‹ Le trombinoscopeChapitre 280 sur 307 · GUILLAUME · texte numérisé non relu

GUILLAUME

VicTor-EMIiLE

CRE We GR 2 MR” DR ASS | | auteur dramal LE REA NN : || tique français ,

LS ji ado né à Valence

(Drôme}.ulet 17

septembre 1820.

Il est le petitfils, par sa mère, | de Pigault - Le- | brun, le célèbre EF romancier, dont | les ouvrages croustillants et frondeurs furent poursuivis par la Restauration et frappés par la cour de Rome du | grand anathème en sol majeur, cette précieuse estampille | * du colportage pour la postérité. | ê; —————————— ————— NE Ty lames ne nn mcm ire open marmereier eéeinene At Ÿ Sec

$Siques, sautent une génération, suivant la pittoresque.

: M. Emile Augier ne mént point à son origine, et Yon

retrouve parfois dans ses œuvres ces hardiesses d’expres-

sion avec lesquelles son seul, as rougir les. femmes et pâlir le pape. : | La gaîté gauloise et l'esprit rabelaisien seraient donc

des qualités morales qui, comme certains défauts phy- 4

expression de M. Augier dans Jean de Thommeray:

M. Emile Ausgier fit ses études à Paris, devint biblio-

thécaire du duc d’Aumale, qui avait déjà à cette époque plus de deux cent cinquante mille livres, tant reliés que de rente, et débuta par la Ciguë, pièce en deux actes et en vers, représentée à l’'Odéon en 1844, après avoir, toute-

fois, été refusée à l’unanimité par le Théâtre-Français, comme doit l'être tout chef-d'œuvre qui se respecte et qui

tient à faire comme les autres.

Tout jeune et à peine débutant, Emile Augier avait compris que le devoir d’un auteur dramatique était de travailler sans relâche au relèvement des mœurs et des courages en fouillant les vices et les ramollis. Depuis, il a

constamment suivi son programme.

Aucune de ses œuvres ne manque au devoir qu'il s’est tracé de tonifier le cœur humain par cet amer bienfaisant : la satire. Après l’Homme de bien, qui eut moins de succès, Emile Augier donna, en 1848, au Théâtre-Français,

l’Aventurière, pièce restée au répertoire et dans laquelle

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l’auteur dit assez crûment leur fait aux vieux beaux de

soixante ans qui, ayant mal vécu, n’ont naturellement

point appris à bien vieillir, et qui courbent honteusement,

devant des drôlesses puant le musc, leur front chauve et leurs genoux branlants.

Cependant, l'enthousiasme n’était pas général. On trou-

vait à Emile Augier des côtés plats et bourgeois. Une

nouvelle pièce en cinq actes, Gabrielle, qu’il fit représen-

ter en 1840, vint justifier cette critique. Enfin, dans cette pièce — qui obtint, d’ailleurs, de l’Académie le prix Mon: thyon — Emile Augier prêchait la fidélité conjugale à

outrance, ce qui est sans doute une très bonne action.

Il faisait resplendir le mari aux dépens de l’amant, ce qui est encore d’un bon garde national — et même d’un auteur dramatique bien intentionné; mais à la condition de ne pas ridiculiser au premier acte ce qu’il veut faire respecter au cinquième, et de ne pas faire dire par la

femme repentante :

O père de famille! 6 poète! je t'aime...

à un mari assez peu poète, et même assez peu « père de famille » pour avoir, trois quarts d'heure auparavant, dit

à son épouse, en lui parlant de ses bénéfices probables de

l’année prochaine :

Nous pourrons nous donner le luxe d’un garçon.

Il faut en convenir, les critiques avaient beau jeu sur un

tel amalgame de fausse vertu, de fausse poésie et de fausse

morale, et ce bourgeois, très peu intéressant et même

passablement vicieux à froid, qui se promet en public de

régler ses pulsations amoureuses au métronome de son

grand-livre, n'était vraiment pas fait pour présenter l'ins-

titution du mariage sous son aspect le plus favorable et

surtout le plus élevé.

La presse sérieuse critiqua vertement la morale élastique du bon père et bon époux de M. Augier. Les feuilles légères, de leur côté, ne se privèrent pas den rire, et le Tintämarre alla jusqu’à publier dans ses colonnes un sixième acte de Gabrielle, qu’il prétendit avoir été coupé aux répétitions générales, à cause des détails de la mise en scène qui offrait quelques difficultés. Voici cet acte :

Le théätre est coupé en deux par une cloison. — D'un côté, la chambre à coucher de madame Chabrière; de l’autre, un petit salon bourgeoisement meublé. — Au lever du rideau, Gabrielle se déshabille et se met au lit

d’un air triste.

GABRIELLE, soufflant sa bougie :

Minuit !… Il ne vient pas !... — « Je fais mon inventaire »

— M'a-t-il dit en dînant, d’un ton plein de mystère —

« Si l’année a donné vingt mille francs de gain,

» À ce soir, mon trésor !.. Si c’est quinze... à demain. » Réveuse :

Sera-ce quinze, ou vingt ?..

