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d'énormes dispositions musicales.
LECOCO.
CHARLES
compositeur français, né à Paris le 3 juin 1834.
[hest le: fils d’un employé au tribunal de commerce.
Tout jeune, il fréquenta les audiences ; mais ce n'est pas là qu'il fut initiéaux mystères de l’ac-
cord parfait.
Dès l’âge de trois ans, le petit Lecocq annonçait
++ [lretenait avec une grande facilité tous les. airs qu'il:
Iléommença de bonne heure à travailler l'harmonie et | entra au Conserfatoire en 1850 dans la classe de Bazin. à ; Dès la première année, il remporta un prix d'harmonie «ct d'accompagnement, et, au bout de deux ans d’études
avec Halévy, obtint un sécond prix de fugue et de contre
. point.
entendaitet les jouait sur le flagcolet.
| Charles Lecocq sortit du Conservatoire en 1855, avec
un talent déjà remarquable, mais il lui arriva ce qui arrive
à tous les jeunes compositeurs : 1l fut sur le point d'être
obligé, pour vivre, d'employer sa science de la fugue et de
l'harmonie... à tenir des comptabilités à trois cents francs dans des maisons de caoutchouc.
Pas plus que les jeunes littérateurs, les jeunes poètes et les jeunes peintres, les jeunes compositeurs ne voient s'ouvrir aisément devant eux les portes qui ménent à la fortune et à la gloire. |
Beaucoup sont obligés d’y faire de longues factions et d'attendre que les places, plus où moins bien oceéupées par les vétérans, soient devenues libres ; et s’il est une carrière où cette attente soit longue et pénible, c'est assurément celle de compositeur, car la plus modeste de ses tentatives a besoin, pour arriver au public, d’un concours si compliqué, que l’on aurait réussi la conjonction de quarante-cinq centres parlementaires en moins de temps qu’il n’en faut à un jeune musicien sans nom pour trouver un librettiste qui lui confie un acte, des chanteurs qui consentent à l’exécuter et un directeur qui daigne l’entendre.
Charles Lecocq avait la foi, il ne se découragea pas.
Tout en continuant ses études, il se mit à donner des leçons de musique, guettant une occasion d’infiltrer une opérette par le trou d’une serrure directoriale pendant que le concierge du théâtre aurait le dos tourné; car on sait que, dans la plupart des théâtres, les concierges ont une consigne sévère : Ne laisser passer dans l'escalier n1 chiens ni
manuscrits.
Cette occasion, Charles Lecocq l’attendit plus de deux ans. Enfin, elle se présenta, et dans des conditions curieuses.
Offenbach, qui était alors directeur des Bouffes-Parisiens,avait eu l’idée ingénieuse et honnête de mettre au concours la partition d’une opérette de Léon Battu et Ludovic Halévy: le Docteur Miracle.
Dans le lot des 815,000 doubles-croches que cet appel fit pleuvoir sur le piano d’Offenbach, deux petits colis furent distingués à cause de la verve et de l’originalité des mélodies qu’ils contenaient. L’un avait été déposé par Bizet, l’autre par Charles Lecocq.
Les deux partitions furent couronnées et soumises alteinativement chaque soir au jugement du public, qui prononça en dernier ressort en faveur de Charles Lecocq.
Ce qui avait fait le succès de cette première partition du débutant était une remarquable clarté de style et une absence complète des procédés vulgaires : pas de recherche apparente, et-pourtant aucune concession faite au mauvais goût. | En un mot, cette œuvre indiquait un talent franc, vigou.
reux, naïf et de bon aloi.
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Cette innovation dans un genre déjà très compromis par
des cascades démesurément pimentées, rencontra, comme
il fallait s’y attendre, des détracteurs.
D'abord, tout le clan des fanatiques de la musique
ennuyeuse, appelée grande musique, se répandit en sourires dédaigneux en entendant ces mélodies charmantes, simples et faciles que tout le monde écoutait avec plaisir et comprenait tout de suite sans être obligé de convoquer
pour cela un congrés européen.
Ces bonzes de l’art... compliqué, et dont nous respectons d’ailleurs l’innocente et grotesque toquade, sont absolument persuadés qu’il n'existe au monde qu’une seule et vraie musique : celle.-dont on ne peut apprécier les beautés enfouies qu’à la condition d’être complètement initié à tous les mystères de l’algèbre harmonique.
Toutes les opinions sont libres, en fait d’art du moins (‘puisque le gouvernement n’a pas encore pensé à inventer
l'ordre moral musical).
Aussi trouvons-nous très naturel que certaines oreilles, qui se disent volontiers des oreilles d'élite, prennent — ou fassent semblant de prendre — un grand plaisir à lPaudition des immenses symphonies tortillées des concerts classiques.
