‹ Le trombinoscopeChapitre 207 sur 307 · MONTÉPIN XAVIER · texte numérisé non relu

MONTÉPIN XAVIER

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Mais enfin, quoi ?

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Le jeune Xavier prenait une dem feuille de | papier. À 2 ei qu'il coupait en quatre.

En tête du premier feuillet, il mettait un titre ronflant, puis il laissait tout le feuillet en blanc, sauf la dernière | +

ligne qu'il remplissait par une phrase à eflet quelconque ;

et ainsi de suite pour les quatre feuillets, lesquels, si

préparés avaient à Jeu près get FSI pose F ,

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d'un coup de pistolet vigoureux, Ie jour même au couvent.

Francœur étendit le capitaine FIN.

Alors, le jeune Xavier s’imposait la tâche de remplir les

vides laissés dans ces quatre feuillets, de façon à ce que

les passages semés en jalons se rapportassent avec la prose

ajoutée dans les blancs.

Ces essais donnèrent des résultats informes. Mais le

jeune Xavier remarqua que ce genre de littérature sau-

grenue n'en avait pas moins une prise énorme sur les

idiots.

Le jeune Xavier devina qu’un procédé littéraire qui s'étaie sur la bêtise humaine devait immanquablement

mener son auteur à la fortune et il se voua au roman.

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Il en avait déjà pondu pas mal, lorsqu’éclata la révolu-

Apres

tion de 1848. M. Xavier de Montépin avait alors 24 ans, juste l’âge où les hommes, même les plus ordinaires, sont surtout accessibles à ces grandes manifestations qui ont la justice et l’amour de la liberté pour programme; mais M. de Montépin n'était pas un homme ordinaire; il était de beaucoup au-dessous de ce niveau moyen de lintelli: gence humaine. ;

Il ne pouvait donc rien comprendre aux aspirations généreuses qui enflamment d’ordinaire si facilement les

jeunes gens, et il fonda des petites feuilles réactionnaires.

Fils de comte, comte lui-même et fabricant d’idems à

dormir debout, il saliva de toutes ses forces sur la révolution de 1848.

On compte par centaines les romans dont M. Xavier de Montépin fait craquer depuis vingt ans les rayons de tous les cabinets de lecture; mais il y a trois hommes en M. de Montépin : le romancier, l’auteur dramatique et le tom-

beur des libres penseurs.

Nous avons parlé du romancier, passons à l’auteur dra-

matique. M. de Montépin a donné quelques pièces au

théâtre, et l’on peut dire que les premières de cet auteur .

ont été autant de régals pour les critiques dramatiques.

Abordons maintenant le côté le plus intéressant de cette personnalité. Quand on lit un roman ou que l’on assiste à

la représentation d’un drame de M. de Montépin, on peut

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encore à la rigueur croire que c’est un bonhomme malin

qui gagne de l’argent en se moquant du public. Malheureusement pour M. de Montépin, il a un troi-

sième côté qui ne permet plus d’illusion sur sa valeur

personnelle.

-Ce côté, c’est sa prétention au moraliste. Il faut l’en-

tendre tomber sur les enterrements civils.

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C’est lui qui fit un jour, en plein Figaro, la proposition suivante : « Que la charrette du bourreau conduise au » cimetière des gutllotinés tout cercueil qui n'entrera pas » à l’église. » Et plus loin : « Mesdames, détourne;

» la tête; enfoncez vos chapeaux, messieurs; et vous,

LA

» canaille, saluez !... c’est la carcasse d’un libre penseur

» qu'on traîne au charnier communard. »

Un des derniers romans de M. de Montépin est celui qui parut dans le Figaro sous le titre des Tragédies de Paris.

Cette rocambolade — moins le talent — dura plus de dix mois.

L'auteur y avait introduit tant de personnages et tant d'actions, que les lecteurs ne s’y reconnaissaient plus.

Le Tintamarre dut publier un Guide de l'abonné du

Ficaro à travers les Tragédies de Paris.

Plusieurs fois même, M. de Montépin, qui écrivait ce

feuilleton au jour le jour, fut obligé d’en suspendre la

publication parce qu'il s'était perdu daus ses dix-neuf intrigues, :

A eine LL envoya à M. de Villemessant un té

gramme de détresse ainsi conçu : « Suis Le SE » embourbé, sais plus qu’ai fait de Sarriol; ai mê'é » enfants du prologue, me rappelle plus avec qui ai mar’é » comte de Trejan mois dernier. Envoyez secours. »

Plus que jamais, dans ce dernier roman, M. de Montépin crible de ses traits mordants ses cauchemars attitrés : la libre pensée, la République et les républicains.

Grâce à sa merveilleuse aptitude à créer d’adroites tran-

sitions, et même à s’en passer, il trouvait moyen de trai-.

ner dans la boue tous les deux jours, à propos de tout et surtout à propos de rien, les chapeaux mous, Garibaldi, le Srècle etle Tintamarre.

Rappelons, pour mémoire, qu'avant d’ & enfoncer son chapeau sur le passage des carcasses de libres penseurs », M. de Montépin avait écrit quelques livres assez moraux pour appeler l’attention du parquet. | L'un d’eux, les Filles de plâtre, obtint même l’estampille de la police correctionnelle qu’il serait imprudent, aux maîtresses de RÉ de confondre avec l’apostille

de l’archevêché.

Au physique, M. de Montépin est un très a

bel homme.

Seulement, il abuse, comme écrivain, du droit que ces deux qualités lui donnent.

Somme toute, on pourrait encore, à la rigueur, par-

donner à M. de Montépin d’être le plus grossier des sty- P P y

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listes, le plus plat des romanciers et-le plus sifflé des auteurs dramatiques, si toutes ces qualités de premier ordre n'étaient renforcées d’une brutalité épaisse et d’une malveillance insolente pour tout ce qu'il ne comprend pas, ce qui l’expose naturellement à être malveillant pour beaucoup de choses.

Si cet amuseur de vieilles concierges savait se contenter de ce rôle subalterne.. mais très nourrissant, à ce qu'il

paraît, nous consentirions encore à l’admirer à l’égal des

DS ULIEurS a vingt-cinq sous qui gagnçnt de STOSSES

rentes en empoisonnant leurs contemporains; maisil n'en

est point ainsi.

Jluy a dans cette caricature grossière de Ponson du Ferrail toute l’étoffe et toute la morgue d’un préfet à poigne de l’ordre moral; et c’est surtout à ce titre que nous avons cru devoir présenter à nos lecteurs cet écrivain qui, en dépit de cent cinquante volumes de banalités, n’est parvenu à faire parler de lui qu’en expectorant un jour soixante lignes ordurières sur les enterrements

civils dans les colonnes du figaro.

Février 1882.

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NOTICE COMPLÉMENTAIRE

Dates à rembplir

PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE

M. de Montépin écrit encore 175 romans dans lesquels il s'offre la satisfaction de traiter Garibaldi de gâteux, les lecteurs du Siècle, d'ivrognes et les libres penseurs de « charognes ». Enfin, il meurt le... 18... — pas d’un transport au cerveau. — Son éditeur publie un catalogue de ses romans sous le titre : Liste des ouvrages publiés de M. de Montépin; mais le typographe fait une coquille qui, pour être volontaire, n’en est pas moins sublime, et met en tête du pros- COTE « Liste des ouvrages oubliés de M. de Montépin. »

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