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fut d’abord élevé dans Îles princi- | | pes courageux et | frondeurs par Latouche et Nestor Roqueplan.
Ce dernier fut un de ceux qui, en 1830, signèrent la fameuse LS — DIS || protestation conrer LÉ tre les ordonnan- Tor Lrr PIE D NE
Al ces muselant la presse. Il ne paraissait pas se douter à cette époque que la
feuille alerte qu’il avait dirigée pût un jour se transformer |
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au point d’applaudir à la suppression des journaux rÉpublicains par l’état de siège. HS Fi garo fut tué par ( dé nombreux procès.
En 1854, M. de Villeméssant le ressuscita, ou plutôt fonda sous ce nom une nouvelle feuille demi-mondaine
qui, rédigée avec ce qu'on appélait alors de l'esprit, se fit
lé moniteur scandaleux de la galanterie parisienne et le.
grand officiel de la calomñie ét de la diffamation.
Le Figaro de Beaumarchais commença à se trémousser
dans sa tombe en voyant à quel genre de boutique on le faisait servir d’enseigne.
Il n’était pas au bout, comme on va le voir.
De 1854 à 1866, Figaro vécut assez péniblement. Il se soutenait pourtant. M. de Villemessant, à qui Pon ne peut contester une adresse merveilleuse à stimuler la curiosité publique, savait de temps en temps lâcher quelque pétard qui ravivait pour trois semaines sa vente au fuméro:
En 1856, pour un numéro plus gros que les autres probablement, Figaro fut supprimé.
Ïl eut une inspiration.
Le petit Vélocipède IV venait de naître, frgaro lui demanda sa grâce avec toutes les platitudes de rigueur en pareille circonstance. Elle lui fut accordée. |
Mais que l’on ne s’y trompe pas, l’obligé en cette circonstance était l’Empire et non le Figaro. L'Empire le comprit fort bien.
Nous ne nous souvenons plus des titres qu'invoqua le Figaro en se prosternant pour lécher les langes impériaux auxquels il demandait sa grâce; mais notre avis est qu’il eût pu le prendre de plus haut avec l'Empire, et s’écrier, le poing sur la hanche :
« Est-ce donc ainsi que l’on récompense les services » d’un complice dévoué ?.. Prenez garde !... Onne sup- » prime pas comme cela un Journal qui vous aïde à faire » votre besogne!... Qui donc, plus que moi, travaille
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» pour vous au salutaire ramollissement de la France : » Citez-moi une feuille qui, mieux que moi, corrompe le » goût public, chante les gloires de la vie facile et du » libertinage, et sache distraire une génération de toute » idée généreuse, de toute aspiration virile?.. Au lieu » d’une grâce que vous voulez me forcer à vous demander, » C’est une subvention que vous devriez m'offrir. »
Bref, Figaro fut gracié et reprit son honorable commerce bi-hebdomadaire jusqu’en 1866, époque à laquelle il devint quotidien en remplacement de l’Evénement qui venait d’être supprimé. |
La campagne vigoureuse que fit Rochefort dans le Figaro transformé attira à ce journal quelques désagréments dont M. Villemessant se hâta d'éviter le retour en remplaçant son dangercux rédacteur par des écrivains dont l’épine dorsale était en pure baleine. |
A partir de ce moment, le Figaro ne cessa plus de poursuivre de ses sarcasmes les libéraux avec un acharnement dont la publication des papiers de la famille impériale a, depuis, trahi le secret. |
Ce fut le Figaro qui traita de Prussien M. Thiers lorsque celui-ci se permit de faire observer au maréchal LEBŒUF DIT CINQ Fois PRÈT qu'il y aurait peut-être quelque imprudence à déclarer la guerre avant de s'être assuré si sur les huit cent mille soldats dont la France payait l’entretien depuis quinze ans, il n'y en aurait-pas par hasard cinq ou six cent mille auxquels ne manquait plus, pour être prêts à entrer en campagne, que des habits, des souliers, des fusils, et quatre années d'instruction militaire.
