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CROIZETTE

SoPxiE

artiste dramatique française, née en Russie, vers 1849.

Fille d’une première danseuse au Théâtre national de Saint-Pétersbourg, elle accusa de. bonne heure de grandesdispositions pour la carrière dramatique.

Toute petite, elle s’exerçait à répéter les principaux rôles du répertoire; mais sa nature violente la portait surtout à

né bercher les effets empoignants dont elle compeïf plus tard émailler ses créations. :

Un jour, on la décrocha au moment où elle se saudile"

devañt une glace pour étudier d’après nature les jeux de

physionomie de ce genre de suicide.

Ce fut à Paris que M'!° Croizette fit son éducation; elle ù

entra au Conservatoire, en 1867, dansla classe de Bressant,

qui eut toutes les peines du monde à refréner les turbus dE, lences artistiques de sa jeune élève. | * 5 L'année suivante, un jour qu’elle avait consenti à jouer

tranquillement pendant une demi-heure sans paraître avoir avalé des clous à crochets, elle obtintun premier accessit de comédie. Et, en 1860, elle remporta RRNUE

ment le premier prix.

Immédiatement engagée à la COR Fhançaise , |

M Croizette y débuta le 7 janvier 1876 dans lé Verre d’eau et bientôt dans Célimène du Misanthrope: Son entrée au Théâtre-Français commença par faire un

assez grand tapage dans la maison. La nouvelle pension-

naire avait beaucoup trop de ce qui plaît aux uns pour ne pas déplaire énormément aux... unes.

Sans posséder encore un talent de premier ordre qui lui permît de lutter avec les Favart, les Arnould-Plessy et les Brohan qui régnaient alors rue de Richelieu, la débutante

avait pour elle la beauté étrange, la jeunesse, le charme,

et par-dessus tout une certaine fougue qui n'était pas sans inquiéter gravement les plus mûres gardiennes des traditions dramatiques de la maison de Molière. l

M' Croizette obtint donc, dès ses débuts, de vifs succès. Il faut le dire aussi, les obstacles qui se dressent d’ordinaire devant les talents naissants — quelque grands qu’ils soient ou promettent d’être — s’aplanirent comme par enchantement pour la charmante artiste.

La Direction ne la laissa pas, comme il arrive trop sou-

vent, dans une inaction fatale; elle ne la surmena pas

non plus par de nombreux rôles obscurs.

. Tout pour elle fut rose et bleu dans la phase laborieuse où d’autres, moins privilégiées, se heurtent longtemps aux

couleurs moins tendres et moins riantes du travail

acharné, du talent, quelquefois méconnu, et de la lutte mgsssante.

. M"° Croizette eut le bonheur de ne rencontrer que des fleurs sur sa route.

- Une bonne fée avait présidé à sa naissance, et un hasard heureux lui mit bientôt dans la main le passe-partout qui | ouvrait à la Comédie-Française toutes les portes possibles, | y compris celle du placard sacré où sont resserrés les cinq

cents rôles du répertoire, et dans lequel elle put choisir à | Son gré, comme un enfant gâté que l’on rit de voir tremper | son petit doigt rose dans tous les pots de l’armoire aux | friandises, si sévèrement fermée pour les autres. On jasa bien un peu de cette chance, mais l’enfant préférée continua à croquer les gâteaux avec de si belles dents et en brandissant d’un air si vainqueur, aux yeux des envieux, la petite clef de soz armoire, qu’elle ne paraissait

pas se douter un seul instant que, si l’on changeaït un

de ces jours la serrure du meuble, la petite clef ne l’ouvri-

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rait plus, et qu'il lui faudrait, comme tout le monde, s’en

faire faire une autre par ce serrurier consciencieux qui s'appelle le vrai talent.

M°° Crorzette eut donc en très peu de temps l’occasion précieuse d’aborder les emplois les plus différents, selon | son caprice. |

Elle joua les grandes coquettes dans Mademoïselle de Belle Isle, les jeunes-premières dans Un mariage sous Pous AT,

ete inème. le HSE classique dans les |

F emmes savantes.

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Si elle n’excella dans aucun de ces genres, elle s’y montra toujours avec ses qualités séduisantes. |

Ses premières créations eurent lieu dans Many et la Part du roi. Ces deux succès furent tranquilles. |

Elle réussit plus complètement dans l’Acrobate, et surtout dans Adrienne de l’Eté de la Saint-Martin, de Meilhac et Halévy. — Le personnage d’Antoinette, dans le Gendre de M. Poirier, pièce qu’elle avait elle-même choisie, toujours dans l’armoire aux confitures, fut pour elle un succès assez vif.

Sans posséder toutes les finesses artistiques de ses devancières dans ce rôle, elle y déploya beaucoup de charme, de sentiment et d'énergie.

