LOUIS - ALEXANDRE GOSSET DE GUINES
dessinateur fran-
çais, né à Paris,
lewrmwoctobre
Comme son | confrère, le cari- # caturiste Cham, | AndréGilla donc
renoncé à porter
un très beau nom
qui ne lui avait rien coûté, pour s’en faire un, encore plus beau, il est
vrai, mais qui, au moins, devintillustre par sa faute.
C’est, d’ailleurs, ainsi que nous allons le voir, le seul
| côté par lequel ces deux artistes puissent être comparés, | car ils ont suivi chacun une route différente, et si Cham a
| fait trop souvent de son talent et de son esprit l'usage le | moins élevé, André Gill a mis le sien au service de la
| seule cause qui puisse tenter les hommes vraiment supé-
rieurs : celle de la liberté.
ses
Gill, dès sa plus tendre enfance, fit preuve d’une vocation
irrésistible pour le dessin.
Déjà, bien qu'il travaillât sérieusement le genre classique, dont Leloir était un des disciples sévères, sa verve satirique s’accentuait et son crayon se montrait fortement entaché d’une irrévérence chronique envers les puissants du jour.
Gill entra à l’École des beaux-arts; mais le besoin de se
créer des ressources l’en fit bientôt sortir, et 1l se mit cou-
| rageusement à dessiner des bois pour les journaux illus-
| trés.
| Cette campagne obscure dura jusqu’à l'époque de la | | conscription. Gill tira ce que, dans les pays même les plus de chauvins, on persiste à appeler un mauvais numéro, et fut incorporé dans les armées impériales. | | Son séjour au régiment, où il ne resta guère qu'une année, ne parvint pas à lui inculquer ce goût sacré de, | l’absinthe tri-quotidienne en douze cents carambolages liés, que sous le bas empire, les héros de décembre con-
fondaient beaucoup avec l’amour de la patrie.
André Gill fit donc le moins tristement qu’il put son
involontariat d'un an.
Il ne se fit aucun scrupule d’utiliser son spirituel crayon
au rachat dé toutes les corvées militairés pour lesquélles il se sentait peu de goût.
Il faisait le portrait de tous ses camarades, même de ses supérieurs, ét S’exémptait ainsi de beaucoup de chargés en déssinant celle de son sergent-mäjor.
Gill revint à Paris et reprit son crayon, qui était déjà très vigoureux. Il collabora de nouveau à certaines feuilles satiriques. Mais, tout à coup, il obtint le succès le plus brusque, la vogue la plus étourdissante que l’on ait jamais vue.
Le journal /a Lune venait de se fonder et la première page en avait été confiée à Gill.
La Lune était un petit journal alerte; indépendant, pauvre, naturellement, mais, par cela même, dégagé de toute influence de sac, et pouvant, le nez en l'air, les mains dans ses poches vides, promener à travers les puissants et les ventrus de l’époque son rire de gavroche insouciant et gouailleur.
* Libre de ses allures, Gill put donner carrière à toute sa fantaisie. [1 ne tâtonna pas longtemps.
Avant son huitième dessin, il avait mis en plein mille et créé cette charge ample, vigoureuse et saisissanté qui à fait le succès de ce journal.
Quand le gouvernement de VÉLOCIPÈDE père — couvrezvous! — vit les soixante mille vitrines des libraires de France cribléés de ces coups de crayons incisifs, il en ressentit dé violentes démangeaisons. M. Rouher et même M. Ollivier étaient assez malins pour comprendre la supériorité écrasante de la polémique crayonnée sur la discussion écrite.
En effet, les dessinateurs jouissent de ce privilège bien
enviable qu’en deux secondes ils en ont dit au public bien plus que nous en cinq cents lignes.
Ce qui est vrai pour les dessins en général, le devient
bien plus encore quand il s’agit de ceux d’un artiste tel que
Gill, qui possède au plus haut degré le sens critique et le don de la clarté.
Tous ces dessins étaient des succès, beaucoup étaient d’une férocité tranquille et inouïe, quelques-uns sont res-
tés comme des chefs-d’œuvre.
Ce fut alors qu’Anastasie forgea pour le jeune caricaturiste des foudres d’un calibre jusqu’alors inconnu.
Lorsqu'un dessin de Gill arrivait à la censure, il n’y avait pas de loupe assez puissante pour aller en fouiller toutes les profondeurs. Les censeurs en étaient arrivés à emprunter au directeur de l’Observatoire les télescopes les plus formidables pour scruter les hachures de leur Gillmitaine. |
Ils étaient absolument persuadés que le dessin, le plus innocent en apparence, devait cacher les intentions les plus perfides ; et le public s’y prêtait de si bonne grâce qu’il cherchait, lui aussi, des rébus dans tous les dessins que produisait le crayon de Gill.
C'était arrivé à un tel point que lorsque le malin dessinateur était embarrassé par le choix d’un sujet, il se disait en souriant: Je vais faire un simple clyso-pompe sans aucune intention, le public saura bien en trouver une. Souvent il se trompait : le public en trouvait plusieurs.
Pendant les deux ou trois années qui suivirent l’établis-
sement de la République anémique que l’on sait, les cari-
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catures d'André Gill n’eurent plus le retentissement énorme qu’elles avaient eu précédemment,
Son talent, alors plus puissant que jamais, n’a pas besoin d’être excusé ici, nos lecteurs n’ignorant pas que si le gouvernement de l’ordre moral avait attaché des boulets de seize à la plume des écrivains, il avait réservé ceux de
soixante-douze pour le crayon des dessinateurs.
