Le Pays
- 69. De Broglie 70 Farre 71. CL. Hugues 72. Vélocipède IV 73. Buffet 74. « Figaro »
..75. Gallifet 76. Sardou 77. Hyacinthe 78. E. Pelletan 79. Lecocq 80. Delaporte 8l. Marie Laurent 82. Alex. Dumas fils 83. Joinville 84. Doré 85. Gill 86. Mounet Sully
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Qurantine ane KE TINT AM ARRE Quarantième année
HEBDOMADAIRE, SATIRIQUE ET FINANCIER, PARAIT LE SAMEDI A BOIN IN IECNLIIIN TS 3
PARIS DÉPARTEMENTS L'an 18 fr,; 6 mois 10 fr,; 3 moïs 6 fr. | 1 an 20 fr,; 6 mois 11 fr.; Smoïs 7 fr.
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LENTRIPÉ
JosEPH - PROSPER
une des princi-
pales et des plus cruelles plaies de TN /: FARM notre époque,
notable commer-
à Paris en 1821; c’est-à-dire neuf ans avant le commencement de re D #1, ère du VENTRE, ouverte en 1830 par Sa Mollesté Louis-Philippe I*.
Le père du petit LENTRIPÉ était un modeste herboriste du Marais, bon bourgeois, aimant à saper Charles X, le soir à son café, en faisant son cent de dominos avec plu-
sieurs boutiquiers de son quartier, comme lui très libé-
| | | | çcant français, né
raux et même très révolutionnaires jusques — et non
| compris — le premier pavé arraché dans la rue.
Joseph Lentripé fut élevé dans ces sains principes du libéralisme platonique qui a la conviction pour moteur et
le chiffre d’affaires de la journée pour serre-frein.
Le petit LeNrriP fit d'assez bonnes études élémentaires à jusqu’à seize ans. Alors il entra dans la boutique d’herboristerie de son père à qui il servit de commis jusqu’en 1844, époque à laquelle on le maria à la fille d'un quincaillier dont il reprit le fonds (la dot de la jeune fille) Un an
après, tout au plus, Joseph-Prosper LENTRIPÉ avait un fils,
que nous avons piqué dans notre collection sous le nom
d’Angénor GommEux (voir le Trombinoscope n° 33).
Ce fut son enfant unique, le père de Joseph-Prosper LENTRIPÉ ayant un soir, dans l’embrasure d’une fenêtre, fait comprendre très moralement à son fils qu’un bon commerçant devait avant tout tenir compte de son grand livre avant de s’emballér dans les douceurs trop réitérées
de la paternité.
Joseph-Prosper LENTRIPÉ avait de trop bonnes dispositions naturelles pour ne pas mettre à profit d'aussi sages avis. [l fit chambre à part avec madame et ajourna les prochains battements de son cœur au premier inventaire qui lui donnerait vingt-cinq mille francs de bénéfices.
Malheureusement la révolution de 1848 qui éclata bientôt vint retarder l’épanouissement de ces ébats amoureux
réglementés avec le calme héroïque de la cupidité, et ce ne
fut qu’en plein Empire, vers 1865, que fut atteint ce chiffre
de vingt-cinq mille francs, objet de ses vœux les plus chers et de ceux de madame Lentripé.
À ce moment, ses bénéfices s'étant élevés à 27,300 fr., il se décida à demander au ciel un frère pour Angénor après avoir bien calculé que ce surcroît de bonheur ne le mettrait pas sur la paille. Seulement, il était trop tard : Joseph LENTRIPÉ avait pris du ventre, et Dieu lui refusa les joies d’un bzs qu’il avait lui-même ajourné avec tout le
stoicisme d’un teneur de livres prévoyant.
A partir de ce moment, les affaires de Prosper LENTRIPÉ prospérèrent au mieux.
Comme nous avons eu l’occasion de le dire dans le Trombinoscope d’'Angénor GommEux, nous étions en pleine fange impériale ; quelques tripotages heureux vinrent arrondir rapidement la fortune de Joseph LENTRIPÉ; sa mai- * son de quincaillerie devint une des meilleures du quartier, le Bottin de 1868 accola à son nom le signe décoratif de (mx), et, en 1870, au moment du fameux plébiscite qui servit de seconde absoiution à l’assassinat du député Baudin, —la première s'étant usée complètement depuis 1851, — M. Joseph-Prosper LENTRIPÉ était arrivé à cette parfaite bouffissure qui est l’apanage de l’homme bête et riche, dont tout le mérite tient dans le portefeuille bien bourré, toute la fierté dans la bonne digestion de son bon déjeuner,
et toutes les aspirations dans la perspective d’un déjeuner encore meilleur.
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Ce qui distingue Joseph-Prosper LENTRIPÉ, c’est encore moins peut-être le désir qu’ila de bien vivre que celui de vivre tranquille, Aussi, quoiqu'il soit un féroce frondeur des abus, comme tous les bourgeois qui sont bien aises de faire les salins en blaguant le gouvernement, il est pris de peurs atroces aussitôt que le peuple se fâche et commence à mettre à exécution les théories que lui-même a soutenues avec une remarquable énergie tant qu'il ne croyait pas au danger de les voir appliquées.
En théorie, c’est l’homme de progrès par excellence.