CHABRIÈRE, accourant, joyeux, et frappant à la porte de sa femme : Mon amour... ma colombe !.… Ouvre à ton gros chien-chien.. qui de bonheur succombe.

L'inventaire est fini !.…

GABRIELLE, radieuse, allant tirer le verrou : C'est.lui !. Dieursorien

Combien ?

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CHABRIÈRE, transporté :

Trente-deux mille !...

GABRIELLE, se précipitant dans lès bras de son mari :

© sublime avoué !.….

O comptable divin! ô poète! je t'aime.

CHABRIÈRE, entrant dans la chambre :

Si c’est un fils, je veux qu’il s'appelle BARÊME |

La toile tombe (1).

Après Gabrielle vinrent successivement: le Joueur de flûte, Sapho, Diane, Philiberte, la Chasse au roman, la Pierre de touche, le Gendre de M. Poirier, les Lionnes

pauvres, le Mariage d’'Olympe, la Jeunesse, et plusieurs:

autres comédies que le public accueilit toutes avec sympathie. |

Mais, en 1861, et 1862 Emile Augier fit son coup de maître avec les Efrontés et le Fils de Giboyer, qui soulevèrent de violentes colères cléricales.

A l’occasion de cette dernière pièce, Louis Veuillot mit les poings sur ses hanches et gratifia l’auteur de plusieurs de ces formidables coups de gueule de grande marée dont il a le secret. C’est qu’aussi Emile Augier avait eu l’audace de porter la main sur un parti qui a toujours eu l’épiderme très irritable, et dont les champions ont, de tout temps, mis au service de la plus sainte des causes et de la plus

- ô tolérante des croyances, le répertoire complet de madame

Angot.

(1) Celle de la scène.

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Maître Guérin vint ensuite, et le public lui fit un brillant succès. |

Emile Augier a donné au Théâtre-Français Jean de Thommeray, pièce en cinq actes tirée d’un roman de Jules Sandeau, qui n’a pas obtenu un succès éclatant à cause de son manque d’action dramatique, mais dont la donnée simple, élevée et saine a provoqué chez le public, écœuré des turlupinades haineuses et de mauvaise foi de M. Sardou, une sensation profonde de soulagement.

Dans cette pièce, Emile Augier a vigoureusement mis en relief la décadence morale du second Empire: Nous laissons à penser si les onze derniers bonapartistes qui sont en train de faire un bruit d’enfer pour faire croire qu’ils sont huit cent mille, ont ménagé à l’auteur de Jean de Thommeray les articles de leur aimable catalogue.

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Le dernier gros succès de M. Emile Augier a été: Les Fourchambault (1878) ; le fameux : efface, qui est dans cette

pièce, a fait le tour du monde.

Au physique, M. Emile Augier est un homme de haute

taille, l’expression de son visage est peu sympathique. —

En somme, c’est un immense talent. Il :a surtout la hardiesse, l’expression rude, le mot dur, souvent cru (ce

qui, pour certaines gens, est synonyme de choquant).

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Il se souvient du faire de son aïeul Pigault-Lebrun, ce

dont personne ne songe à se plaindre, excepté quelques

bégueules qui n’ont pas trouvé de leur goût que le Théâtre-

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Français lui laissât fêler un peu les vitres de la saine — et endormante — tradition avec les audaces parlementaires de son Giboyer et les scènes réalistes un peu osées de sa cocotte dans Jean de Thommeray.

Quant à son courage comme frondeur d’abus et comme

pamphlétaire, on en a fait assez grand cas sous l'Empire, où une égratignure au pouvoir passait aisément pour un coup de massuc; mais nous croyons qu’il convient d’en rabattre un peu. |

Fidèle à notre manie, nous jugerons toujours de l’indépendance d’un homme à la somme de persécutions qu’il s’attire, et nous ne perdrons pas de vue que l’Empire a fait M. Emile Augier chevalier, puis officier de la Légion d'honneur; faveur que Napoléon III n’a jamais eu la bien ferme intention d'offrir à Henri Rochefort.

Mai 1882.

SES

PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE

M. Emile Augier donne au théâtre plusieurs œuvres toutes empreintes de ce profond respect pour la famille en général et le mariage en particulier, qui a valu le prix Monthyon à sa Gabrielle. — Et il meurt le... 19... au moment où il achevait le scénario d’une pièce en cinq actes destinée à prouver aux femmes dont la vertu chancelle, que le plus beau, le plus noble, le plus ardent des amants nevaudra jamais le plus jaid, le plus crasseux et plus lymphatique des maris remontant exactement les pendules le 1tretle 16.

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Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100 biographies chacun, du même format et du même aspect que

1. Jules Grévy 2. Clémenceau 3. Gambetta L, Bopapique 5. Thiers 6. Zola 7. Rochefort 8. La Canicule 9. duc d’Aumale 10. Victor Hugo 11. Belle-Mère 12. J. Simon 13.7. Ferry

15. Pr. Napoléon 16. Don Carlos 17. Napoléon III 18. Ricord 19. Dieu 20. Réserviste 21. Andrieux 22. Got

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