‹ Le trombinoscopeChapitre 245 sur 307 · NT TN AMIE RTE · texte numérisé non relu

NT TN AMIE RTE

aftistiques, philosophiques ét d'éconotñie sociale. Te

| | Sün tälent, à cette époqué, n’était pas très ferme: Où | sentait bien, sous son style un peu emphatique, sous une forme nuageuse, de naissantes convictions libérales; mais les procédés d’exposition manquäient de cette netteté si précieuse qui fait la force des vrais écrivains réformateurs en rendant les sujets élevés qu’ils traitent intelligibles pour | tous.

| Ce. défaut de clarté chez M; Pellétän fut encore aug-

se menté par une admiration sans bornes qu’il voua à Bamar- | tine, et naturellement par uüñ peñchant très accentué à emprunter au grand poète ses procédés de style peu à la

| portée du vulgaire.

Bien entendu, nous ’avohs pas la prétention de faire Fo ici une critique de ce geñré de littérature élevée qué tout le | monde admire : quelquessuns Pour ce qu’elle vaut vrai- | ment, et beaucoup d’autrés pour €e qu ils en oft RE dire. |

Tout au plus, nous periñéttrions-hous de regretter que souvent des écrivains d'uñ haut mérite et qué leur tempérament a poussés vers l’étudé des questions sociales qui

intéressent les masses, traduisent leurs admirables pensées

| de façon à se faire comprendre par huit nersonnes sur

mille, pendant que les neuf cent quatre-vingt-douze autres

les regardent la bouche ouverte, entendant, sans le coôm-

prendre, un bruit harmonieux, et perdant ainsi le bénéfice de tant de bonnes choses qui n’ont que le malheur d’être beaucoup trop bien dites.

Après la révolution de 1848, Lamartine offrit à M. Pelletan un emploi au ministère des affaires étrangères. Ce dernier refusa et répondit qu’il ne voulait pas «entrer dans la République par la porte d’une fonction. » Quelques bonapartistes, qui commençaient à cette époque à rôder ‘autour des étalages — fort mal surveillés d’ailleurs — de la République, sourirent de pitié en entendant cette « naïveté. »

M. de Morny, à qui l’on raconta le fait, haussa les épaules et dit à ce propos : « Les scrupules sont à l’ambi- » tieux ce que les bagages sont au voyageur, il faut en » avoir bien peu pour ne pas en avoir trop. »

M. Pelletan entra au Bien Public, échoua dans la Charente-Inférieure aux élections pour la Constituante,faute, sans doute, de s'être expliqué assez clairement avec ses électeurs, et entra au Pays (l’ancien), puis de nouveau à la dre:

On le vit, surtout en 1840, attaquer très violemment les socialistes et les républicains de la Montagne. Le coup d'Etat du 2 Décembre réduisit M. Pelletan au silence; mais, en 1853, il entra à la rédaction du Siècle, ouil ne

tarda pas à se faire remarquer.

Les événements qui venaient de s’accomplir avaient aiguisé sa verve. Il reconnaissait enfin qu’en face de l’arbitraire, de la violence et du succès des coquins, il fallait que l'écrivain honnête et convaincu sortit des généralités philosophiques, des rêves et des contemplations ; qu'il taillât sa plume de poète en plume de com-

bat, qu’il abordât de face les questions humaines; en un

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mot, qu’il précisât net et ferme ses principes et ses idées.

Dans cette nouvelle manière, M. Pelletan trouva le succès. Il demanda l'abolition de la peine de mort en matière politique, l’amnistie, le retour aux libertés, etc., etc... Naturellement, en réclamant tout cela, il fut recu par l'empire comme un homme qui, venant d’être assommé et dévalisé la nuit sur une grande route, dirait aux brigands qui l’ont mis dans cet état : « Je n’ai qu'une chose à vous demander : Venez avec moi au plus prochain poste de gendarmerie. » Mais au moins, il avait fait son devoir : il avait poussé son cri.

Ce fut en 1853 que M. Pelletan publia son livre capital : Profession de foi du XIX® siècle. Tombant en plein dans cet empire naissant de filous et de filles, ces paroles élevées, cette apologie de la vertu, cet appel à la pureté, furent une première lueur dans le cloaque. La machine immonde était lancée, ce livre de foi jeté sous la roue ne pouvait l’arrêter ; mais il alla fouiller dans l’âme de toute une jeune génération que l’empire avait déjà engourdie, et, bousculant impitoyablement tous les vices hideux qui l’empâtaient : l’égoïsme, la lâcheté et l’indifférence, il fit vibrer en nous, qui avions vingt ans à cette époque et étions menacés d’en avoir soixante le lendemain, cette corde qui, tant qu’elle ne sera pas complètement brisée, sauvera toujours les peuples asservis : celle du réveil de leur fierté. |

En même temps qu'il publiait de nouveaux livres : le Monde marche, le Pasteur du Désert, etc.. etc., M. Pelletan collabora à divers journaux, sur lesquels il attira les persécutions de VÉLOCIPÈDE père — couvrez-vous ! —

Il devint la bête noire de l'administration, et, tour à

tour, la Presse, l'Avenir et le Courrier de Paris furent contraints, par ordre supérieur, de renoncer à sa collaboration.

C'était ainsi sous l'empire : on lançcait un anathème

majeur sur un journaliste malfaisant, et, sous peine d’excommunication non moins majeure, tous les journaux devaient reculer d’horreur à l'approche de sa copie maudite.