Le 4 septembre 1870, quand la République fut proclamée, le Figaro fit une de ces pirouettes que n’eût point désavouée Auriol.
En moins de temps qu’il n’en faudrait pour toucher un dividende de l'Union générale, ce qui n'est pourtant pas
long, il se transforma en organe républicain.
Il s'agissait alors de se laisser prudemment porter par le courant. |
Mais Figaro, comme bien d’autres d’ailleurs, ne tarda pas à reconnaître, avec une certaine joie, que le torrent | républicain des hommes de septembre n’était pas méchant, | et que l’on pouvait parfaitement circuler dedans — voire même y cracher — sans aucun risque.
Alors, une contre-pirouette replaça le Figaro dans son | avant-dernière position, et il put bientôt se livrer impunément à l’éreintement quotidien de tout ce qui, hommes et Re choses, pouvait toucher de près ou de loin à la République. ml Depuis, il est resté fidèle à cette ligne de conduite, et il ne se passe pas de jour qu’il ne vide sur la tête des hommes
du parti démocratique son baquet de rédaction.
| | | Après la Commune, le F7garo contribua de toutes ses
| forces, par sa bienfaisante pubhcité, à faire pencer Îles
| quelques fédérés qui se cachaient pour échapper aux recherches de la police.
| Cependant, le directeur du Figaro ne fut point décoré, | comme l’on s’y attendait généralement. Quelques personnes s’en étonnent même encore ; mais nous sommes en mesure de leur expliquer ce qu’elles considèrent à tort comme | une injustice. M. de Villemessant, entre autres brillantes | qualités, était à la tête d’une modestie invincible, et s’il ne 4 fut décoré, quoiqu'il l’eût bien mérité depuis trois ans,
FA c’est que pendant trente autres années 1l avait tout fait pour ne pas l’être.
Figaro est devenu une puissance énorme: cela ne fait ni | son éloge ni celui du public. Il est tout simplement une éi chose malsaine qui répond à un besoin malsain ; le besoin DA étant grand, la chose est prospère ; ce n’est pas le moins du | monde consolant, mais c’est ainsi.
| Un des procédés de prédilection du Figaro est la diffamation.
Le plus souvent ses victimes, pour ne pas affronter les
ennuis d’un procès, se contentent d’une rectification, ce qui est un leurre, attendu que le public qui alu l'attaque ne lit pas toujours la réplique, et que de la calomnic, comme dit Basile, il reste toujours quelque chose.
On a calculé qu’en collant côte à côte les démentis qu’a reçus et insérés le Figaro, on ferait un cerf-volant capable d'enlever la terre et de l'emporter à travers l’espace, ce qui ne nous avancerait pas beaucoup, puisque nous serions obligés d'emmener en même temps toutes nos belles-mères, plus Ignotus et Saint-Genest.
Entre autres actes de haute utilité publique, on doit au
Figaro le lancement de femmes très distinguées dans le { 1h genre de Blanche d’Antigny, dont les bains au vin de ; | Champagne occupèrent naguère jour et nuit six ou huit ni. reporters de la feuille sainte qui compte aujourd’hui un | grand nombre d'abonnements dans le clergé.
: De temps à autre le Figaro a offert à ses lecteurs des primes étranges: des mandarines, des zoctropes, etc., etc. ; il donna même un jour des montres, en attendant que son bon Roy nous donnât des chaînes.
Il adore aussi les mystifications, mais quelquefois, au | lieu de les prendre par la crosse, il les empoigne par le | | canon, et alors !.… | | Exemple : Un jour, sous l'empire, croyant en «faire une bien bonne », il lança un numéro républicain dans lequel il se déclarait vendu aux démocs.
Tout le monde le lut et personne ne se douta que ce fût | une charge, tant la chose parut naturelle.
| Ce ne fut que le lendemain, quand le figaro reprit | son allure habituelle, que le public parut réellement surpris.
