‹ Le trombinoscopeChapitre 62 sur 307 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Voici cette définition orthodoxe, qui fait paraitre bien fades les coq-à-l’âne du T'ixtamarre :

« Dieu est un esprit pur qui n'a jamais eu Ga EOM EI ment et qui n'aura jamais de fin. »

Puis vient celle de Pascal :

« Dieu est une sphère He dont le centre est partout el la circonférence nulle part.

Comme on le voit, c'est et facile et à la portée de

out le monde.

gr 5 ' a ——

Saint-Genest, lui-même, continuerait sans effort cette Derie::

Dieu est un vase sans fond ni bords.

Dieu est un bâton sans bouts.

Dieu est un couteau sans lame ni manche.

Dieu est un flageolet qui n’a que des trous et pas de bois | du tout. |

Por retc:.:

M. A PCs

Il est bien évident qu’en Venant parler à des hommes qui ont l’habitude de voir tout commencer et tout finir, d'une chose sans commencement ni fin, ou d’une boule sans circonférence ni centre, ni Pascal ni les fabricants de , catéchismes ne pouvaient espérer convaincre leurs contem- |

porains. | Leur plan ne pouvait être que de les ahurir. Ce fut ce

qui ar.iva.

Il y a un proverbe qui dit — ou à peu près — : « quand

on est ahuri, on est désarmé. »

Absolument désarmés par ce genre de définitions, qui | rappelaient le fameux : « Voilà pourquoi votre fille est muelte,.» de Molière, les hommes se contentèrent de cette « boule sans circonférence n1 centre » à laquelle ils ne comprenaient absolument rien, et l’accéptèrent en guise de bon Drec.

Alors il fut convenu — et ete des siècles personne ne pensa à s’y opposer — que Dieu, qui n'avait jamais été fait par personne, avait eu un moment l'idée de faire — avée rien -— le ciel, le solerl, la lune, les étoiles, les comètes, la terre, l’homme, la femme, le chien, l'éléphant, lécrevisse, la baleine, la fourmi, le réquin, te”singé; ‘lé cloporte et autres êtres animés qui se comptent par mile liards de milliards.

Sans compter le chêne, le coquelicot, l’abricotier, le réséda, le sapin, la vesce, le peuplier, la vigne, le chardon, le pommier, le seigle, le bananier, le châtaignier, l’aloës, etautres végétaux dont les variétés sont innombrables.

Sans compter l’eau, sans DE r le feu, sans compter l'air, sans compter l’ électricité, (LEE PPRPET A VORRE

Et tout cela, nous le répétons : avc c rien.

I] fut également convenu — et également accepté

ce Dieu qui avait la toute-puissance, la science, la prescience ; qui était infaillible, qui était impeccable, qui savait en un mot tout ce qui devait arriver, avait mis sur terre le premier homme et la première femme, munis de tout ce qu’il fallait pour pécher et leur avait ensuite imputé à crime de l’avoir fait.

Crime pour lequel il les avait condamnés à souffrir éternellement, non seulement eux, mais encore leurs enfants et petits-enfants qui n’avaient pas péché du tout.

Il fut aussi de plus en plus convenu que les mortels devaient prier ce Dieu, à genoux ; l’adorer et le remercier tous les soirs :

D’avoir laissé leur enfant se faire écraser par un tramway, ou disparaître dans une bouche d’égout.

De leur avoir envoyé la petite vérole.

D’avoir permis que leurs récoltes fussent détruites par les bourrasques. é

De les avoir avantagés d’inondations, d’incendies, de rages de dents, de belles-mères, de furoncles et d’empereurs.

Pendant de nombreux siècles, les hommes qui n’avaient pas encore eu le temps de revenir de l’épatement dans lequel les avaient plongés la « sphère sans circonférence n1 centre » et le « bâton sans bouts, » continuèrent à adorer sous le nom de Dreu ces objets étonnants.

Jusqu'au jour où quelques-uns se risquèrent à se demander en quoi ils devaient de la reconnaissance à un être plus fort qu’eux qui n’employait sa force qu’à les faire souffrir.

En vain les marchands de messes à trente sous — et audessus — essayèrent de faire rentrer ces regimbards dans l’ordre de la « boule sans circonférence ni centre » et du « couteau sans manche m lame » en leur criant :

— ÎInsensés et fmpies !. Comment osez-vous refuser de rendre grâce au créateur qui fait pousser le blé pour vous nourrir, qui vous donne de l’eau pour vous désaltérer, l’air pour vous faire vivre, etle soleil pour vous réchauf- Ste Sans lui, vous mourriez de faim, de soif et de COIN:

Mais les regimbards, qui devenaient de jour en jour plus nombreux, répondaient à cela :

— Vous nous la baillez belle avec votre Dieu qui nous

nourrit, nous abreuve et nous éclaire !.. Est-ce nous qui lui avons demandé de nous mettre sur la terre ? Il ne manquerait plus qu'il nous y eût mis sans y mettre de quoi nous faire vivre. Si Dreu a créé l’homme, c'est probablement parce que cela l’a amusé et qu’il a pensé que ça le distrairait de voir remuer quelque chose sur le globe ; c’est un spectacle agréable qu’il se donne, c’est bien le moins qu'il nous mette à même de grouiller, puisque ça l’amuse. Mais il n'y a là-dedans aucune raison pour que nous adorions ce Du qui nous donne du pain — (et pas toujours !) — à la condition que nous le gagnions par un travail acharné.

En tout cas, si nous croyions devoir remercier Dieu pour le bien qu’il nous fait, nous serions en droit de le maudire pour les maux qu’il nous envoie. Nous lui devons la vigne, c'est vrai; mais nous lui devons aussi le phylloxera ; nous lui devons le soleil qui mûrit les blés et la grêle qui les couche et les pourrit avant que nous n'ayons eu le temps de les rentrer; nous lui devons d’être aimés et d’être cocus; nous lui devons l’été qui atténue les bronchites et l’hiver qui les ramène plus violentes; nous lui devons les fleuves qui nous abreuvent en août et débordent en janvier; nous Jui devons les douces brises qui nous rafraîchissent et les Ouragans qui nous envoient des tuyaux de cheminées sur la tête; nous lui devons la jeunesse qui nous fait aimables et la vieillesse qui nous rend gâteux ; nous lui devons les bons champignons et ceux qui nous empoisonnent; nous lui devons le chien qui nous aime et les puces que le chien nous donne; nous lui devons Victor Hugo qui nous pénètre et Saint-Genest qui nous abrutit..….. Ne nous demandez donc pas d’aimer ce Dieu qui distribue joies et douleurs au genre humain avec tant de sagesse et d’à-propos que l’on croirait qu’il les tire au hasard d’un sac de jeu de loto. — Ne nous demandez donc pas de prier ce Dieu qui ne serait pas le Dieu pur esprit que vous dites s’il avait besoin d’être prié pour faire une chose juste. — Ne nous demandez donc pas surtout de remercier ce Dieu qui nous fait tour à tour joyeux et tristes, heureux et accablés, repus et affamés, honorés et martyrs, bien portants et malingres, le tout pour son plaisir particulier et sans doute parce qu'iltrouve plaisant de nous voir, pendant une soixantaine d'années, souffrir de faim ou d’indigestion et nous tordre d’ orgueil ou de douleur sous les coups d’un destin imbécile qui

nous caresse ou nous meurtrit sans que nous LAS mérité.

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