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FERDINAND - MARIE

ex-roi d'Espagne, né à Turin le 30 mai

Il est le second fils de Victor-Emmanuel, roi d'Italie, dont il recut en naissant le titre de duc d’Aoste, en récompense des services qu’il pourrait rendre plus tard à son

pays.

Le nouveau duc sut

mériter une si haute faveur, en marquant immédiatement à ses armes tous

les langes dans lesquels sa nourrice l’enveloppa.

Sa culotte était encore fendue par derrière qui il était déjà : attaché à à la brigade d'infanterie d'Aoste, en qualité de capitaine. On +

Son premier soin fut de mettre des confitures sur ses épaulettes, et avant ses vin gt $ ans, son pÊTE voulant reconnaître les hauts mérites militaires dont il avait fait preuve en rentrant se coucher tous les soirs à dix heures, pendant ses vacances, le nomma chef d’une brigade de

cavalerie et lieutenant général.

C’est ic1 le moment de le constater: Amédée était un excellent sujet, sage et rangé et — comme on dit dans l’'ébénisterie — donnait à ses parents beaucoup de satisfaction.

À la bataille de Custozza, il fit, dit-on, très bonne figure. Constatons le fait de bonne foi, et faisons simplement cette réflexion en passant, que s’il n ‘eût pas fait bonne figure, on ne l’eût pas dit. Quand les belles actions viennent des milieux royaux, c’est notre manière à nous de tomber en

extase.

Le 30 mai 1867, Amédée é épousa la princesse Maria dal

Pozzo della Cisterna; à eux deux, les ÉRBUT ( avaient

quarante-deux ans. Ménage charmant. Le soir au coin du

Et d

feu, dans une bonne petite chambre tendue de soie bleue, pendant que la jeune princesse déchiffrait au piano | les derniers albums du Ménestrel, son heureux époux décorait des cache-pots en porcelaine & avec de la décalcomanie.

C'était un intérieur ravissant. Tout respirait le bonheur et la tranquillité.

Amédée semblait né pour les destinées les plus riantes.

Riche, bien portant, de belle humeur, il avait eu toutes les chances, jusqu’à celle de n’être que le second fils d’un roi, et, par conséquent, peu exposé à régner. |

C'était trop beau pour durer.

En 1860, le jeune Amédée fut nommé vice-amiral ; nayant pu, en dépit de nos recherches passionnées, découvrir ce qui avait pu lui valoir ce haut grade dans la marine, nous nous sommes décidés à croire qu’il l'avait dû à son caractère réputé comme très flottant.

L’explication n’est pas merveilleuse; mais notre excuse est que, jusqu'ici, personne n’en a trouvé une meilleure

pour justifier cet avancement extravagant.

En 1870, le général Prim, fatigué d’avoir dépensé plus de 1,500 francs en annonces anglaises à vingt-cinq sous dans les Petites Affiches, pour demander un roi de bonne volonté qui voulût bien monter sur le trône d’Espagne, eut l'idée de proposer la couronne à Victor-Emmanuel pour son fils Amédée. |

Victor-Emmanuel accepta, pensant qu’il pouvait être

bon d’avoir ses fils établis rois un peu partout.

Quand il annonça cette nouvelle au jeune couple, les deux époux en furent aussi déconfits que des collégiens en train de bien s’amuser à jouer au billard, et à qui leur père vient dire : « Allez donc lire la Gazette de France à votre tante Grinchinet, qui s'ennuie toute seule dans sa chambre! »

Amédée, surtout, qui terminait, en ce moment, deux

grands vases en potichomanie, ne dissimula guère sa maur-

gonna Smerep =

vaise humeur d’être obligé d'abandonner cette saine distraction pour aller servir de balle élastique aux radicados, aux modératos et aux versaillados espagnols.

Cependant il fallut obéir, et le 16 novembre 1870, les Cortès le nommèrent roi par 191 voix contre 1o1. Ces chiffres éloquents ne laissèrent pas que d’arracher au nouveau roi une nouvelle grimace significative.

