‹ Le trombinoscopeChapitre 252 sur 307 · MARIE LAURENT · texte numérisé non relu

MARIE LAURENT

MaRiE-LUGUET

(dite)

(rancaises nee à Tulle, en 1826.

D'une famille de comédiens, elle montra.dès le berceau,une Vocation irrésistible pour le théâtre.

Douée d’un ortgane puissant, d’un geste plein d'ampleur et d’un regard d’une grande énergie, elle faisait déjà tressaillir sa nourrice en lui déclamant: Gardes !.…

artistedramatique qu'on m'obéisse!... allez !... caca popo. »

Dès l'âge de trois ans, elle parut sur la scène; et plus

tard fut engagée à Robe où elle débuta dans l'emploi des

ingénues.

Sa nature NAT LOT ne pouvait s nccotlièder lent k

É de ce genre de NASA dans lesquels sé se Lo f

un pet-en-l’air de J he Prével. | “ 4 Elle passa à Toulouse, puis à Bruxelles, où elle joua le. À

Nu

-drame avec succès. Là, elle épousa un jeune baryton de

beaucoup de talent, Pierre-Marie Laurent, qui mourut.

fort jeune, et dont elle conserva le nom au théâtre.

En mars 1848, elle débuta à PÜdébh, c où ‘ele fut peu remarquée, parcourut encore la province, et revint à l’Odéon en 1849, jouer François le Champt. "NN

De cette époque date sa réputation ; elle avait enfin trouvé sa voie. En 1852, elle entra à la Porte-Saint- Martin et créa Aspasie, de l’/magier de Harlem, avec we (Een succès. FN

Puis vint /a Poissarde, qui commença à donner Le vraie mesure de son talent. NT

Elle fouilla ce rôle plébéien avec une conscience inouïe.

On ne saura jamais les sacrifices qu’elle fit dans la vie privée pour se préparer à rendre ce personnage. Ce qu’elle alla elle-même marchander de maquereaux à là halle, matin, pour étudier sur le vif les gestes et les intonations du métier, est inconcevable. j A

De plus, un trait bien caractéristique donnera la mesure du zèle et du dévouement que Marie Laurent apporta à cette création : |

En feuilletant les registres d'administration de l’Urivers

et du Pays, année#1852, nous y avons vu le nom decette

En Ci ÉRR ER RE RE ST ES mÉCEEEe = ns A Re Peu à Le. P = as = Pa

actrice inscrit pour un abonnement de trois mois à chacune

de ces feuilles.

Quelle conscience, et quels soins dans les détails!

Marie Laurent passa ensuite à l’Ambigu, y joua la Cese de l'oncle Tom et Trente ans, ou la Vie d’un Joueur. — Depuis, Marie Laurent, dans la plénitude de ses moyens. a marché de triomphe en triomphe. La Porte-Saint-Martin. l’Ambigu, le Châtelet et l’Odéon l'ont possédée tour à tour: et dans tous les rôles qu’elle a créés, elle a fait preuve d’un grand falent joint à une vigueur incomparable.

Il faudrait citer tous ses rôles pour compter tous ses succès.

Ceux qui lui ont vu jouer le Fï1s de la Nuit n’oublieront

jamais [a scène des deux mères, où Marie Laurent se

montra si effrayante, que le jour de la première représen-

tation, le souffleur,/terrifié, abandonna son trou et s'enfuit,

tout affolé, se réfugier au poste Bonne-Nouvelle.

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L'année suivante, elle obtint un succès plus vif encore avec la création de Jacques Sheppard, dans les Chevaliers du Brouillard. Dans ce rôle, ses qualités naturelles trouvèrent un libre essor.

La sonorité masculine de son organe, ses traits durs, son talent de gymnasiarque, etc., etc., l’aidèrent à rendre ce personnage avec une effrayante vérité.

Hâtons-nous d'ajouter, afin que ce qui précède ne ressemble pas à un mauvais compliment, que Marie Laurent déploya dans ce rôle un réel mérite dramatique.

Cette double manifestation de deux sensations si opposées était fondue dans un même cri, dans un même éclat

de voix. L'effet fut irrésistible.

Marie Laurent, qui était devenue l’idole du boulevard, créa, avec le même bonheur, une quantité d’autres rôles, au nombre desquels lOrestie, Rocambole, la Voleuse d'en-

fants et la Tireuse de cartes.

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Elle se fitremarquer dans Lucrèce Borgia, dans l’Aïeule,, et parut même dans Phèdre avec succès.

Quelques critiques contestèrent pourtant son mérite dans ce dernier rôle, ainsi que son aptitude à aborder

le grand répertoire classique pour lequel, prétendaient-ils,

elle n’avait pas la distinction nécessaire.

Il doit bien y avoir dans ce jugement un peu de prévention. On avait vu Marie Laurent exceller dans le genre populaire, et de là à décider en dernier ressort, dans un feuilleton du lundi, qu’elle n’était pas apte à autre chose,

il n’y avait qu’un pas très aisé à franchir.