Quant à nous, nous avouons humblement que beaucoup de ces grandes machines-là nous semblent d’une obscurité complète. ; |
Souvent, nous avons essayé de suivre, l’oreille en arrêt, les yeux sur le programme, le développement d’un de ces
chefs-d’œuvre; et, la main sur la conscience, il nous est
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arrivé fréquemment, au moment où l’orchestre exprimait — d’après le programme détaillé, — « Les sensations que fait éprouver à la jeune bergère le lever du soleil sur une plaine verte », de trouver que ce petit air s’adaptait aussi bien à « l’arrivée au relais d'une vieille diligence par
un temps de brouillard ».
Cette confession sincère convaincra nos lecteurs que nous sommes trop profane pour ne pas avoir quelque sympathie pour les mélodies franches et claires de M. Lecocq. Ce premier succès ne suffit pas,comme on eût pu l’espérer, à aplanir les obstacles devant le jeune compositeur. La carrière d’artiste est une succession d’antichambres qu'il faut forcer les unes après les autres avec beaucoup de persévérance; la première est la plus rude, il
| | est vrai, mais elle ne dispense pas des suivantes.
M. Lecocq donna quelques opérettes sur des scènes de
quatrième ordre : Æuis clos, aux Folies-Nouvelles; Les
Baisers de la Poste, les Ondines et le Cabaret de Ramponneau, aux Folies-Marigny. Jusqu’en 1857, il continua à donner des leçons, ses droits d’auteur ne lui suffisant pas encore.
Nommé accompagnateur à l’Athénée, 1l composa à ce théâtre la musique de l’Amour ef son carquois, qui obtint un vrai succès.
Vinrent ensuite Fleur de Thé et les Jumeaux de Bergame, qui furent très applaudis.
Le musicien était lancé. La fortune avait désormais cessé de le trahir. Il est vrai que Lecocq avait chanté plus
de trois fois.
Gondolfo, aux Bouffes, le beau Dunois et la reprise de Fleur de Thé, aux Variétés, le placèrent définitivement au rang des compositeurs arrivés.
Pendant la guerre de 1870, M. Lecocq se retira à Bruxelles, où il obtint de nombreux lauriers pacifiques, avec ses opéras des Cent Vierges et de la Fille de Madame Angot. Quand les Prussiens eurent évacué le territoire français, M. Lecocq revint à Paris, et y apporta son second opéra. |
La Fille de Madame Angot fut jouée, comme on le sait, plus de quatre cents fois sans quitter l’affiche du théâtre des Folies-Dramatiques. Cet ouvrage est, sans contredit. l’œuvre la plus remarquable de M. Lecocq. La partition fourmille de morceaux aimables et spirituels, qui tous sont devenus populaires. Giroflé-Girofla et: les Prés- Saint-Gervais, que M. Lecocq a ensuite fait repré
senter aux Variétés et à l’infortuné théâtre de la Renais-
sance, ont obtenu un succès assez vif, quoique ces deux
ouvrages ne possèdent pas, au même degré que la Fille de Madame Angot, la franchise d’allures et le sansfacon qui avaient valu tant de vogue à cette dernière opérette.
Depuis, M. Lecocq a donné au théâtre un assez grand nombre d'œuvres nouvelles, mais dont aucune n’a obtenu le succès de la Fille de Madame Angot. Kosiki, le Pompon, la Petite Mariée, la Marjolaine, le Petit Duc, ont, il est vrai, réussi dans de différentes proportions, mais il faut bien avouer que ce genre, toujours un peu le même,
n’a plus sur le public la même action qu’au début.
Au physique, M. Lecocq est un homme aux traits assez ordinaires. Le génie n’y éclate pas.
À peine une pointe de malice dans l’œil indique-t-elle
cet esprit que l’on prête volontiers à l’auteur du fameux
chœur de Perruque blonde, et des couplets de l’engueu-
lade : Ah! c'est donc toi, madame Barras! qui ont presque
fait le tour du monde. M. Lecocq est un compositeur
vraiment français. Sa musique, vive, facile, expressive, a même parfois de la distinction et de la finesse. On dit que, comme musicien, M. Lecocq est très savant ct possède à fond la science de l'harmonie. En ce cas, il est encore bien plus fort, car il trouve le moyen que cela ne s’apercoive pas.
Il obtient le résultat; mais il cache la combinaison.
Que ceux qui ne se contentent pas qu'un plat soit bon et veulent encore savoir comment il est fait, maudissent cet art qu'ils disent facile; mais nous doutons qu’ils parviennent à en dégoûter ceux qui le trouvent agréable.
Mars 1882.
ESS 09 ps
NOTICE COMPLÉMENTAIRE
M. Lecocq continue à doter les théâtres d’opérette de ses partitions agréablement chatouillantes et à se faire conspuer par les apôtres de la musique de haute et aristocratique somnolence. — Le... 19..., il va se fixer dans une petite villa d'Araucanie pour échapper aux airs de la Fille de madame Angot dont il était poursuivi partout, et meurt de désespoir le... 19..., en entendant un naturel de l’endroit jouer sur sa flûte l’air :
C'était pas la peine, assurément, De changer de gouvernement.
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