Les premiers possédaient l’état de siège de M. Ladmirault qui leur tenait déjà passablement chaud.
Mais les autres avaient en plus Anastasie qui les étouffait.
Récemment, l’éminent caricaturiste a subi les atteintes d’une maladie qui nous a causé beaucoup d’inquiétude.
Il est maintenant complètement rétabli et prépare pour le Salon deux toiles remarquables qui produiront le plus grand effet s’il veut bien, une fois par hasard, consulter sa montre et ne pas arriver une heure trois quarts après l'expiration du délai fixé pour le dépôt des œuvres soumises
au jury.
Au physique, André Gill est un vaste et superbe garçon, à la carrure puissante et harmonieuse.
Chez lui, cette musculature de taureau, qui d'ordinaire ne va pas sans une certaine épaisseur vulgaire, est au contraire accompagnée d’une élégance charmante. La tête, bien que rudement attachée et comme alourdie par une chevelure tumultueuse, a des balancements majestueux.
Ses bras, bras terribles! bras à jongler avec la massue
d'Hercule, se meuvent dans un équilibre plein de grâce.
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— Jupiter affiné, Achille renforcé, de rnême que l'Océan, ce colosse, a des ondoiements.
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Comme tous les artistes de tempérament, Gill à des
faiblesses d’enfant et des haines farouches. Sans compter
Anastasié,nous connaissons, entre autres, trois choses pour lesquelles il professe une horreur égale : 1° la musique, 2° les pendules ettous autres engins marquant l’heure, 9 1411Vcuruire | | Nous avons dit qu’il haïssait la musique, c’est peut-être trop ; il la méprise. | Quant aux pendules, aux misérables pendules qui se permettent de sonner l'heure d’un rendez-vous auquel il ne se rend jamais, il les hait au point de souhaiter une nouvelle invasion prussienne qui en nettoie radicalement la France, | | Reste la rive droité!... Il faut entendre avec quel dédain il parle des géns qui habitent le quartier Montmartre, «à des distances folles du cimetière Montparnasse », qu’il appelle « Le céñtre des affaires. » — À ce propos, le Tin- Lamarre imprima un jour ce quatrain :
Gill est très sujet au vertige.
Le vide l’attire, dit-on,
Au point que ce travers l’oblige A loger près dé l’Odéon.
Avons-nous dit que Gill était auteur dramatique et qu'il avait donné une charmante pièce, le Caïssier, sans comp-
ter ce qu’il a en portefeuille ? Avons-nous dit que Gill était
uñ pote, un vrai poète, ét que son « Vez du pauvre de Paris» et son « Nocturne» étaient dé petits chefs-
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d'œuvre ?... Avons-nous dit que Gill était... mais nous aurons plus tôt fait de dire ce que Gill n’est pas ; car la prétention de Gill, prétention souvent justifiée, est d’être tout, même phtisique !... Oui! Ce Titan, qui a les forges de Montataire dans les poumons, vous aborde rarement sans vous demander comme une grâce de vouloir l’ausculter dans le dos.
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Quand il rentre le soir chez lui, pour s’assurer qu’il est bien poitrinaire, il éteint, en soufflant, tous les becs de
gaz de sa rue.
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Enfin, la place nous manquant ici pour dire tout le bien que nous pensons du vaillant artiste qui a ressuscité la caricature politique en France, nous constaterons comme suprême éloge, qu'il a été, à maintes reprises, couvert d’une boue épaisse par les feuilles chislehurstiennes.
Avril 1882.
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NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
André Gill continue à habiter la rive gauche et à appeler dédaigneusement l’autre la rive... étrangère. Îl persiste à se faire passer dans le monde pour phtisique au 35e degré, et voulant un jour enlever obligeamment un petit bout de duvet sur le collet d'un gros monsieur qui passait sur le pont des Arts, il souffle si délicatement sur la redingote qu’il envoie le gros monsieur dans la Seine pardessus le parapet. Enfin, il meurt le... 19... et s'envole dans l’azur, où il s'amuse toute la journée à donner aux nuages des contours et des profils séditieux qui mettent Anastasie, impuissante, dans des rages de bonapartiste décavé.
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Laisse
Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100 biographies chacun, du même format et du même aspect que
les autres ouvrages de TOUCHATOUT.
ONT DÉJA PARU
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1. Jules Grévy 2. Clémenceau 3. Gambetta k. République 5. Thiers 6. Zola 7. Rochefort $. La Canicule 9. duc d’Aumale 10. Victor Hugo 11. Belle-Mère 12. J. Simon 13.3. Ferry 14. Sénat 15. Pr. Napoléon 16. Don Carlos 17. Napoléon III 18. Ricord 19. Dieu 20. Réserviste 21. Andrieux 22. Got
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23. Louise Michel 24. Conservateur 25. Veuillot 26. Crevette 27. Mac Mahon 28. Sarah Bernhardt 29. Cassagnac 30. Judic 31. Concordat 32. Comte de Paris 33. Gommeux 34. Cte de Chambord 35. Bismarck 36. Septennat jer 37. Henry Maret 38. Cocu 39. La Presse 40. Louis blanc Æ. Bazaine 42. Opérette 43, Naquet 44, Dumaine
45.E. de Girardin 46. Hyacinthe 47. Guillaume Ier 48. Littré 49. Sarcey 90, Reporter 51. Roubher 52. Gavardie 53. Krauss 54. Célibataire 95. Léopold II 56. Ranc 57. Thérèsa 58. Lachaud 59. Blanqui 60. Eugénie de Montijo 61. Radical 62. Croizette 63. Tony Révillon 54. Amnistie 65. Victoria 66, De Montépin