‹ Le trombinoscopeChapitre 51 sur 307 · AN · texte numérisé non relu

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Pendant les guerres d’Italie et de Prusse, qui suivirent son hymen, le prince ne joua aucun rôle et se borna à observer les évènements avec une rare énergie; il en eut même trois enfants : deux garcons et une fille.

Cette dernière fut frappée, encore au berceau, d’un cruel accident : on ne sait quel ami de la maison proposa, et fit accepter pour elle, le nom de Lætitia.

Au Sénat, le prince se fit une assez grande réputation comme orateur. |

Il prononcça plusieurs discours à sensation, l’un entre autres, le 22 février 1861, où 1l menait le pouvoir temporel du pape par un petit chemin vicinal qui ne devait pas avoir été réparé depuis Pharamond.

Nos lecteurs voudront bien se souvenir, à cet égard, qu'en 1848 le prince avait voté l'expédition de Rome; mais, à cette époque, il n’avait pas de beau-père à placer.

Ces discours incendiaires déplurent à Napoléon IIT, qui en désavoua bruyamment les tendances, et le prince Napoléon donna sa démission de membre du conseil de régence; le cours des fleuves n’en remonta pas.

Sa disgrâce fut courte, et l’on vit bientôt le prince revenir bourdonner autour du pouvoir, dans l'intention bien évidente de se poser dessus aussitôt que possible; quelques bruits circulèrent même annonçant sa prochaine régence, mais s’éteignirent aussitôt.

En 1860, le prince présida la commission chargée de . publier la correspondance de Napoléon I; jusque-là, cette commission avait tout publié sans altération de texte ni

coupures ; le prince arrêta les frais et décida qu’il serait, à l'avenir, fait un choix intelligent des documents au point de vue de « l'intérêt dynastique et national. »

Cette facon cascadeuse de travailler pour l’histoire n’échappera à personne, car si l'intérêt dynastique commande de ne pas tout dire, lintérêt national exige que l’on ne cache rien; c’est presque aussi difficile à mettre d'accord que deux comédiennes qui jouent dans la même pièce. Quand éclata la révolution du 4 septembre, le prince Napoléon n’était plus à Paris; il aurait pu y demeurer sans danger, l’idée ne serait venue à personne qu'il y fût resté. | |

Quand il vit les princes d'Orléans accourir combattre pour leur patrie écrasée, le prince Napoléon s'écria dans un accès d'enthousiasme : Moi aussi... 1l faut que Je fasse quelque chose pour mon pays. |

Alors, ne consultant que son courage, il attendit que nos malheurs fussent consommés et écrivit à Jules Favre une lettre indignée sous ce titre : Qu’avez-vous fait de la France? M. Jules Favre, très occupé à ce moment, ne pensa pas à lui répondre : Qw’est-ce que ca vous fait ?.…. Est-ce que je vous demande le compte de vos garderobes ?.…

En 1872, le prince Napoléon fut sommé de quitter la France. Il résista, se fit arrêter et reconduire à la frontière.

Il passa ainsi à peu de frais pour un martyr. En réalité, il n’avait peut-être eu en vue que de se faire escorter par des gendarmes pour ne pas risquer d'être attaqué sur les grandes routes. |

Après le 24 mai 1873, il obtint l’autorisation de rentrer en France (sept années plus tôt que les déportés de la Commune). |

Voÿant les républicains si bons enfants, il en usa et réclama son grade de général.

C'était un peu raide. Cette restitution lui fut refusée.

On pensa, avec quelque logique, que si on lui accordait cela, on n’aurait plus guère de raison pour lui refuser sa dotation de prince du sang impérial, avec rappel depuis le 4 Septembre 1870. |

En septembre 1873, le prince Napoléon reprit position comme chef du parti bonapartiste. Il proposa on ne sait quel pacte hors nature entre le césarisme et la démocratie, Et trouva même des journaux pour prôner les vertus de cette union incestueuse de la carpe et du lapin.

Cette gasconnade le brouilla définitivement avec la

Montijo, le prince impérial et Paul de Cassagnac, qui ne voulaient pas entendre parler d’avoir avec les républicains d’autres rapports que ceux admis entre le casse-tête des brigands et le crâne des honnêtes gens.