En effet, s’en aller régner sur des gens dont le tiers au moins ne veut pas de vous et le dit, est presqu’aussi engageant que d’aller dans une maison où trois domestiques sur neuf se sont promis de vous laisser tomber dans le

cou un peu de toutes les sauces.

Amédée n’avait pas encore fini de clouer ses tableaux et de poser ses bibelots dans l’Escurial, qu’il s’aperçut que la situation de roi dans un pays où il y avait au moins un prétendant au trône par douzaine de citoyens, n'était pas plus tenable que celle d’un monsieur arrivant à la halle aux poissons pour acheter un merlan et tombant juste au

milieu de soixante mères Angot en train de se crêper le chi-

LS

gnon. — Il télégraphia de suite à son père : « Pas rester

» 1ct une heure de plus, envoie fonds pour prendre train. » Victor-Emmanuel répondit : « Paslà-bas pour ton plaisir, » crapaud... St reviens, te maudis. »

En fils soumis, Amédée tenta encore l’épreuve ; mais ce fut en vain. Elevé dans les idées constitutionnelles, bornant son ambition à garnir ses petites étagères de chinoiseries, trop bon garcon pour mettre tousles partis d’accord avec quelques arguments d'artillerie bien sentis, trop honnête homme pour violer ses engagements, trop peu roi, en

un mot, pour faire tuer une moitié de ses sujets afin de

Re

régnertranquillementsur l’autre, Amédée selaissä ballotter, comine un pain de sucre arrivant chez Potin, des mains des communardos et des conservados à celle des démocrados et des croutonnarès.

Intègre par tempérament, c'est-à-dire monarque sans aucune vocation, il ne voulut à aucun prix « sortir de la légalité pour rentrer dansle droit », cliché (Badinguas fecit) qui se prononce plus vulgairement: Sortir de l’honneur pour rentrer dans le profit.

Dès lors,il ne fut difficile pour personne de prévoir quel serait le sort de cet innocent, fourvoyédansun métier où l’on ne peut arriver qu’à lacondition denese servir de l’honnêteté qu’en guise de paillasson.

Vers le commencement de 1872, Amédée tenta un nouvel effort pour attendrir son père et lui télégraphia : « Décidément, pas moyenrester ici,vais décamper. » Victor- Emmanuel, inexorable, répondit : « St reviens, polisson… te fais diner cuisine. »

Désespéré de ne pouvoir vaincre la résistance de son père, Amédée se mit avec rage à changer de ministère trois fois par jour. Avant son déjeuner, il nommait le réactionnaros Serrano chef du cabinet. Cris tumultueux des irréconciliarès : « À la portados!... »

Aussitôt son café pris, il nommait le libéralos Zorilla premier ministre. Imprécations des versaillados : « Aux pontonnas l..» |

Alors, sans s'émouvoir, il allait s'habiller et remettait le pouvoir à l’incolorados Malcampo. Vociférations des divers mécontentorès : « À la chienlitas !.…

Après le dîner, il remplaçait Malcampo par le bonnetapoilas Sagasta. Hurlements des sansculottados : « Mort

aux couteaux à papias!... «

SR RE Re

Là-dessus, Amédée allait se coucher, et le lendemain :l

recommençait.

De temps en temps, pour rompre ia monotonie, il signait un décret de dissolution des Cortes. Ça lui donnait deux heures de repos, parce qu’alors tous les partis criaient

à la fois. il n’y avait pas de préférence.

À ce tableau délirant d’une nation qui s’entretue pendant douze mois de l’année, pour savoir sous quel roi ceux qui seront restés en vie mourront de faim, si nous ajoutions les caisses publiques plus à sec que le porte-monnaie d’un actionnaire des galions du Vigo, le commerce dans un état de maigreur à se faire donner deux sous par Sarah Bernhardt, l’armée unie et disciplinée au point de se demander si elle ne doit pas obéir aux ordres des facteurs de la poste ou des allumeurs de gaz, nous aurons une idée exacte de la situation dans laquelle se trouvait ce pays privilégié le jour (12 février 1873) où Amédée, las de sa position de monarque en garni, l’abandonna à ses cascadaros et, délivré des soucis du gouvernement, reprit sa lune de miel au point où il l’avait laissée avant d’être envoyé par son père dans une monarchie de discipline.