La fameuse phrase: Ef maintenant... va te battre! fut certainement lancée par elle avec une expression d’amour et d’orgueil d’une vérité incontestable.

Ce fut le commencement de ces pétards que sa nature fougueuse la porte à faire partir dans toutes ses créations.

En moins de trois années, M"*° Croizette joua près de trente rôles; elle mit littéralement au pillage l’armoire aux confitures.

Dans Jean de Thommeray, elle eut la chance — nous disons la chance, car c’est évidemment cela qu’elle cherchait — de scandaliser une partie du public (et nous nous hâtons d’ajouter qu’à notre avis ce n’est pas la bonne) en créant un rôle d’impure avec un réalisme d’une grande hardiesse.

Sa façon de ramasser ses jupes et de demander effrontément: Par où s’en va-t-on? quand on annonce l’arrivée de la mère de son amant, chez qui elle ést, était d’une

audace très heureuse.

Plus tard, le Sphinx lui fournit une nouvelle occasion de déchaïner les fureurs des ordremoralistes de l’art dramatique. Dans ce drame, elle osa la plus effrayante des

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agonies. Les bégueules d’art crièrent à l’inconvenance. Nous sommes de ceux qui trouvèrent cet effet superbe.

Pourquot ne pas vomir en scène pendant qu’elle y était? dirent certains critiques. Nous répondrons à cela que c’est faire à l'artiste un procès de tendance, et que c'est justement parce que M'"° Croizette allait jusqu’au vomissement sans vomir qu’elle faisait preuve de talent.

D'ailleurs, lorsqu'un comédien doit mourir en scène, qui donc peut se permettre de limiter exactement la. dose d'émotion que l'artiste a le droit de faire naître chez le spectateur ?

Cherche-t-on, oui ou non, l'illusion au théâtre? Si le public la cherche, l'artiste doit, dans la mesure des convenances, la lui rendre possible.

Ces convenances, il appartient à tous de les apprécier; et, nous le répétons, la scène d’agonie du Sphinx nous a semblé une audace, soit, mais une audace de bon aloi, approchant la vérité de plus près peut-être qu’on ne l’avait fait encore, sans dépasser la limite que le bon goût assigne à l’art et au réalisme.

M°"° Croizette créa ensuite le rôle de Suzanne d’Ange, dans la comédie de Dumas fils le Demi-Monde. La reprise de cette pièce du Gymnase par le Théâtre-Français donna lieu à de nouvelles criailleries.

On accusa cette fois la direction d’avoir laissé fouiller M'° Croizette non seulement dans l’armoire aux confitures de la Comédie-Française, mais encore de lui avoir ouvert Parmoire des autres théâtres en lui permettant d’y puiser les friandises de son goût.

M'° Croizette joua ce dernier rôle avec sa violence accoutumée, et la critique, — qui a peut-être bien un peu de parti pris et de rancune contre tant de chance, — Pécrasa sous des souvenirs et des comparaisons qui portent rarement bonheur aux derniers venus.

Bref, et comme le fameux péfard était obligé, M°° Croizette nous a fait assister dans le Demi-Monde à une lutte à main plate qui, comme réalisme, ne le cédait guère à l’agonie du Sphinx. | |

Dans la scène où son amant Fr vient Li prendre de force la lettre qu’elle lui cache, M°° Croizette se fait littéralement meurtrir et terrasser.

Ici encore — nous en sommes désolé — nous sommes de ceux (et iln’y en a guère) qui trouvent cette scène excellente. Nous avons si souvent ri au théâtre en voyant ces luttes ridiculement réglées et dans lesquelles chacun des combattants a l’air de trembler pour l’empois de ses manchettes, que nous ne pouvons trouver mauvais qu’une comédienne, à qui l’auteur indique de résister par la force, rende cette lutte vraisemblable et fasse partager au public la terreur qui la domine.

Une des dernières créations de M° Croizette a été Ja | Princesse de Bagdad, d'Alexandre Dumas fils.

Dans ce personnage plus risqué que vraisemblable, l’exubérante et audacieuse artiste a, comme d'habitude, risqué un de ses effets favoris.

Tout le monde la voit encore, à la scène capitale, où elle s’avoue, devant son mari, la maîtresse d’un Crésus étrange; tout le monde se souvient de son déshabillage violent, qui faisait trouver bien rapide la chute du rideau.

Cette scène éminemment absurde ne pouvait être sauvée que par la hardiesse de la comédienne, qui, de même qu’un chauffeur désespéré lance à toute vitesse sa machine contre l’obstacle qui le menace, donnait de toute la vigueur de son tempérament d'artiste excentrique contre la huée imminente de sifflets qui allait accueillir lPiasanité provocante de l’auteur. | | |

Depuis quelque temps, le bruit court que M'® Croizette se dispose à renoncer au théâtre. Nous n’y croyons pas.

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