Alors il se fit élire député de la Corse et vint siéger à la gauche, où il ‘e fit remarquer par ses colères anticléricales. En décembre 1876, il prononça même cette parole furieuse : « Semez du jésuite, vous récolterez du révolté. »

Phrase superbe! à laquelle il aurait bien pu se faire répondre : « Semez du prétendant, vous récolterez de l’in- Surgé. » |

Après le 16 mai 1877 — et bien qu’il fit partie des fameux 3635 qui avaient tiré la langue au maréchal de Mac Mahon, ce dix-huit brumaireux foireux — le prince Napoléon ne fut pas réélu en Corse.

L'impératrice lui avait jeté dans les jambes M. Haussmann. Ce dernier l’emporta de cinq ou six maquis.

Alors le prince s’écarta de la vie publique, et pour prouver qu'il avait bien l'intention de se faire oublier complétement, il se mit à écrire dans la Revue des Deux-

Mondes.

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Le trépas inattendu du jeune Vécocippe IV remit tout à coup le prince en lumière. De chef de parti, il devenait inopinément chef de famille. |

Du moins il le croyait, et beaucoup de gens le crurent aussi.

Mais ils avaient compté sans Paul de Cassagnac, qui déclara son fils — pas le fils de Paul! celui du prince... nous précisons, malgré le peu d'importance — qui déclara, disions-nous, le fils du prince, le petit Victor, unique héritier du trône d s Napoléon.

Il paraît que l’on avait trouvé dans les papiers du jeune Riquet aux longues ouïes un bout de testament qui déshértait net le prince-diviseur en faveur de son fils ainé.

Le prince Napoléon se rendit aux obsèques du fils de Napoléon III (couvrez-vous!) — mais il quitta Chislehurst sans mème aller saluer l’ex-impératrice.

Il s'était assuré que le petit était enterré; ça lui suffisait.

Depuis ce temps l’affaire en est là. Est-ce le père qui hérite? est-ce le fils ?

Les ratapoils qui portent des moustaches en crocs — les purs — prétendent que c’est Victor.

Les badingouins qui portent des favoris — les mâtinés — soutiennent que c’est son père.

Victor ne dit rien parce qu'il est encore trop jeune pour parler. |

Plonplon n’en dit pas davantage parce qu'il est trop vieux pour ne pas savoir se taire. ; Si bien que nous sommes toujours le bec dans l’eau.

Que la Providence nous laisse dans cette mortelle indécision pendant quatre-vingts ans encore. C’est tout ce que nous lui demandons. D'ici là, la crémation aura sans doute beaucoup simplifié la chose. Lg 3

A plusieurs reprises, des bonapartistes imprudents ont sommé le prince Napoléon de prendre une attitude.

Ca été absolument comme quand on somme Gambetta

de prendre un portefeuille. Le

Le prince Napoléon, qui est aussi roublard dans son genre que Gambetta dans le sien, a parfaitement compris les avantages attachés à sa situation de prétendant-carpé et les dangers qu’il courrait en se mettant à table avant qu’on ait sonné le diner. 158)

Outre qu’il est d’une prudence élémentaire de n’allonger la main vers un objet convoité que lorsque l’on est assez près pour le saisir, le prince Napoléon n’a pas été sans entendre dire qu’à son premier geste équivoque on le prierait d’aller voir à l’étranger comment les établissements à quinze centimes sont faits.

Et comme il les connaît à peu près tous, il n’éprouve

pas le besoin de se déranger... davantage.

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Cependant en août 1881, lorsque furent décidées les élections générales, le prince Napoléon sortit de sa réserve et prit une attitude. |

Dans une proclamation hardie, il rappela à la France qu’il se tenait toujours à sa disposition pour le jour où elle éprouverait le besoin de préparer à bref délai la perte de deux nouvelles provinces. |

Le prince Napoléon, à cette occasion, donna clairement à entendre qu’il se contenterait, à la rigueur, du titre de Président de la République. |

Mais la France paraît peu désireuse pour le moment de reprendre ce fameux train de plaisir dans lequelelle s’est embarquée une fois le ro décembre 1848 et qui l’a conduite au 4 septembre 1870 en passant par le 2 décembre

La querelle entre le prince et Paul de Cassagnac provient bien moins d’une divergence de principes que d’un fait inconnu des masses et qui se produisit après la mort de Napoléon III (couvrez-vous!)

Certait, le voici:

Lorsqu'il s’agit de choisir une église à Paris pour y jeter annuellement de la cendre sur la mémoire de l’homme de

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