Le Tintamarre publia à ce propos la question suivante, qui était d’une assimilation très cruelle: Un individu | d'assez mauvaise mine dit en riant à un monsieur : « Voici | | » votre portefeuille que je viens de vous enlever pour rire | |
» de votre poche. C'était une farce !.. » Le monsieur, sans rien dire, prend le portefeurlle et l'ouvre pour voir st son argent.y est encore. On demande sur le nez de qui retombe cette facétie ?
La mort de M. de Villemessant n’apporta aucun changement appréciable dans la marche de cette maison richement achalandée — comme le sont tous les établissements de ce genre qui font bien les choses.
Le Figaro continue, comme par le passé, son charmant commerce, très lucratif.
Il distribue chaque année de très gros dividendes à ses actionnaires qui peuvent s’écrier comme Vespasien : Cet argent sent-1l mauvais ?
Cependant, privé de son fondateur qui, en somme, était un habile homme dans son genre, le Figaro baisse à vue d'œil.
Il est toujours aussi malpropre; mais il est moins drôle, ou pour mieux dire : n’est plus drôle du tout.
Ïl y a maintenant dans la maison des chefs de colonnes qui la font à la solennité et qui sont ennuyeux comme la pluie.
Un établissement de ce genre ne devrait pas perdre de vue que son succès tient exclusivement aux agréments qu'il procure à sa clientèle; et tous ses soins devraient tendre — comme M. de Villemessant l'avait merveilleusement compris — à faire le métier qui lui a si bien réussi sans poser pour autre chose.
Le Figaro actuel dévoie.
Les opulents lecteurs de cette feuille de joie n’attendent pas d’elle autre chose que du plaisir, du plaisir MÉSBFORE mais enfin, du plaisir pour eux.
Ils lui demandent simplement d’appeler tous les matins Victor Hugo « vieux serin », les libres-penseurs « tas de charognes », Garibaldi « vieux poëlon » et de leur donner l’adresse des « dames du monde dans l’embarras ».
Quand on se laisse raccrocher le soir par une femme au
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coin d’une rue, on n’éprouve pas l’impérieux besoin de connaître à fond son sentiment sur la réforme de la magistrature.
Au physique, le Figaro est un vilain bonhomme jaune. tlétri, grêle de membres et gros du ventre : un être débile et sans muscles, mais trop bien nourri.
Il ne ressemble en rien au personnage vif, frondeur. hardi et fier qu’il a pris pour enseigne, car il n’a ni gaîté, ni courage, ni fierté. Il se rue sur les faibles, s’aplatit devant les forts, et sa devise remaniée devrait être : « Louëé par ceux-ci, acheté par ceux-là, remorquant les » Sois, bavant et léchant, je me hâte de vivre de tout. de » peur d'être obligé de « crever. »
D'ailleurs le Figaro a cela de commun avec plusieurs de ses confrères —dontle titre est devenu comme une profanation à côté de lui — qu'il met toute la haine et toute la perfidie de Basile sous le patronage de Figaro ; nous voyons des journaux s'appeler, par exemple, le Gauloïs, la Liberté ou le Pays, sans doute parce que le premier n’a rien de gaulois, que le second veut nous faire prendre l'empire pour la Lberté, et que l’autre ne représente guère que l’opinion du pays. qui s’étend de Bastia à Ajaccio.
Mars 1882.
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NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Le Figaro poursuit le cours des succès... que lui font nos vices. — Avec la République, les mœurs devenant meilleures, son influence décroit. — Il est toujours très riche; mais il ne lui reste plus absolument que cela, ce qui lui suffit d’ailleurs. — Le... 18..., un statisticien propose de se servir du chiffre de vente du Figaro pour déterminer les fluctuations de notre niveau moral. — Le pro- Jet est adopté et fonctionne à ravir. On s'aperçoit qu’au fur et à mesure de la diminution du Figaro, les nouveaux-nés sont plus nombreux et plus robustes, les hommes plus vigoureux, les femmes moins catins, les jeunes gens moins gommeux, et les actionnaires moins bêtes. — Enfin, le... 18..., ne répondant plus à aucun besoin, le Figaro meurt... du rétablissement de notre santé. Ainsi
soit-il.
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