‹ Le trombinoscopeChapitre 3 sur 307 · HAE V'HUS · texte numérisé non relu

HAE V'HUS

“ia 1 Mie emporté avec tant d’ avantage sur le candi- | | dt officiel, que l'année suivante, aux élections générales, le gouvernement impérial n’osa pas lui en opposer un autre, dans la crainte que son candidat breveté n’eût même ue pas la voix de jee les gardes champêtres.

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Depuis cette époque jusqu’à l’Assemblée nationale de 5e M. Grévy fit peu parler de lui, ce qui est peutêtre le devoir d'une honnête Le mais pas tout à fait A. celui d’un député.

dE | De nouveau élu président de l’Assemblée nationale de Versailles, M. Grévy la présida avec une honnêteté dont les Gavardie ne furent pas toujours satisfaits.

Déjà à cette époque on parlait éventuellement de M. Grévy pour remplacer M. Thiers à la présence de la République. |

Dire que ce fût là notre idéal... nous ne l’oserions pas; mais pour des gens alors menacés du duc d'Aumale, avoir

LC Grévy, c'était être amputé du petit doigt ee que l’on avait peur de perdre le bras tout entier.

Le 5o janvier 1879, ces craintes — mettons si vous le voulez : ces espérances, pour ne froisser personne

se réalisèrent. M. de Mac Mahon, ce Guibollard des temps modernes, s'étant démis de ses fonctions présiden-

tielles afin de ne pas se brouiller avec Saint-Genest, P'Assemblée nationale lui donna séance tenante M. Grévy

pour SUCCesseur.

Depuis ce temps, M. Grévy n’a cessé d’être ce que l’on

appélle dans le monde politique : un président correct,

c'est-à-dire un président volontairement sourd comme un pot, volontairement muet comme une carpe, immobile comme l'Arc de triomphe, impénétrable comme un roc; c'est-à-dire un président modèle, c’est-à-dire un président inutile par la preuve même qu’il fait de l’inutilité de la Présidence.

De lui, il est vrai, la République n’a rien à craindre; mais pas beaucoup plus à espérer.

Et si les sept années qu’il a à passer sur le fauteuil présidentiel suffisent à convaincre la France qu’il est tout à fait superflu de lui donner un remplaçant, elles n'auront pas été complètement perdues.

Mais nous croyons que c’est là le maximum des services que la République peut attendre de ce président-potiche dont toute la vie politique aura tenu dans cette austère déclaration de principes : |

— Si j'ai un conseil à donner à la République, c’est de ne jamais se payer le luxe bête et dangereux d’un président, mais si, malgré mon avis, cependant, elle persiste à s’en offrir un, je lui demande la préférence.

Au physique, M. Grévy a ce qu’on appelle une bonne figure ; l’expression est honnête et franche quoique un peu dure; la bouche est presque aussi large que la conscience d'Emile Ollivier ; il porte la barbe en collier et sur les nerfs des députés de la droite et même de ceux de la gauche pour rester « correct ».

En somme, M. Grévy est un de-ces républicains qui, sur

la machine du progrès, ont la main plus près du serrefrein que de l’appareil moteur.

Avec des chauffeurs de ce calibre-là on va; mais on ne va pas vite.

M. Grévy appartient à cette catégorie de républicains qui sont surtout l’appui des républiques qui marchent toutes seules; mais il ne faudrait pas que celles-ci comptassent trop dessus pour les empêcher de tomber.

Notre avis est que les Grévy ne font pas mal dans une République, à la condition de laisser faire mieux par d’autres.

De même que l’on peut faire un très bon déjeuner avec presque rien en y ajoutant un fort beefsteack, nous croyons que l’on peut faire tout de même une bonne République avec des Grévy.. en y ajoutant quelques Clémenceau.

Mai 1881.

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