguer.
Il a les bras très courts, beaucoup trop courts même
pour sa taille. Cette disposition lui cause de grands soucis
quand il est en scène; car, si ses bretelles venaient à casser
et que son pantalon tombât sur ses bottes, il ne pourrait
jamais y atteindre pour le remonter.
Novembre 1881.