En 1860, M. Pelletan fit tressauter d’indignation tous les nez d'argent des médaillés de Sainte-Hélène, en entreprenant une vive campagne contre Béranger, à qui il reprocha d’avoir popularisé la légende napoléonienne.

Le fait est que, sans vouloir diminuer en quoi que ce soit la gloire du bonhomme qui a tant égayé les desserts de nos pères, on ne peut, en bonne conscience, lui savoir un gré infini des onze mille couplets qu’il a consacrés à chanter les louanges de l’inventeur des plébiscites biseautés, qui n’a, en somme, jamais rendu qu’un seul service aux peuples : celui de leur ôter un roi pour leur en donner un autre. |

En 1862, M. Pelletan publia un nouveau livre : la Nouvelle Babylone, satire cuisante contre le Paris impérial, et l’année suivante, le département de la Seine l’envoya au Corps législatif où, pendant sept années, il fit à l’empire une opposition ni plus, ni moins vive que celle des Simon, des Favre et des Picard, une de ces douces oppositions, enfin, dont les opposants vivent longtemps et dont les empires ne meurent jamais.

Ceci n’est point un reproche particulier à M. Pelletan, mais il est bien avéré que sans les événements de 1870, tous les petits cailloux soigneusement arrondis que les

irréconciliables à la guimauve lançaient prudemment à la

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tête de l'empire, n’eussent jamais précipité d’un quart de seconde la chute du gouvernement dont tous les portemonnaie bonapartistes portent encore le deuil... afin de pouvoir dire qu’ils portent quelque chose.

Après le 4 septembre 1870, M. Pelletan fit partie du gouvernement de la Défense nationale, mais 1l ne joua qu’un rôle très effacé. Déjà visiblement fatigué, il n’était plus (leût-il jamais été?) l’homme de telles circonstances. |

Hélas! faut-il le dire? Oui, c’est bien cruel!... Pelletan crut à Trochu. En novembre 1870, il écrivait : T'rochu est un caractère tout à fait romain dans sa grandeur. Quel œil il fallait pour y fourrer un pareil doigt!

Trochu!... ce général incapable d’envoyer seulement une compagnie aux remparts sans la décourager par une proclamation désespérante!.… ‘Trochu a pu tromper Pelletan!... Pelletan trouve à Trochu un caractère romain !.… Il s’est trompé... C’est apostolique qu’il a voulu dire;

mais romain !.. Oh! où! OH!

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Réélu le 8 février 1871, M. Pelletan siégea sur les bancs de la gauche. Comme beaucoup de ses confrères vicillis, il y fit peu de bruit. Bon nombre de gens de très bonne foi acceptèrent ce silence prolongé et affirmèrent que les vieux députés républicains se taisaient parce qu'ils jugeaient cela plus prudent. D’autres croient que c’est parce qu'il le jugeait plus facile.

Le 30 janvier 1875, il recut et accepta ses invalides sous forme d’une nomination de sénateur.

Nous ne pouvons que répéter, à l'égard de M. Pelletan, ce que nous avons dit de tous les républicains de valeur

qui se sont laissés enfermer dans cette Chambre qui ne

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représente rien, et dont leur premier devoir était de contester la légitimité.

Il n'appartient pas à un défenseur convaincu du suffrage universel d’accepter un mandat du suffrage restreint,

Consentir à siéger au Sénat, c’est le reconnaître.

Et reconnaître le Sénat trié qui fait échec à la Chambre des députés élus par le peuple, c’est renier et desservir le

peuple.

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Au physique, M. Pelletan est un homme aux traits austères, à l’œil sombre; à la barbe dure, à l’air sinistre. L’aspéét d’un apôtre qui S’est nourri pendant cinq semaines avec un radis noif ct qui ne renierait pas sa foi pour uñ gigot de mouton. |

Au moral, c’est le même homme, et l'éloge n’est pas mince par le temps d’Ollivier, de Batbie et de Fourtou qui court: |

Enthousiaste cassé, utopiste déçu, poëte qui s'était envolé dans le bleu et qui a été rejeté sur la terre, où l’on ne marche pas avec des ailes, tel est l’homme !... Que peut-il — et que peuvent ses pareils pour la République? La rêver et laisser les autres la faire.

Mars 1882.

NOTICE COMPLÉMENTAIRE

Dates à remplir

PAR LES COLLECTIONNEURS DÙÜ TROMBINOSCOPE

M. Pelletan continue à vivre en honnête homme et en libre penseur pour prouver au Figaro que cela se peut trés bien. — Il ne le lui prouve pas. = Enfin, il meuft le... 19... Avant de mourir, et à la surprise générale, il demande à sé confesser, — Comme ses amis lui expriment leur étonnement, il leur répond : « Il y a quel- « que chose de trop grave dans ma vie pour que Je puisse me passer « des secours de la religion: J'ai pris Trochu pour Spartacus, le « soubassement de sa mâchoire inférieure pour de l’audace et sa « calvitie pour du génie. J’ai besoin de l’absolution suprême. »

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Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100 bio-

pRpues chacun, du même format et du même aspect que es autres ouvrages de TOUCHATOUT. |

ONT DÉJA PARU

4. Jules Grévy 2, Clémenceau 3. Gambetta 4, République 5. Thiers 6. Zola 7. Rochefort 8. La Canicule 9. duc d’Aumale 10. Victor Hugo 411. Belle-Mère 12. J. Simon 13.3. Ferry 14. Sénat

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