Nous souhaiterions que le Théâtre-Français mît Marie Laurent à même de répondre aux feuilletonistes un peu moutonniers, qui enfilent souvent trop volontiers les raisonnements tout faits.

Déjà leurs oracles ont été en partie démentis par l’éclatant succès de Marie Laurent dans la tragédie de Leconte de l'Isle : les Erynnies.

Le rôle de Klytaimnestra, dans cette pièce aussi odéennuyeuse que possible, fut pour Marie Laurent un triomphe complet.

Dans la scène écrasante des imprécations, elle trouva des éclats de fureur incroyables et inconnus jusqu'ici,

même des gens qui ont eu l’occasion de voir un écri-

sis

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vain bonapartiste n’ayant pas encore recu le 3 son mois de

Chislehurst.

Nous ne voudrions pas attrister par des comparaisons les lundistes assermentés qui ont fermé au nez de Marie Laurent la porte du grand répertoire classique; cependant, il nous faut bien constater que les artistes comme il faut et officiels, qu’ils patronnent un peu par habitude, ne nous

inondent guère d'émotions aussi profondes que celles que

sut provoquer Marie Laurent dans les Erynnies.

Nous ne savons pas ce qu'eût été Rachel dans ce rôle. Nous ignorons quels effets en eût tirés M'*° Favart, une

étoile régulière, celle-là !... avec ses trafnasseries manié-

rées d’un organe sans chaleur; nous ne nous rendons pas

compte non plus de ce qu’eût fait de Klytaimnestra M°° Arnould Plessy, autre étoile de bon ton, avec son nasillement prétentieux et insupportable. Mais, ce qui nous

semble hors de doute. c’est qu'aucune de ces artistes

poinçonnées, avec tout le talent qu’elles possèdent et en y

ajoutant même tout celui dont les critiques de Panurge leur font crédit, n’eût interprété ce personnage avec autant de force, d'éclat, de puissance et de vérité que Marie

Laurent.

Ceci dit, nous sommes tout prêt à convenir, avec les feuilletonistes symétriquement cravatés, que chez Marie Laurent le coup de pied dans la queue de la robe n’a pas ce moelleux et cette grâce minaudière qui fait... les socié-

taires du Théâtre-Français.

Ajoutons que Marie Laurent s'efforce de suppléer à cette

qualité dramatique de premier ordre, qui lui manque, par

un débit très pur, une grande chaleur, un organe puissant

dont le clavier complet possède à la fois les accents terribles des monstres et les caresses tendres des mères, le don des larmes, l’énergie, l'émotion, etc., etc... On ne peut pas

tout avoir.

Marie Laurent a créé, au théâtre de la Porte-Saint-

Martin, le rôle de Marie Tudor, ce drame qui n’échappa aux éperons de la censure de l’état de siège que parce que Victor Hugo consentit à ne pas l'appeler : La Reine

s'amuse.

Elle y obtint un véritable triomphe. Bien entendu, cette

reprise d’un drame où l’on voit une reine changer de.

premier ministre à chaque arrivage de marée, ne fut pas

du goût des journaux rabagasistes ; et leurs reporters, qui

ne manquent jamais d’arborer l’habit et le gant paille pour assister à la première d’une polissonnerie réactionnaire des Variétés, affectèrent de paraître en pet-en-l’air et en gilet montant à la reprise de Marie Tudor. Ils ne firent pas de bruit à la représentation ; mais, — imitant le rageur légendaire, — à la façon dontils n’avaient pas changé de chemise, on vit bien qu'ils n'étaient pas contents.

Tout récemment Marie Laurent a créé avec un énorme succès le rôle de la Flécharde dans Quatre-vingt-treize de Victor Hugo. Impossible de produire un effet plus formidable que celui obtenu par là grande artiste au moment où le vieux sergent Radoub trébuche à chaque pierre de la Tourgue, en allant sauver l'enfant de la Flécharde: — Vous ne tomberez pas, je vous regarde !... est dans la bouche de Marie Laurent un des effets les plus intenses que l’on

ait jamais vus au théâtre.

Au physique, Marie Laurent est de moyenne taille, un peu forte maintenant ; les traits sont rudes et accentués, l’œil énorme et plein d’expression ; chose bizarre, il a sa gamme complète ; il exprime tour à tour la fureur et la tendresse, et dans les rôles muets comme ceux de l’Aïeule et de la mère dans Thérèse Raguin, Marie Laurent mime des scènes entières avec une clarté admirable.

Avec des yeux comme ceux-là, on n'aurait pas besoin de langue.

La mobilité de son regard est si expressive que souvent, au restaurant, elle s'amuse à commander son dîner sans dire un mot. Aussi bouché que soit le garcon, il n’a qu’à la regarder, et il lit dans ses yeux: « Potage printanier, » beafsteack saignant, cèpes bordelais, raisin et café, vite, » vile, je suis pressée; de l’eau fraîche, el Ôtez-mot le Figaro de la /…

Marie Laurent a épousé en 1850, un acteur, M. Desrieux, qui, depuis ce jour, n’obtint pas de nouveaux succès.

Avril 1882.

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