Lorsqu’éclata la guerre contre la Prusse, en 1870, Joseph LENTRIPÉ, pour éviter à sa femme les horreurs du siège, prit trente mille francs dans sa poche et la conduisit en Auvergne, chez sa tante.
Il allait bravement rentrer dans Paris pour « faire bravement son devoir» aux avant-postes de la queue des boucheries municipales, quand, par un fatal contre-temps que « rien ne pouvait faire prévoir », les lignes furent coupées par l’ennemi. ii |
Il resta en Auvergne, profondément désolé, et il ne fallut rien moins, pour sécher ses larmes de rage, que six longs mois d’une nourriture abondante et variée, cinq caisses de
londrès, et trois matelas et un lit de plume.
En 1871, il revint à Paris, et son premier soin fut d'acheter un de ces petits cadres contenant un morceau de pain de crottin du siège, et de l’accrocher dans son salon, comme souvenir des horribles privations dont son cœur
et les bonnes côtelettes qu'il avait mangées à Aurillac
avaient si souvent saigné pendant ces sept mois d’angoisses pléthoriques.
Depuis, M. Joseph-Prosper Lexrkiré a répris, calme et bedonnant, le cours de sa vie d’autrefois.
Il s’est naturellement réabonné au Figaro, et les jours où Gambetta y est traité d’ivrogne sont pour lui des jours de grande joie : ce qui est assez dire qu’il n’est pas souvent triste.
Au physique, M. Prosper LENrRPÉ est un homme grassouillet, bien portant, à l’œil émerillonné par la bonne chère. |
Il est l’incarnation de ce type de bourgeois gonflé, bouffi, vaniteux, plein d’admiration pour lui-même et cruel au pauvre monde, qui se trouve bien dans la vie, et n’admet en fait de réformes sociales que celles qui peuvent s’opérer
sans déranger sa chaise.
Ïl a conservé son bagout de faux libéral et se pare méme à l’occasion, surtout au dessert, d’un républicanisme ardent ; mais le qualificatif idiot de « conservatrice » ajouté depuis peu au mot « République » a trouvé en lui un des
gobeurs les plus fanatiques.
Comme son digne père l’herboriste l'était en 1849, comme 1l létait lui-même en 1860,11se dit toujours le partisan le plus ardent des réformes et des libertés ; seule-
ment, il y met une condition : il veut que la société
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change complètement de face sans qu’on entende le moindre bruit. | |
Il consent à ce que le juste triomphe de l’arbitraire, à ce
qu'un état de choses nouveau et démocratique de trois mois
se substitueàdes institutions despotiques de quinze siècles; mais 1l faut que cela s'opère sans rien remuer, sans rien
déranger ; sinon, il se met à beugler au désordre.
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démolissez-la, je le veux bien, construisez-en une neuve à
la place, je ne demande pas mieux ; seulement, je ne veux
pas qu'on touche à mes meubles. Je tiens à trouver mes
lunettes toujours à la même place.
SIGNE PARTICULIER: M. Joseph LenrTriPé est l’homme
Enfin,c'est l’homme qui dit: ma maison tombe en ruines; | | aux clichés. Il en est un, entre autres, qu’il affectionne, c’est celui-ci: « Je suis plus républicain que vous, au fond. » mon cher Duhamel !... Mais, voyez-vous, la France | » n'est pas mûre pour la République !.…. »
Et si on lui répond : «Il faut avoir la patience de la lais- » ser müûrir en en faisant l’apprentissage, fût-il même un » peu troublé », il répond d’un ton qui ne souffre pas de
réplique et au fond duquel on sent une profonde admira-
tion pour le «sabre providentiel légendaire » : « Oui... » mais pendant ce temps-là, on plante des arbres de la li- » berté..., on cause fort en sortant des clubs. et ça arrête
» les affaires. »
tout prix — comme tout le monde, d’ailleurs. Seulement il
| ; M. Joseph LENTRIPÉ veut, avant tout, l’ordre. l’ordre à
comprend et définit l’ordre à sa manière : la tranquillité de ceux qui ne manquent de rien, voilà son « ordre. »
RE Celui qui lui donne cet «ordre » là peut compter, de sa part, sur autant de our qu’il en peut sortir d’un cœur ser-
vile, lâche et égoïste.
M. Joseph Lenrriré a affiché, en 1871, un violent dégoût .
de l’empire ; en 1872, il était déjà sensiblement plus tiède. En 1873, il commençait à dire: « Dam! après tout... écoutez donc !... » En 1874, il laissait volontiers échapper, en compulsant ses livres d’inventaires: «Ça n'empêche pas que sous M. Haussmann... » — Nous voilà bientôt en 1883... Nous ne nous hasarderons pas à aller lui demander dans six mois ce qu’il pense de Sedan.
Mai 1882.
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PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
M. Joseph-Prosper Lentripé continue sa vie grasse et capitonnée,
GA l’émaillant, comme par le passé et selon les événements politiques
qui s’accomplissent, de velléités libérales et de reculs réactionnaires. Enfin, il meurt, le... 19..., de la surprise qu’il éprouve en voyant que la République s’est fondée sans lui couper le cou ni le déranger dans les heures de ses repas ou de ses lavements.
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