AUGUSTIN = GABRIEL
portier français et plaie nationale, né faux Loges, le 15 mai 1822.
En venant au | monde, il affirma d’une facon éner- | gique son impla- | cable vocation pour l’état de concierge :
M ayant hâte de voir 7 D le jour, il sortit violemment du sein de
| sa mère sans attendre la sage-femme, et quand celle-ci arriva, 1l tirait sur le cordon de toutes ses forces.
n'occupeñt pas. A 10
” doux, il se placça garçon de bureau chez un financier véreux
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L'enfance, ni même l’adolescence d’Augustin n’offritént rien de particulier. ‘à
Il essaya de plusieurs métiers ; mais aucuñ ne lui coh=
venait. Il avait un goût prononcé pour les occupations qui
en un mot, il était RENE SR ne D
he pouvait rester parce qu'aucun ne lui semblait D til VE
de l'Empire, et épousa bientôt la cuisinière de la maison.
Il trouvait déjà la satisfaction d’une partie de ses goûts pour le far ntente. | |
Cependant, Augustin n’était pas encore satisfait. Il rêvait depuis son enfance les doucetifs édtéléfinèsques d’une bonne porte dans ün quartier gras. |
Il voyait plusieurs de ses amis, plus privilégiés que lui, crevant de bonheur et d’oisiveté dans leurs bonnes loges bien chaudes, et cuvant, au milieu de toutes les bonnes de la maison, les ineffables ivresses de cette vice-royauté qui s'appelle le conciergeat. |
I n'y put tenir plus longtemps et se mit à la féchéréhe d’une loge. :
Grâce à ses relations, il en trouva facilemeéht une, mais
pas précisément celle qu'il avait entrévue dans ses songes
bleus. Cette loge était celle d’une maison de quatrième
ordre, dans la rue de Cléry. | Les locataires étaient tous de petits industriels boriegt et simples.
Les gages étaient minimes, les profits presque nuls, ét
il fallait balayer l’escalier au moins deux fois par semaine.
De plus, la loge était assez obscure et sans salon ; le propriétaire n'avait pas encore pris le gaz; il fallait faire les lampes, et puis il venait beaucoup de monde dans la maison. Enfin, une vraie boîte !.…
En cinq années, il fit trois autres loges, montant d’un grade à chaque changement, et l’œil toujours fixé sur un cordon idéal : celui qui se tirerait tout seul sur un signe du maître enseveli au fond d’une ganache moelleuse.
Enfin, le r5 octobre 1866, les vœux ardents d'Augustin furent comblés : il fut engagé en qualité de concierge-gérant par M. Joseph Lentripé, gros bourgeois enrichi, qui lui confia la garde d’un de ses nombreux immeubles de la rue de Châteaudun.
En prenant possession de son nouveau poste, Augustin, que nous appellerons désormais respectueusement monsieur Delaporte, fut saisi d’un immense orgueil.
Ce n'était plus la petite loge sombre de la rue de Cléry, mais deux superbes pièces tapissées, dorées et meublées avec luxe, des glaces, des tentures partout, eau et gaz, ‘ascenseur, et., etc... — M. Delaporte avait alors quarantequatre ans, un commencement de calvitie et d'embonpoint lui donnait déjà une certaine dignité ; quelques économies l'avaient rendu légèrement arrogant.
En un mot, il était prêt pour ces nouvelles splendeurs et y fut tout de suite à son aise.
En choisissant M. Delaporte pour concierge, M. Lentripé avait été merveilleusement servi par la chance. Il donnait à ce fonctionnaire, comme c’est l’usage, trois ou quatre cents francs de gages par an, c’est-à-dire juste de
quoi mourir de faim ou lobliger à vivre aux crochets des
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Mer
locataires, ce qui remplissait admirablement les conditions ordinaires de ce contrat tacite passé dans nos mœurs, et qui consiste à mettre le locataire à la discrétion du serviteur de son propriétaire.
Nous ne voyons guère que l’état de siège qui puisse faire paraître cela un peu moins arbitraire.
M. Delaporte n’eut garde de ne pas user et abuser d’une
situation aussi commode. Il classa ses locataires en deux.
catégories : les bons et les mauvais. Les bons étaient
ceux qui donnaient le moins de peine et le plus d’étrennes.
Les mauvais, ceux qui donnaient moins et recevaient
davantage.
Quand M. Delaporte cut fait deux tas de ses. contri=
buables, 1l n’eut plus qu’un but : manœuvrer de façon à rendre les mauvais bons et les bons meilleurs.
Mais c’est ici où apparaît le génie de M. Delaporte. Il semble, au premier abord, que le premier soin d’un concierge qui veut rendre généreux un locataire qui ne l’est pas, doit être de redoubler de complaisance envers lui,
afin de forcer sa reconnaissance.
M. Delaporte usa du procédé contraire; il organisa
contre les locataires rétifs à la gratification une campagne
infernale de persécutions et de mauvais traitements.
Il ne voulut rien devoir à la sympathie, mais tout obtenir par la terreur.
Nous devons l’avouer : son système fut couronné du plus grand succès.
M. Delaporte, à l’heure qu’il est, a mis tous ses corvéables au pas. Les quelques-uns qui ont persisté à se
cabrer sous son joug s’en repentent cruellement.
cé —— ————— ———— ————