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Il se réfugia à l'étranger; sa femme et ses enfants l’y rejoignirent, et pendant dix-huit années, aucun membre de cette famille ne remit le pied sur le sol français.
Le père de Jacques mourut en exil.
Le 4 septembre 1870, Jacques accourut à Paris ; il avait alors 35 ans. :
Il avait à son tour femme et enfants et s'était créé péniblement à létranger une petite position, qu’il abandonna sans hésiter fpour venir prendre sa part du danger commun. |
Rentrér en France... en France républicaine, était pour lui une joie immense.
Le malheur avait fortifié ses convictions.
Nature droite et énergique, il était devenu républicain de principes et n’admettait pas un seul instant que la vérité pût s’abaisser à transiger avec l’erreur.
Tout conquérir ou tout perdre par l’honnêteté, mais ne
rien devoir à l'hypocrisie, telle était sa devise.
Débarquer avec des idées pareilles dans le beau milieu d’une République ayant pour parrains les célèbres trois Jules ét le général Trochu, c'était s’exposer à bien des déceptions; Jacques les avala toutes.
Depuis le 8 février 1871 jusqu’au 24 mai 1873, il vit fondre sa pauvre République comme un morceau de sucre dans un verre d’eau.
Il en souffrait profondément, mais ces’ souffrances n'étaient rien auprès de celles qui l’attendaient.
Ce fut, en effet, avec une immense douleur qu’il vit
naître cette nouvelle secte décomposante dont les adeptes,
devenus depuis si nombreux, se faisaient appeler : oppor--
tunistes.
Pour Jacques, élevé dans les principes rigides du républicanisme pur, il n’y avait plus aucun doute : cette nouvelle école, dite pratique, allait devenir le danger réel.
Les faibles et les indécis allaient, en grand nombre, se laisser endormir par les promesses menteuses d’un programme fait de compromis honteux, de concessions ser-
viles, de désertions et de trahisons.
Jacques sentait qu’à ce jeu, bon peut-être pour les partis qui ne reposent que sur des intérêts, le parti républicain qui représente, lui, des principes, ne pouvait que s’'amoindrir en autorité et surtout en moralité.
Il repoussa de toutes ses forces l’invasion du phylloxera transactionniste, soutint que le triomphe de la République ne devait point être le résultat d’une série de roueries, d’intrigues, de compromis et d’enfoncements mutuels de deux groupes de retors centre droit par deux autres groupes de roublards centre gauche, et vice versa.
Il poussa même la franchise jusqu’à déclarer que certains triomphes sont déshonorants par la façon dont ils ont été obtenus, et que, selon lui, il vaudrait mieux que la République pérît encore cent fois, sallandrouzée par les bonapartistes ou piétinée par Îa cavalerie bariolée de la maison BourBoN, ETRANGER ET C°, plutôt que de devoir son succès, succès qui ne pourrait être qu'éphémère, d’ailleurs, à quelque traité interlope conclu avec ses
ennemis.
Cette raideur, il faut bien le dire, n’a pas fait à Jacques beaucoup de partisans. L'état d’anémie politique dans lequel nous vivons depuis longtemps fait la part bien plus belle aux prôneurs de la politique d’emmiellement qu’aux
défenseurs des traditions austères.
La masse paraît convaincue que le fameux dicton d’af. faires : « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès » est également souverain en politique; c’est une affaire d'appréciation.
Jacques croit qu’au contraire un bon procès vaut toujours mieux qu’un mauvais arrangement.
Il est de ceux surtout qui, dépouillés de leur légitime bien, ne consentiraient jamais à traiter avec leurs voleurs à 50 0/0. |
Il veut tout ce qui lui est dû ou rien.
Avec un caractère pareil, on se fait très aisément traiter de jobard par les malins; c'est ce qui arrive à Jacques; mais ça lui est égal. Il prétend qu’il n’y a pas de déshonneur à être vu sous le pied d’un coquin, mais qu’il y en a beaucoup à être rencontré bras dessus bras dessous
avec lui.
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En ce moment, Jacques n’est pas positivement à la noce. D’une part, il n’est pas de choses désagréables que les réactionnaires ne lui disent; ils l’appellent pétroleur, communard, etc... |
D'un autre côté, les républicains de l’école dite pratique
l’accablent d’injures ; ils le traitent d’intransigeant, d’im-
bécile, de gâteux, etc., etc... et profitent même de l’oc-
casion pour assurer leurs derrières pour le cas très probable où ils se laisseraient escamoter la République par leurs bons alliés, en criant, dès aujourd’hui, que, si la République succombe, ce sera uniquement Jacques qui en aura été la cause, avec ses revendications sottes et « inopportunes », dont l’exagération aura porté le trouble
et la terreur dans les esprits tranquilles qui... etc., etc.
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Comme on le voit, Jacques reçoit des horions de tous les côtés; mais les coups ont beau pleuvoir, 1l ne dévie pas d’une ligne. L'important, selon lui, n’est pas d’escamoter une position aujourd’hui, demain ou la semaine prochaine; c’est de tenir le drapeau de la démocratie haut et fier et de le remettre à ses enfants intact de toute bassesse et de toute mauvaise fréquentation.
Comme le triomphe définitif de sa cause ne fait aucun doute pour lui, il ne le veut qu'éclatant et incontestable,
quitte à attendre un peu!
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Au physique, Jacques RaprcaL est un homme aux traits intelligents et arrêtés. Son caractère se peint sur sa figure ; ce qu’il veut voir, il le regarde en face, 1l le fixe.
Excellent père de famille, très sobre et très soigné, il passe aux yeux des lecteurs des feuilles de joie pour un immonde buveur d’absinthe, un vil libertin et un voyou aux mains Crasseuses.
En somme, c’est un très bon citoyen, avec qui les traqueurs de la réaction seraient bien vite rassurés, s’ils n'étaient pas assez bêtes pour le condamner sans l’en-
tendre.
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En effet, rien de plus faux que le nom donné par la masse au nom qu'il porte.
Jacques RapicaL n’entend pas le moins du monde mettre la société sens dessus dessous demain matin à 6 h. 35 précises.
Il sait qu’un progrès ne s’impose pas et que les réfor-
mateurs doivent convaincre d’abord.
Seulement, Jacques est Radical en ce sens que, s’il admet les délais indispensables dans l'application des principes, il n’admet aucune concession dans la reconnaissance de ces mêmes principes.
Il veut bien que l’on mette le temps indispensable pour aller au but; mais il veut que l’on sache où l’on va, et surtout qu'on le dise franchement.
C’est tout le contraire des préceptes de l’école républicaine dite pratique, qui consistent à grimper en maraude derrière le véhicule monarchique et à attendre patiemment que ce véhicule les conduise à la République.
Janvier 1882.
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NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Antoine-Jacques Radical continue à marcher droit devant lui, récoltant sur sa route tous les déboires, toutes les injures, toutes les calomnies qui sont la récompense obligée des hommes à l'esprit droit et à la conscience intraitable. — Enfin, après un grand nombre de déceptions dont nous n’avons pas le courage de donner la liste, il meurt le... 19..., ayant la satisfaction d’avoir, sinon contribué à l’établissement d’une simili République en carton-pâte, du moins posé les jalons d’une vraie République sans alliage, et maintenu dans tout leur éclat les principes de la démocratie. sans lesquels, selon lui, tout n’est que mensonge et duperie.
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