Ajoutons qu’aussitôt Amédée parti, les Cortès ont procläm éla République, qui ne dura pas, hélas! et faisons des vœux pour que ce désinfectados puissant dévienne enfin, pour les onze cent vingt-huit prétendants de cet adorable pays, ce que la poudre Vicat est pour la vermine qui

empoisonne les bois de lit.

Au physique, Amédée est un grand jeune homme, au visage sans expression. Il porte de fortes moustaches et

sur les nerfs.

Sans aucun respect pour le droit d’aînesse, quoique n'étant que le second fils de Victor-Emmanuel, ila hérité de toute la laideur de son père. Il a l’air mélancolique, doux, gauche et timide. |

Il est d’ailleurs sans prétention, poli, bourgeois, tranquille et honnête. C’est cette dernière qualité qui a brisé

sa carrière.

Signe particulier : il est mince, au point, quand il va au théâtre avec sa canne, d’embarrasser les ouvreuses qui ne savent pas auquel des deux elles doivent attacher la petite

ficelle ou remettre le numéro du vestiaire.

Juin 1882,

NOTICE COMPLÉMENTAIRE

Dates à remplir

PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE

Le... 18..., le trône d'Araucanie devenant vacant, on l'offre à Humbert 1er roi d'Italie pour son frère cadet, mais Amédée, sortant de son caractère, répond à son aîné : « Eh bien... non...je n'irai

Um emphétes a la fhnl..») — Le... 18..., Amédée se livre avec ardeur à la vitromanie, reste le modèle des époux, fait IMIDINe/SEs Cniants étienfin, meurt le... I10..., un Jour que,

s étant laissé tomber dans une assiette pleine de vermicelle, et ne pouvant plus se retrouver, il s’avale à la troisième cuillerée.

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Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de 100

biographies chacun, du même format et du même aspect que les autres ouvrages de TOUCHATOUT.

LA

ONT DÉJA PARU MR ca 1, Jules Grévy 26. Crevette \ 5. Rouher 76. Sardou

2. Clémenceau 27. Mac Mahon 52. Gavardie 77. Hyacinthe 3. Gambetta 28.Sarah Bernhardt 53. Krauss 78. E. Pelletan k. République 29. Cassagnac 54, Célibataire 79. Lecocq 5. Thiers 30. Judic 55. Léopold IX 80. Delaporte 6. Zola 3l. Concordat 56. Ranc 8l. Marie Laurent 7. Rochefort 32. Comte de Paris 57. Thérésa 82. Alex. Dumas fils 8. La Canicule 33. Gommeux 58. Lachaud 83. Joinville 9. duc d’Aumale ! 34. Ctede Chambord 59. Blanqui 84. Doré 10. Victor Hugo 35. Bismarck 60. Eugénie de Montijo 85. Gill 11. Belle-Mère 36. Septennat Ier 61. Radical 86. Mounet Sully 12. J. Simon 37. Henry Maret 62. Croizette 87. Rousseil 13. J. Ferry 38. Cocu 63. Tony Révillon 88. Lentripé 14. Sénat 39, La Presse 64. Amnistie 89. Augier 15 Pr: Napoléon 40. Louis Blanc 65. Victoria . 90. Candidat 16. Don Carlos 41. Bazaine 66. De Montépin 91. Villaret 17. Napoléon III 42, Opérétte 67. Barthélémy St-Hilai e 92, Péril social 18. Ricord 43. Naquet 68. « Le Pays » 93. Lorgeril 19. Dieu 44. Dumaine 69. De Broglie 94. Karr 20. Réserviste 45. E. de Girardin 70 Farre 93. Lockroy 21. Andrieux 46. Hyacinthe 71. CI Hugues 96. Gounod. 22 Got 47. Guillaume [er |72. Vélocipède LV | 97. Académie française 23. Louise Michel 48. Littré 73. Buftet 24. Conservateur 49. Sarcey 74. « Figaro »

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